INFOGRAPHIES. "Gilets jaunes" : les prix du carburant ont-ils augmenté un an après le début du mouvement ?

Le 17 novembre 2018, 282 000 manifestants avaient exprimé leur colère face à la flamblée des prix des carburants et à la mise en place programmée d'une nouvelle taxe. 

"Quand est-ce que ça va se terminer la traque au conducteur ?" A la suite du coup de gueule de Jacline Mouraud et de nombreux Français, le mouvement des "gilets jaunes" a débuté il y a un an, sur fond de mécontentement lié à la hausse des prix des carburants. Face à l'ampleur de la contestation, le gouvernement avait dû renoncer à une nouvelle augmentation de la taxe carbone en 2019 – le gazole aurait coûté 6,5 centimes de plus et l'essence 2,9 centimes de plus. Aujourd'hui, les prix à la pompe se sont-ils stabilisés ? Réponse en quelques graphiques.

Des niveaux de prix similaires à l'an passé

Lors des débuts des "gilets jaunes", le prix du gazole frôlait, voire dépassait, celui de l'essence. "Il existe une certaine saisonnalité du gazole, explique François Dusieux, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip). Son prix remonte vers le mois d'octobre, car les consommateurs remplissent leurs cuves de fioul domestique." A l'inverse, le prix de l'essence a tendance à enfler à partir du mois de mai – "Il y a par exemple davantage de circulation aux Etats-Unis, avec les beaux jours et les vacances."

La courbe des prix s'est largement inversée au début de l'année 2019 pour retrouver un niveau atteint à la fin de l'année 2017. Mais les prix sont ensuite repartis à la hausse pour exploser au printemps atteignant un pic le 24 mai, avec huit centimes d'écart entre l'essence (1,57 euro) et le gazole (1,49 euro). "Nous sommes dans un contexte extrêmement stable depuis le mois de juin", nuance toutefois Francis Dusieux.

Le gazole reste moins taxé que l'essence

Le gazole est aujourd'hui moins taxé que l'essence. En effet, le premier reste moins cher à la pompe que le second alors que son prix brut est pourtant plus élevé : 0,59 euro du litre pour le gazole contre 0,57 pour l'essence. Il s'agit d'un héritage de la France de Jacques Chirac, lorsque les autorités avaient choisi de stimuler une industrie automobile française en pointe sur le diesel. L'idée d'un rééquilibrage est apparue avec l'arrivée de Ségolène Royal au ministère de l'Environement en 2014 mais il y a cinq ans, l'écart était encore de 18 centimes sur les taxes appliquées au gazole et à l'essence (contre 7 centimes aujourd'hui).

Les taxes sur le gazole ont augmenté de 11,5 centimes en 2017 et 2018 pour tenter de rattraper la taxation de l'essence et modifier la composition du parc automobile français. Dans cette même dynamique, le nouveau gouvernement voulait une nouvelle hausse de 6,5 centimes en 2019, mais il n'a pas eu le temps d'aller au bout. "Ce gel des surtaxes est un acquis des 'gilets jaunes' qui devrait d'ailleurs être renouvelé en 2020, analyse Fabrice Dusieux, président de l'Ufip. Par rapport à ce qui était prévu, le mouvement social a donc permis d'éviter une hausse de 13 centimes de taxes par litre de gazole."

Mais les "gilets jaunes" dénonçaient également une "double taxe" consistant à prélever la TVA sur la taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques (TIPCE) déjà appliquée sur les carburants. Sur ce point, rien n'a évolué. Au mois de septembre, l'association UFC-Que Choisir a lancé une pétition réclamant la fin de la TVA sur la TICPE, qualifiant ce calcul de "double peine fiscale". "Peut-être pourrait-il exister une flexibilité afin de modifier le taux de la taxe", estime Francis Dusieux.

Les taxes n'ont pas évolué cette année

"A côté de cette volonté de rétablir l'équilibre entre gazole et l'essence, il y a aussi la volonté d'avoir une taxe de rendement", ajoute Francis Dusieux. Environ deux tiers du prix des carburants sont constitués de taxes (TVA, TICPE, TVA sur TICPE), et ce rapport n'a pas évolué depuis le mouvement des "gilets jaunes". Les recettes fiscales liées aux carburants et au fioul assurent 46 milliards de revenus à l'Etat.

Un prix qui dépend des cours mondiaux

Sans surprise, le prix à la pompe reflète surtout les évolutions du brut. La hausse enregistrée entre janvier et mai est essentiellement due à la décision de la Russie et de l'Opep de couper la production, afin d'éviter un écroulement des prix face notamment à la forte production américaine de schiste. "Une nouvelle réunion est prévue au mois de décembre et une nouvelle coupure devrait être annoncée, explique François Dusieux, mais les participants veulent également éviter d'entraîner un trop fort impact sur la consommation."

Le prix du baril est aujourd'hui stabilisé entre 60 et 64 dollars mais il est toujours soumis aux soubresauts géopolitiques ou environnementaux. Les hausses de juillet, par exemple, sont dues en partie à une offre perturbée par la tempête sur la Louisiane, les tensions entre le Royaume-Uni et l'Iran ou la baisse de la production russe et des stocks américains. Plus récemment, le 17 septembre, l'attaque au drone de deux sites pétroliers saoudiens a entraîné une hausse du brut de près de 15%.

Une tendance longue à l'augmentation

Mais pour avoir une meilleure idée des dynamiques en cours, il faut prendre en compte une évolution plus longue de ces prix. L'augmentation est une tendance lourde depuis plusieurs années. A titre d'exemple, un plein de 50 L de gazole coûte actuellement environ 72 euros, soit 22,5 euros de plus que le 25 décembre 2015 (48,5 euros). Les prix étaient alors très bas. Mais les variations peuvent être soudaines. Le cours du brut avait atteint des records lors de la crise de 2008 avant de s'écrouler en 2013.