Cet article date de plus de cinq ans.

Ce qu'il faut savoir des blocages des "gilets jaunes" à La Réunion, où la situation dégénère

L'île a de nouveau été le théâtre de violences dans la nuit de lundi à mardi. La préfecture a décidé de mettre en place un couvre-feu. Tous les établissements scolaires et les crèches de l'île sont restés fermés.

Article rédigé par franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Des "gilets jaunes" à Saint-Denis, sur l'Ile de La Réunion, le 19 novembre 2018. (RICHARD BOUHET / AFP)

Au Port, sur l'île de La Réunion, l'agence intérim Adéquat n'a pas ouvert ses portes ce matin. "Ça chauffe trop, c'est compliqué d'accueillir nos clients dans de telles conditions", lâche un salarié à franceinfo. S'il n'a "pas envie de prendre de risques", c'est parce que le restaurant McDonald's situé quelques mètres plus loin a été pris pour cible par des manifestants, dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 novembre. Après quatre jours de tension, la préfecture a décidé d'instaurer un arrêté d'interdiction de circulation.

>> Blocages des "gilets jaunes" : suivez l'évolution dans notre direct

Quelle est la situation sur place ? 

Comme en métropole, des habitants de La Réunion ont participé à la grande journée de mobilisation des "gilets jaunes", samedi 17 novembre. Ce jour-là, une vingtaine de barrages ont été recensés sur l'île. La circulation sur la route du littoral a par exemple été très perturbée. Plusieurs incidents ont été signalés : à Saint-Leu, un homme a par exemple tiré un coup de feu en l'air, avant de prendre la fuite.

La plupart des blocages se sont poursuivis dimanche et lundi et la Direction régionale des routes a recensé une trentaine de barrages sur toute l'île. Mais une fois la nuit tombée, la situation est devenue électrique. Jets de pierres, feux de poubelles, de pneus ou de palettes... Des groupes de jeunes se sont mêlés au mouvement et s'en sont pris aux forces de l'ordre. 

La violence est encore montée d'un cran dans la nuit de lundi à mardi. En plus du restaurant McDonald's du Port, plusieurs commerces ont été incendiés et vandalisés dans les villes de Saint-Denis et de Saint-Paul, rapporte Réunion la 1ère. Des voitures ont aussi été incendiées.

Selon nos confrères, "de nombreux habitants se ruent vers les grandes surfaces pour faire des provisions". Au Chaudron par exemple, un quartier sensible de Saint-Denis, des clients ont forcé l'entrée du magasin Score et ont envahi les rayons. 

Des clients ont forcé l'entrée du supermarché Score, dans le quartier du Chaudron à Saint-Denis (La Réunion), le 20 novembre 2018. (REUNION LA 1ERE)

Mardi matin, 24 points de blocages de "gilets jaunes" étaient recensés sur l'île, notamment à Saint-André, Saint-Louis et Saint-Paul. C'est-à-dire à peu près autant que lundi.

D'où vient cette colère ? 

Officiellement, les revendications des "gilets jaunes" à La Réunion sont les mêmes qu'en métropole et concernent notamment le prix des carburants et le pouvoir d'achat. Mais à cela, s'ajoutent des problèmes plus locaux. La Réunion fait en effet face à une crise sociale d'ampleur. L'an dernier, 23% de la population était au chômage, selon les chiffres de l'Insee. Mais chez les jeunes, les chiffres sont bien plus importants : 41% des hommes de 15 à 29 ans et 37% des femmes sont sans emploi.

Dans un communiqué commun, les députées Huguette Bello et Ericka Bareigts expliquent comprendre la colère des Réunionnais, tout en dénonçant "les dérapages et les violences qui ont émaillé les différents rassemblements, car ces actes peuvent discréditer une colère légitime".

Le président du département, Cyril Melchior, dit aussi comprendre "la colère légitime des Réunionnais". "Le taux de pauvreté atteint 40% de la population. Du fait de notre insularité et notre éloignement, nous avons des impacts sur le coût de la vie, a-t-il expliqué Réunion la 1ère. L'ensemble de ces difficultés fait qu'il y a l'expression de ce ras-le-bol. D'autant plus que le gouvernement a annoncé des mesures de rigueur en augmentant la fiscalité sur les carburants. Les travailleurs pauvres comme les retraités sont touchés, d'où ce grand ras-le-bol."

Comment réagissent les communes ?

Plusieurs mairies ont décidé de ne pas ouvrir leurs services municipaux mardi. C'est le cas de Saint-Paul et de Saint-Louis. Des entreprises ont de leur plein gré choisi de rester fermées pour la journée. A l'agence d'intérim Adéquat, au Port, les employés sont invités à rester chez eux. "On travaille depuis notre domicile, on répond au téléphone, on se débrouille, explique l'un des salariés. Pour le moment, cette mesure ne concerne que la journée de mardi, on verra ensuite comment la situation évolue."

Comment réagissent les autorités ? 

Lundi soir, la ministre des Outre-mer a réuni les élus réunionnais au Sénat. Sur Twitter, Annick Girardin appelle les habitants au calme.

De son côté, la préfecture a décidé de mettre en place un arrêté d'interdiction de circulation. Il entre en vigueur dès mardi soir, de 21 heures à 6 heures (heure locale). Douze communes de l'île sont concernées par cet arrêté : Saint-Denis, Le Port, Saint-Pierre, Saint-Joseph, Saint-Leu, Saint-Louis, Saint-Paul, La Possession, Sainte-Marie, Sainte-Suzanne, Saint-Benoît, Sainte-Anne, Le Tampon et La Plaine-des-Cafres. Une décision jugée "forte et inédite" par le préfet.

Des renforts conséquents sont encore attendus dans la journée. Ils permettront "d'accentuer notre défense et de tenir dans la durée", explique Amaury de Saint-Quentin, le préfet de La Réunion. Les autorités ont également décidé de fermer tous les établissements scolaires et les crèches de l'île pour la journée de mardi. Enfin, pour calmer la situation, une rencontre est prévue entre des représentants des manifestants et le préfet de La Réunion à 18 heures.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.