Législatives 2024 : candidats "sous curatelle", "fantômes", et même auteur de prise d'otages... Ces investitures embarrassantes du Rassemblement national

Article rédigé par Joanna Yakin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 9 min
Dérapages, profils étranges, candidats ratrappés par leur passé, les investitures du RN créent la polémique. (ESTELLE RUIZ / HANS LUCAS via AFP)
Comment le Rassemblement national a-t-il choisi ses candidats ? C'est la question que beaucoup se posent alors que de plus en plus de profils semblent très problématiques.

"À ce stade, ce n'est plus une casserole mais une batterie de cuisine entière". Les railleries n'en finissent plus sur les réseaux sociaux après les révélations sur le profil de plusieurs candidats RN aux législatives. Bon nombre d'entre eux ont déjà été épinglés pour des propos racistes, antisémites ou homophobes.

Dernier cas en date, celui de la candidate RN dans la première circonscription du Calvados, Ludivine Daoudi. Elle a retiré sa candidature mardi 2 juillet après la diffusion d'une photo d'elle portant une casquette de sous-officier nazi de la Luftwaffe ornée d'une croix gammée.

Parmi les nombreuses casseroles exhumées chez plusieurs candidats RN, certaines laissent carrément sans voix. Après la "casquette nazie", on découvre notamment qu'en Mayenne, une candidate RN avait par exemple été responsable d'une prise d'otage il y a trente ans.

Annie Bell, candidate RN et… responsable d'une prise d'otages

Elle s'appelle Annie Bell et est candidate pour le Rassemblement national dans la 3e circonscription de la Mayenne. Cette femme, que le journal Ouest France présente comme une retraitée de 65 ans, est qualifiée pour le second tour après avoir obtenu 31,10% des voix au premier tour, derrière le député centriste sortant Yannick Favennec (48,68%). Mais les réseaux sociaux ont exhumé une archive assurant qu'Annie Bell "armée d'une carabine", "avait pris en otages des employés de mairie". Un montage photo la met en scène carabine à la main et l'archive d'un article de presse intitulé "Prise d'otage à la mairie d'Ernée" est partagée.

On lit dans cette archive que "croulant sous les dettes, un couple d'entrepreneurs a pris durant plusieurs heures le secrétaire général de la mairie en otage" et même que "dans la bousculade un coup de feu est parti". Et pour cause, "Madame Jaccoud, qui avait dissimulé une carabine sous son manteau, venait brusquement de sortir son arme". Cette "Madame Jaccoud" est bel et bien la candidate RN, assure l'actuelle maire d'Ernée, Jacqueline Arcanger. Annie-Claire Bell-Jaccoud étant son nom complet comme en témoignent d'autres articles de presse.

"Je me souviens de cette affaire, à l'époque j'étais commerçante", témoigne la maire d'Ernée contactée par franceinfo. D'après l'élue, les faits datent de janvier 1995. "Ce n'est pas la première fois qu'elle est candidate pour le FN ou le RN, ça nous étonnait tous", confie la maire en poste depuis 2017, assurant que la candidate RN se fait très rare pendant la campagne. "Elle n'a pas fait de réunion" et on la voit "très peu" sur le terrain, assure l'édile.

Thierry Mosca, candidat RN… "sous curatelle"

C'est le candidat du Rassemblement national dans la 2e circonscription du Jura, lui aussi qualifié pour le second tour des législatives après avoir obtenu 32,76% des suffrages. Cet homme est pourtant en théorie inéligible. Thierry Mosca, 65 ans, a été placé sous curatelle de l'Union départementale des associations familiales (Udaf) du Jura en novembre 2023, a indiqué à l'AFP une source judiciaire, confirmant des informations publiées par le quotidien Le Progrès. L'AFP rapporte même qu'une procédure le visant pour "travail dissimulé" a par ailleurs été classée sans suite début juin en raison d'un "état mental déficient". Contactée par franceinfo, la préfecture confirme que la candidature de Thierry Mosca a bien été enregistrée pour le second tour mardi 2 juillet.

La loi dispose bien que les candidats sous curatelle sont inéligibles, mais la préfecture du Jura explique que les documents fournis au moment du dépôt de candidature ne permettent pas aux préfectures de savoir si un candidat est sous curatelle. En revanche, si cet homme est élu, des recours seront possibles et son élection pourrait bien être invalidée. Tout habitant de la circonscription aura le droit de lancer un recours.

Contacté par France Bleu Besançon, Thierry Mosca assure qu'il a refusé de se désister expliquant ne pas vouloir trahir ses électeurs. "J'ai maintenu ma candidature parce que beaucoup de personnes demandent à ce que je continue. Des personnes dans la rue que je croise, qui me disent qu’il faut qu'on puisse continuer à taper sur la table. Il faut qu'on puisse dire qu'on en a assez. Il y a un tel désarroi, que je ne peux pas laisser tomber ces gens-là. Je suis sous curatelle renforcée uniquement pour des raisons financières. C’est la seule façon de me protéger que j'ai trouvé, mais c’est vrai, j'aurais dû potasser le code électoral avant de me présenter. C’est mon erreur", assure-t-il.

