On vous explique pourquoi les prix des carburants baissent (un peu) depuis deux mois

La baisse des cours du pétrole sur les marchés est largement due aux craintes de ralentissement de l'économie mondiale et au contexte géopolitique. 

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Une station service en Vendée, le 12 août 2022. (MATHIEU THOMASSET / HANS LUCAS / AFP)

La baisse est significative pour le porte-monnaie des automobilistes. Après avoir dépassé les 2 euros par litre, les prix de l'essence et du diesel diminuent depuis deux mois. Les pompes affichent en moyenne jusqu'à 30 centimes de moins qu'au 1er juillet. La tendance se poursuit, selon les derniers chiffres du ministère de la Transition écologique. En moyenne, sur la semaine du 8 août, le gazole se vendait à 1,79 euro le litre, soit presque 5 centimes de moins que la semaine précédente. Le sans plomb 95 enregistre une baisse de 6 centimes pour atteindre en moyenne 1,74 euro le litre.

Ce recul est largement lié au contexte international. Franceinfo vous explique cette baisse des prix à la pompe, même si les carburants restent plus chers que les années précédentes.

Les cours du baril de pétrole baissent

Le prix payé par les automobilistes à la pompe dépend directement du cours du pétrole brut échangé sur les marchés. Celui-ci représente près de la moitié du prix au litre, selon l'Ufip. Par conséquent, la baisse des prix des carburants "s'explique essentiellement par celle de ceux du pétrole brut", selon Olivier Gantois, porte-parole de l'industrie pétrolière en France, interrogé par franceinfo. Les cours de l'or noir s'étaient envolés au début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, fin février. Mais depuis plus de deux mois, ils baissent.

La valeur du Brent, la référence européenne, s'établit à 93 dollars le baril au 17 août, contre 110 fin juillet et 120 au début du mois de juin, d'après les cotations publiées par Boursorama. Le cours du pétrole enregistre ainsi son plus faible niveau depuis le début de la guerre en Ukraine.

Le risque de récession pèse sur les pays occidentaux

"Le pétrole est un thermomètre de l'activité économique", note Anna Creti, professeur d'économie à l'université Paris Dauphine, dans Le Figaro. L'économie mondiale a besoin de pétrole pour tourner. Lorsque l'activité ralentit, la demande de barils baisse, et le prix avec. Or, l'économie de plusieurs pays occidentaux risque d'être mise à mal. Aux Etats-Unis en particulier, l'inflation est au plus haut. En réaction, la banque centrale américaine (Fed) a augmenté ses taux directeurs, ce qui fait craindre une récession.

En Europe, la situation n'est pas plus rose. Les prévisions de croissance de la zone euro ont été revues à la baisse par le FMI. Son rapport sur les perspectives de l'économie mondiale prévoit une croissance du PIB de 2,6% en 2022 et 2% en 2023, en deçà de ses précédentes prévisions. En France, le ministère de l'Economie se prépare lui aussi à un ralentissement de l'économie en 2023.

L'économie chinoise fragilisée par le Covid-19

En Chine la situation inquiète aussi, d'autant que le pays est toujours touché par l'épidémie de Covid-19. Fidèle à sa stratégie "zéro Covid", Pékin continue à confiner strictement plusieurs millions de personnes lorsque des cas sont détectés, ce qui fragilise son économie.

Le FMI observe en effet "un ralentissement plus prononcé qu'attendu en Chine des suites de flambées de Covid-19 et de confinements". Or la Chine consomme beaucoup de pétrole. Lorsque le pays le plus peuplé du monde appuie sur le frein, c'est donc la consommation mondiale de pétrole qui diminue.

La perspective d'un accord sur le nucléaire iranien rassure

L'Iran est un gros producteur de pétrole : le neuvième, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (en anglais). En 2018, avant que les Etats-Unis ne se retirent de l'accord sur le nucléaire iranien, Téhéran exportait environ 2,45 millions de barils par jour, selon le service de recherche du Congrès américain. Mais à cause des tensions, des sanctions pèsent sur l'Iran et l'empêchent de vendre ses barils sur les marchés mondiaux.

Ces derniers jours, les négociations avancent et la perspective d'un nouvel accord se précise. "Il semble qu'ils essayent vraiment de parvenir à un accord", observe l'analyste de Mizuho, Robert Yawger, auprès de l'AFP. En cas de succès, "c'est la possibilité de voir un million de barils de plus par jour sur le marché", souligne Robert Yawger, et davantage à moyen terme.

Faute d'avoir pu exporter librement depuis quatre ans, le pays pourrait, en outre, libérer rapidement quelque 100 millions de barils déjà pompés. Cette nouvelle rassure les marchés, qui anticipent une augmentation des volumes. Ainsi, quand la ressource est plus abondante, le prix à tendance à baisser. Pour le spécialiste, la baisse du prix du pétrole observée ces dernières semaines est d'ailleurs "principalement liée à l'Iran". "Si l'accord sur le nucléaire iranien est ressuscité, cela pourrait pousser les prix tout près de 80 dollars", anticipe Edward Moya, analyste spécialiste des marchés chez Oanda, dans une note citée par l'AFP.

En France, la remise à la pompe va augmenter et diminuer un peu plus la facture

Une mesure va aussi toucher temporairement le prix à la pompe en France. La remise du gouvernement de 18 centimes sur le carburant passera à 30 centimes pour septembre et octobre, avant de baisser à 10 centimes pour les mois de novembre et décembre.

Malgré ces aides et la baisse qui s'opère depuis deux mois, les prix restent à un niveau élevé, à plus d'1,70 euro le litre. En août 2019, le litre de gazole coûtait 1,41 euro. Un an plus tard, il descendait même à 1,23 euro.

Cette baisse des prix ne devrait toutefois pas se poursuivre. Dès fin décembre, un embargo européen sur le pétrole russe doit entrer en vigueur. Le porte-parole de l'industrie pétrolière en France, Olivier Gantois, se veut rassurant et affirme que cet embargo "n'aura pas d'impact sur le consommateur". Il envisage plutôt une stabilisation des prix. "À mon avis, on va rester dans des prix comme ça jusqu'à la fin de la guerre en Ukraine", estime-t-il.

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