Elections législatives 2022 : on vous explique pourquoi la Nupes dénonce une manipulation des résultats par le ministère de l'Intérieur

Des cadres de la coalition de gauche accusent le ministère d'avoir mal étiqueté plusieurs candidats, afin de faire apparaître la majorité présidentielle en tête. Beauvau dit s'être appuyé sur une liste envoyée par la Nupes elle-même.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lors du premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022, à Paris. (MAGALI COHEN / HANS LUCAS VIA AFP)

En difficulté depuis plusieurs semaines, la majorité présidentielle a tout de même terminé en tête du premier tour des élections législatives, selon les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur lundi 13 juin. Ils attribuent à Ensemble ! 25,75% des suffrages, devançant d'un cheveu la Nouvelle Union populaire, écologique et sociale (Nupes), qui obtient 25,66% des voix. Mais ces résultats officiels ont suscité des réactions enflammées au sein de la coalition de gauche, convaincue de l'avoir emporté. Cadre de La France insoumise, Manuel Bompard a dénoncé "une nouvelle manipulation" du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, l'accusant d'avoir fait "apparaître artificiellement" la coalition présidentielle en tête en omettant de comptabiliser la nuance Nupes pour plusieurs candidats.

"C'est la direction de campagne de la Nupes qui, par un mail adressé au ministère de l'Intérieur le 8 juin 2022, a listé l'ensemble des candidats à qui il conviendra d'attribuer la nuance 'Nupes'", justifie la Place Beauvau auprès de France Télévisions.

La Nupes dénonce des "omissions manifestes"

Pourtant, Manuel Bompard ne décolère pas et dénonce plusieurs cas "d'omission manifeste". Trois candidatures posent notamment question dans l'Hexagone. A commencer par le candidat Hervé Saulignac (arrivé en tête dans la 1ère circonscription de l'Ardèche), étiqueté "divers gauche" dans les résultats communiqués par le ministère de l'Intérieur. Son score n'a donc pas été comptabilisé dans les résultats nationaux de l'alliance de la gauche.

Contacté par franceinfo, le ministère de l'Intérieur justifie cette décision car Hervé Saulignac "avait mis en cause l'accord en indiquant à plusieurs reprises qu'il était socialiste et le resterait au Parlement". Pourtant, l'intéressé "ne comprend pas" pourquoi la Place Beauvau l'a classé en "divers gauche", précise son équipe de campagne à franceinfo. Selon elle, Hervé Saulignac "s'est déclaré PS en préfecture quand il s'est présenté" mais "il a bien été investi par la Nupes" et n'a pas renoncé à cette étiquette.

"De la tambouille politicienne"

Le cas de Joël Aviragnet, arrivé en tête de la 1ère circonscription de l'Ardèche, a également agacé la Nupes. Le ministère dit l'avoir placé parmi les "divers gauche" en raison de la candidature dissidente d'Annabelle Fauvernier, "qui a clairement indiqué par voie de presse qu'elle avait le soutien de La France insoumise". Le député socialiste sortant ne pouvait donc pas être étiqueté Nupes, d'autant que sa directrice de campagne, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, "a indiqué publiquement être opposée à l'accord" à gauche, ajoute la Place Beauvau.

Contacté par franceinfo, Joël Aviragnet déclare toutefois être le "candidat unique pour le PS dans la circonscription dans le cadre de l'accord de la Nupes". Et quand on lui demande si ses votes doivent être décomptés avec la coalition de gauche, il botte en touche : "Demandez à mon électorat. Il faut arrêter de nous prendre la tête avec de la tambouille politicienne." Favorable aux mesures sociales de Jean-Luc Mélenchon, il dénonce en revanche "la non-assistance à l'Ukraine, la sortie de l'Otan ou le non-respect des accords européens" prônés par le leader de La France insoumise.

L'enjeu de virer en tête au premier tour 

Manuel Bompard, enfin, cite le cas du socialiste Dominique Potier, formellement investi par la Nupes et arrivé en tête dans la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle. Mais ce candidat socialiste avait refusé cette investiture. "C'était ma conscience de ne pas vouloir prendre l'étiquette Nupes", a-t-il réaffirmé au soir du premier tour, après avoir recueilli 44% des suffrages.