Paule Veyre de Soras, candidate RN… qui a "comme ophtalmo un juif"

Dans la série des candidats RN aux gros dérapages, un nom s'est également ajouté à la liste : celui de Paule Veyre de Soras, candidate RN de la 1e circonscription de la Mayenne. Qualifiée pour le second tour des législatives, elle a tenu des propos qui ne sont pas passés inaperçus. La scène se passe dans les jardins de la préfecture de la Mayenne, rapporte France Bleu. Paule Veyre de Soras est invitée à commenter les résultats du premier tour par un journaliste du Glob-Journal, traitant de la politique locale. "Je n'ai pas l'habitude de parler devant les caméras et je m'excuse pour ceux qui me voient et qui m'écoutent", commence d'abord par prévenir la candidate d'extrême droite.

Puis, quand le journaliste l'interroge sur les accusations de racisme et de xénophobie visant le RN, Paul Veyre de Soras apporte alors la réponse suivante : "C'est archi faux (…) Dans le Rassemblement national, nous avons des juifs, des musulmans, des Espagnols (…) J'ai comme ophtalmo un juif. Et j'ai comme dentiste un musulman". Et la candidate poursuit avec des propos peu compréhensibles. "Nous n'avons pas les mêmes idées que son père [le père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen]. Parce qu'on a changé de politique. Monsieur Le Pen avait sa politique, Marine a pris un autre voile". Le journaliste qui semble ne pas comprendre la réponse la relance "un autre voile ?". "Une autre direction si vous voulez", complète-t-elle. Appelée à réagir lundi 1er juillet sur BFM TV, Laure Lavalette, porte-parole du RN, concède tout juste que "c'est très maladroit". "Mais est-ce que ces gens-là ont l'habitude de parler à une caméra ? Je ne pense pas", justifie-t-elle.

Daniel Grenon, candidat RN... estime que "les Maghrébins n'ont pas leur place dans les hauts lieux"

Au cours d'un débat organisé par la presse locale, le député RN de l'Yonne Daniel Grenon, candidat à sa réélection, a tenu des propos qualifiés de racistes par l'opposition. Les socialistes ont annoncé saisir la justice, rapporte mardi 3 juillet France 3 Bourgogne-Franche-Comté. Les propos de Daniel Grenon vont être signalés au procureur de la République, a annoncé le premier secrétaire du Parti socialiste dans l'Yonne, Mani Cambefort.

Au cœur de la polémique, des propos tenus par le député Rassemblement national (RN) lors d'un débat organisé par le quotidien local l'Yonne Républicaine. "Des dérapages, il y en a partout", a assuré l'élu, interrogé sur les "dérapages" des candidats du parti d'extrême droite, avant d'ajouter : "Des Maghrébins sont arrivés au pouvoir en 2016, ces gens-là n’ont pas leur place dans les hauts lieux."

Contacté, Julien Odoul, autre député sortant RN dans l'Yonne, a indiqué n'avoir pas eu connaissance des propos tenus par son collègue. Daniel Grenon a quant à lui dénoncé une "phrase incomplète de la part de l'Yonne Républicaine" et annoncé préparer un communiqué pour démentir ces propos.

Des candidats RN qui n'ont "pas le temps" pour les débats

D'autres candidats RN ont une attitude surprenante dans cette campagne. Beaucoup ont refusé notamment les traditionnels débats d'entre-deux-tours proposés par les médias locaux. France Bleu Gascogne rapporte que "les trois candidats Rassemblement national encore qualifiés pour le second tour des élections législatives dans les Landes ont décliné l'invitation lancée" par ses soins. "Dans l'histoire de France Bleu Gascogne, c'est du jamais vu. C'est la première fois que la radio ne peut pas organiser de débat entre les candidats encore en lice au deuxième tour des élections législatives dans les Landes", peut-on lire.

Le candidat RN dans la 2e circonscription des Landes, Ludovic Biesbrouck a par exemple refusé le débat en expliquant tout simplement qu'il n'avait "pas le temps". Dans la 3e circonscription, Sylvie Franceschini a aussi fini par décliner l'invitation de France Bleu Gascogne expliquant qu'elle "ne souhaite pas perdre [son] temps". Dans la 1e circonscription des Landes, Véronique Fossey a aussi invoqué des raisons d'emploi du temps. Mais un responsable du Rassemblement national a confié à nos confrères de France Bleu qu'elle serait plutôt effrayée à l'idée de débattre en direct.

Et cette situation ne se présente pas seulement dans les Landes, on en recense aussi dans les Pyrénées orientales, l'Indre, l'Indre-et-Loire, la Haute-Garonne, l'Isère, le Bas-Rhin, la Charente-Maritime et le Loiret. Au total, au moins 21 candidats du Rassemblement national ont annulé ou refusé de débattre sur les antennes de France Bleu, à quelques jours du second tour des élections législatives anticipées, selon un décompte réalisé mardi 2 juillet par le réseau de radios locales du service public.
"Pas de débat, pas de réunion publique et pas de photo sur les affiches de campagne hormis celles de Jordan Bardella et Marine Le Pen" pour beaucoup de candidats RN, rappelle France Bleu Gascogne au point que certains sur les réseaux sociaux n'hésitent pas à parler de "candidats fantômes".

Des "curiosités" qui "grugent", répond Louis Aliot

"Ça fait partie des quelques curiosités qu'il peut y avoir dans l'ensemble des candidats à ces élections législatives". Invité de franceinfo mercredi 3 juillet, Louis Aliot, premier vice-président du Rassemblement national (RN), réagit au profil de certains candidats de son parti au second tour. 

Louis Aliot est persuadé que tout ça ne coûtera pas de voix au parti à la flamme. Pour l'ancien directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen, "les gens sont bien conscients de la difficulté qu'il y a à faire cette élection." "Tout le monde a ce genre de problème", affirme-t-il.

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