Air France : quatre questions sur le nouveau plan de soutien financier de l'Etat pour sauver la compagnie

La Commission européenne a validé, mardi 6 avril, une recapitalisation d'Air France. En contrepartie, la compagnie ne pourra pas verser de dividendes tant qu'elle n'aura pas remboursé cette recapitalisation.

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Un avion de la compagnie Air France décolle de l’aéroport Tegel-Otto Lilienthal de Berlin, le 8 novembre 2020. (TOBIAS SCHWARZ / AFP)

L'Etat français vient à nouveau au secours d'Air France. La Commission européenne a validé, mardi 6 avril, le nouveau plan de soutien financier de quatre milliards d'euros à la compagnie, alors que la France avait déjà soutenu l'entreprise à hauteur de sept milliards d'euros en 2020.

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"C'est une bonne nouvelle pour Air France et pour tous les Français", s'est enthousiasmé le ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, mardi sur France Inter, alors que la compagnie aérienne est très affaiblie par l'épidémie de Covid-19 et la chute du trafic aérien dans le monde.

1Que contient ce nouveau plan de soutien accordé à Air France ?

Cette recapitalisation – ou augmentation du capital – de la compagnie se divise en deux parties. La première prévoit "la conversion du prêt d'Etat de 3 milliards d'euros déjà accordé par la France (en 2020) en un instrument de capital hybride", explique la Commission européenne dans un communiqué (en anglais). Le prêt, initialement prévu sur quatre ans, va donc être transformé en participation de l'Etat en "fonds propres" dans l'entreprise. La compagnie bénéficiera d'une période plus longue pour le rembourser. "C'était une aide provisoire, ces 3 milliards vont devenir une aide définitive", a résumé Bruno Le Maire, mardi matin sur France Inter.

Ce soutien financier va être complété par un investissement supplémentaire de l'Etat jusqu'à un milliard d'euros dans le capital d'Air France. L'Etat, qui détient actuellement 14,3% du capital d'Air France, va ainsi être autorisé à monter à "un peu moins de 30%" du capital du géant français, a précisé Bruno Le Maire, alors que KLM, partenaire néerlandais du groupe Air France-KLM, ne bénéficiera pas du soutien financier de l'Etat français.

2Quelles sont les contreparties ?

Ce soutien financier s'accompagne de contreparties, dont les modalités ont été imposées par la Commission européenne. Air France devra céder 18 créneaux de décollages et d'atterrissages quotidiens à l'aéroport de Paris-Orly à d'autres compagnies, pour se conformer aux règles de la concurrence. Avant les négociations entre Paris et Bruxelles, la Commission avait fixé à 24 ce nombre de créneaux à céder.

Les dividendes de la compagnie vont également être surveillés. "Tant que la recapitalisation n'est pas remboursée à 100%, Air France et sa holding sont soumis à une interdiction de dividendes", précise la Commission européenne, qui exige aussi une "limitation stricte de la rémunération des membres" de la direction d'Air France jusqu'à ce qu'au moins 75% de la recapitalisation soit remboursée. Ces conditions visent à inciter Air France et ses propriétaires à racheter la participation de l'Etat lorsque la "situation économique le permettra".

3Quel est l'objectif de ce plan ?

"L'aide à la recapitalisation permettra d'éviter l'insolvabilité d'Air France et de sa holding, qui aurait de graves conséquences sur l'emploi, la connectivité et le commerce extérieur de la France", explique la Commission européenne. Le nouveau soutien financier accordé par l'Etat doit ainsi permettre de maintenir l'entreprise à flot, alors que la compagnie aérienne prévoit une perte d'exploitation de 1,3 milliard d'euros au premier trimestre 2021.

Benjamin Smith, le directeur général de la compagnie, estime dans un communiqué que cette nouvelle aide apportera à Air France "une plus grande stabilité pour aller de l'avant lorsque la reprise commencera". "Je suis prêt à apporter un nouveau soutien, mais qu'Air France renoue avec des bénéfices", avait quant à lui lancé Bruno Le Maire, sur RTL, dimanche, précisant que si "les contribuables font un effort, Air France doit faire un effort de son côté".

Alors qu'Air France pourrait supprimer près de 8 000 emplois d'ici à 2022, Vincent Salles, secrétaire général du syndicat CGT-Air France, dénonce sur franceinfo une aide en trompe-l'œil. "Il y a un fardeau social qui est immense à Air France, notamment celui des suppressions d'emplois qui sont en train de s'opérer et qui sont de l'ordre de 13 000 sur le groupe. Cette aide (...) sert quand même à faire une casse sociale sans précédent."

4Dans quel contexte économique ce plan s'inscrit-il ?

Cette aide intervient dans un contexte économique chaotique pour le secteur aérien. Les compagnies ont accusé des pertes record en 2020 (97 milliards d'euros), après avoir dégagé 25,9 milliards de bénéfices en 2019, selon l'Association internationale du transport aérien (IATA).

Entre le confinement et la fermeture des frontières en raison de l'épidémie de Covid-19, le nombre de passagers dans le monde a chuté de 66 % en 2020. Le retour à la normale n'est pas prévu avant 2024, selon l'Association internationale du transport aérien.

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