>> Résultats, analyses, projections… Suivez les réactions au lendemain du premier tour des élections législatives dans notre direct

Côté socialiste, on ne cache pas son étonnement sur ces intiatives de la Place Beauvau. Contacté par franceinfo, le secrétaire national, Sébastien Vincini, "ne comprend pas pourquoi nos trois socialistes Aviragnet, Saulignac et Potier ne sont pas pris en compte alors qu'ils sont bien investis par la Nupes"

Ces trois candidatures ont recueilli 44 420 voix, soit 0,2% des suffrages exprimés au niveau national. Un reliquat de voix symbolique qui permettrait surtout à la Nupes de virer en tête au premier tour s'il était comptabilisé, puisque les chiffres du ministère de l'Intérieur créditent la majorité d'une avance de 21 359 bulletins seulement dans tout le territoire français. Le ministère, de son côté, livre des cas similaires concernant la majorité présidentielle. Damien Abad (ex-LR), "dont on peut légitimement penser qu'il est soutenu par 'Ensemble !', est comptabilisé en 'divers droite'" et les candidates Dominica Michel-Revert et Marie-Luce Penchard, proches de la majorité, sont notées "divers" et "divers centre". Soit 15 661 voix à eux trois.

La question des circonscriptions ultramarines

Autre point débattu : les territoires ultramarins et la Corse, où l'étiquette Nupes n'a pas été retenue. "Dans cette liste pourtant très complète ne figurait aucun candidat outre-mer", poursuit le ministère, évoquant les noms communiqués par la coalition de gauche. "Ces candidats ne figurent pas non plus sur leur site officiel", où figurent 544 personnalités (546 désormais, car la page de la Nupes a été actualisée lundi avec les noms de Saulignac et d'Aviragnet, qui n'y figuraient pas). Dans ces territoires, explique Manuel Bompard, "il existe des formations politiques locales qui ne pouvaient pas être représentées lors des négociations nationales" sur la Nupes, explique Manuel Bompard, et "il était donc difficile de dire en leur nom qui serait candidat".

En clair, l'existence de partis locaux n'a pas permis d'appliquer l'investiture de la même manière que dans l'Hexagone. A La Réunion, par exemple, "les différentes formations engagées par l'accord de la Nupes soutenaient le même candidat", Jean-Hugues Ratenon, poursuit Manuel Bompard. "Mais il y avait parmi elles des partis locaux qui n'étaient pas représentés dans les discussions nationales", ce qui n'a pas permis d'établir un accord officiel. Les positions du député, pourtant, laissent peu de doutes sur ses sentiments enthousiastes à l'endroit de la coalition de gauche. En Martinique, Marie-Noelle Delannay, candidate de L'Union populaire de Jean-Luc Mélenchon, est décomptée "divers gauche" par le ministère.

Des campagnes sans logo Nupes

Il n'y a pas eu d'investiture officielle dans ces territoires, faute de pouvoir intégrer les formations locales dans le cadre des négociations nationales en amont. Ainsi, le Parti socialiste faisait apparaître une distinction entre ses candidatures dans "des circonscriptions concernées par l'accord de la Nupes" – 69 noms au total – et celles dans "des circonscriptions non concernées par l'accord" – huit noms au total en Martinique, Guadeloupe, à La Réunion et dans les quatre circonscriptions corses.

Il faudrait donc regarder en détail. A titre d'exemple, quelle nuance attribuer aux candidats Marcellin Nadeau et Jean-Philippe Nilor, de la formation locale martiniquaise Péyi-A, arrivés en tête des 3e et 4e circonscriptions ? Quid de Christian Baptiste, candidat du Parti progressiste démocratique guadeloupéen, arrivé deuxième dans la 2e circonscription de Guadeloupe ? "Nous devons être représentés à l'Assemblée nationale dans le groupe qui réunit le PS, les autres partis de gauche et les écologistes : la Nupes", a-t-il écrit dimanche, en guise de remerciements. Faute d'accord formel, le logo de la Nupes n'était pas apparu pendant sa campagne.

La coalition de gauche estime qu'il faut comptabiliser les voix recueillies par ces candidats, même dans les circonscriptions non couvertes par l'accord.

"Savoir ce qui correspond à la réalité"

En résumé, deux options s'offrent alors dans ces circonscriptions : s'en tenir aux contours de l'accord officiel ou attribuer une étiquette Nupes au cas par cas. "Ce qui compte, c'est de savoir ce qui correspond à la réalité", ajoute Manuel Bompard, car ces candidats, "s'ils sont élus, siégeront bien dans une majorité d'union populaire". Franceinfo a tenté d'obtenir une liste complète des candidatures revendiquées par la Nupes dans les circonscriptions "hors accord", complémentaire de celle adressée au ministère de l'Intérieur. En vain.

Dans un premier temps, franceinfo s'en est donc tenu aux résultats déclarés par l'Intérieur. Mais depuis la première publication de cet article, nous avons opéré différentes vérifications et a décidé de réintégrer deux candidats étiquetés Divers gauche par le ministère, Hervé Saulignac et Joël Aviragnet, dans les rangs de la Nupes. Toutes nos explications sont détaillées à la fin de cet article. Les deux coalitions restent dans un mouchoir de poche, celle de gauche devançant la majorité présidentielle de 6 668 voix. Les scores nationaux sont de 25,78% pour la Nupes et 25,75% pour Ensemble !

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Elections législatives 2022

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.