Reportage "La politique, pour l'instant, ce n'est pas notre priorité" : à Blois, les salariés de la chocolaterie Poulain préoccupés par la fermeture annoncée de l'usine

Plus de cent emplois sont menacés par la fermeture de l'usine Poulain dans quelques mois.
Article rédigé par Noémie Bonnin
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
L'usine de chocolat Poulain de Blois est menacée de fermeture. (NOEMIE BONNIN / RADIOFRANCE)

À deux jours du second tour des élections législatives, la question politique reste pour certains un sujet secondaire, face à des enjeux plus personnels. C'est le cas pour les salariés de Poulain, à Blois, par exemple. L’usine emblématique de chocolat doit fermer ses portes dans quelques mois, laissant 109 personnes sur le carreau.

À la sortie de l’usine Poulain, dans les effluves de cacao, la plupart des salariés n’ont aucune envie de parler politique : "Je n'ai pas la tête aux élections". Les élections leur paraissent bien loin, face à la fermeture programmée de leur entreprise, fierté locale depuis plus de 170 ans. À l’image de Cédric, qui fabrique du chocolat ici depuis 30 ans, veste et casque de moto en main. Il n’a pas encore décidé pour qui aller voter au second tour : "Franchement, je suis perdu. D'un côté comme de l'autre, c'est que des magouilles, des arrangements entre eux. Je me déciderai au dernier moment. C'est vrai que le côté extrême droite, ça fait un peu peur quand même. Et d'un autre côté, vu ce qu'on a connu ces dernières années, je n'ai jamais vu autant de personnes dans les rues pour manifester leur colère."

"Pour moi, ils ne changeront rien"

Ici, dans la première circonscription du Loir-et-Cher, le deuxième tour est un duel entre la candidate du Rassemblement national, Marine Bardet et l’actuel ministre de l’Agriculture Marc Fesneau, pour la majorité présidentielle. Si les salariés sont dégoûtés, dépités, par la fermeture programmée de l’usine, beaucoup ne font aucun lien avec les prochaines élections. C’est ce qu’explique Manu, responsable logistique depuis 5 ans : "Mon travail est complètement dissocié des élections. Alors oui, il y a de la colère, il y a de la rancœur mais rien n'est lié avec les élections. Pour moi, ils ne changeront rien."

L'entrée de l'usine Poulain, à Blos, avant le second tour des élections législatives anticipées le 7 juillet 2024. (NOEMIE BONNIN / FRANCEINFO)

Ici on ne parle pas politique, confirment les deux élus du syndicat Force ouvrière, Frédéric et Pascal. "Nous, la politique, pour l'instant, ce n'est pas note priorité. La priorité c'est la sauvegarde des emplois sur le site avec la marque Poulain. Ce qui se passe avec Poulain, ça n'a rien à voir avec le vote que je vais faire dimanche", estime l'un. "Justement, on vient de faire le tour de l'usine, on a rencontré pas mal de salariés. On n'a pas eu un seul salarié qui nous a dit : 'Si un tel parti passe, on aura des chances de se sauver ou au contraire'"

Au tour de Daniel de sortir des ateliers. Il est opérateur chez Poulain depuis une trentaine d’années. "Niveau budget, il y a beaucoup de choses qui ont augmenté" en raison de l'inflation, témoigne l'opérateur. Il va glisser un bulletin RN dimanche, pour des raisons indépendantes de son travail : "Quand on voit tout ce qui se passe à la télé, avec les trafics de drogue et tout ça, arrivé à un moment, il faut assumer les conneries que tu fais…" Les salariés de Poulain en sauront plus dans les prochaines semaines. Les syndicats sont en train de négocier un plan de sauvegarde de l’emploi. Au premier tour ici, le RN est arrivé devant, mais à quelques centaines de voix seulement du camp présidentiel.

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