"Gilets jaunes" : trois questions sur les consultations politiques lancées par Edouard Philippe lundi

Après les scènes de violence observées samedi à Paris, Emmanuel Macron a demandé au Premier ministre de recevoir "les chefs de partis représentés au Parlement ainsi que des représentants des manifestants".

Le Premier ministre, Edouard Philippe, le 15 novembre 2018 à Dunkerque (Nord). 
Le Premier ministre, Edouard Philippe, le 15 novembre 2018 à Dunkerque (Nord).  (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Après les scènes de chaos, place aux tentatives de dialogue. Le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, a appelé, dimanche 2 décembre, le Premier ministre Edouard Philippe à organiser une série de consultations politiques afin de trouver une sortie de crise face aux revendications des "gilets jaunes" et après les graves violences qui ont éclaté, principalement à Paris, en marge de leur troisième journée de mobilisation nationale. 

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Le président a ainsi demandé au chef du gouvernement de recevoir, dès lundi matin, "les chefs de partis représentés au Parlement ainsi que des représentants des manifestants", a indiqué l'Elysée. Edouard Philippe a ainsi annulé son déplacement à la COP24, en Pologne, pour mener ces rencontres. Ces consultations répondront, selon la présidence, au "souci constant de dialogue" de l'exécutif devant la colère exprimée par les "gilets jaunes". 

Quels partis politiques prendront part à ces consultations ? Qui des "gilets jaunes" se rendra à Matignon ? Que faut-il attendre de ces réunions ? Franceinfo répond à trois questions que vous vous posez peut-être sur ces rencontres politiques. 

1Qui sera reçu à Matignon lundi ?

Edouard Philippe reçoit dès 8h30 la maire de Paris, Anne Hidalgo. Seront ensuite conviés les présidents des groupes et partis représentés à l'Assemblée nationale, a précisé Matignon. À 10 heures, le chef du gouvernement recevra Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, accompagné des présidents des groupes socialistes à l'Assemblée nationale et au Sénat, annonce Matignon. Il rencontrera ensuite le président des Républicains, Laurent Wauquiez, à 10h45, avec les présidents des groupes LR au Parlement. Dès 11h30, le Premier ministre s'entretiendra ensuite avec David Cormand, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), puis recevra à midi le délégué général de La République en marche (LREM) Stanislas Guérini, avec les présidents des groupes LREM au Parlement. Il rencontrera ensuite le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde, à 13h30. 

Lundi après-midi, Edouard Philippe doit recevoir Sylvia Pinel et Laurent Hénart, les coprésidents du Mouvement radical, social et libéral. Il s'entretiendra ensuite avec la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, puis avec le fondateur du mouvement Génération.s, Benoît Hamon. Le Premier ministre recevra également, entre autres, le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan, le président d'Agir Franck Riester, la vice-présidente du MoDem Marielle de Sarnez, et Florian Philippot, le président des Patriotes. Il s'entretiendra aussi avec Delphine Batho de Génération écologie, Philippe Folliot de l'Alliance centriste, mais également avec le centriste Hervé Morin et Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français (PCF). 

Jean-Luc Mélenchon, lui, a décidé de faire l'impasse sur ce rendez-vous. Le leader de la France insoumise, un temps annoncé par Matignon, "ne pouvait se rendre disponible" a précisé lundi son entourage. Mais "il est possible que ce ne soit pas Jean-Luc Mélenchon qui y aille personnellement", a indiqué le député insoumis Alexis Corbière, lundi sur franceinfo. Alexis Corbière, député proche du chef de file insoumis, a expliqué de son côté sur franceinfo qu'on peut "porter des idées sans que ce soit par Jean-Luc Mélenchon", et "j'espère qu'il [Edouard Philippe] ne veut pas rencontrer uniquement Jean-Luc Mélenchon mais ce que nous représentons"

2Des "gilets jaunes" seront-ils entendus ?

Dimanche, dix "gilets jaunes" se nommant "porte-parole des 'gilets jaunes' libres" ont signé une tribune dans le Journal du dimanche, dans laquelle ils déclarent vouloir "être les porte-parole d'une colère constructive". "Soyons responsables et offrons au gouvernement une porte de sortie à la crise", poursuivent-ils. "Nous tendons à présent la main au gouvernement, dans l'espoir qu'il entende nos demandes. (...) Nous nous tenons à la disposition du Premier ministre pour un premier rendez-vous", écrivent les signataires de la tribune.

"Face à la difficulté de trouver des interlocuteurs, l'exécutif a bondi sur cette tribune du jour et sur cette initiative", rapportait dimanche soir le journaliste de France 2, Guillaume Daret. Matignon a en effet confirmé lundi matin qu'Edouard Philippe recevrait mardi après-midi les représentants des "gilets jaunes" "ayant sollicité un rendez-vous" avec l'exécutif. Ce collectif des "gilets jaunes libres" compte parmi ses membres Benjamin Cauchy et Jacline Mouraud, figures du mouvement, mais aussi Cédric Guémy, Chantal Perrotin ou encore David Tan.

3Que faut-il attendre de ces rencontres ?

Dans leur tribune, les "gilets jaunes" se disant prêts au dialogue avec l'exécutif attendent du gouvernement "qu'il entende nos demandes, qu'il accepte de modifier ses décisions fiscales". Ils demandent, ainsi, "de manière immédiate et sans condition (...) le gel de la hausse des taxes sur les carburants et l'annulation de l'alourdissement du contrôle technique automobile". Jacline Mouraud, l'une des figures des "gilets jaunes", réclame même ce gel de l'augmentation des taxes sur les carburants comme "condition préalable à toute discussion"

Le gouvernement serait-il prêt à des compromis ? "Nous y allons mais le Premier ministre et le président de la République ont beaucoup cadré ces entretiens en disant qu'ils ne bougeraient pas, notamment sur l'augmentation du prix du diesel à partir du 1er janvier, a regretté Alexis Corbière sur franceinfo lundi. Il n'y a pas vraiment de signe d'ouverture." Interrogés par BFMTV, des proches d'Emmanuel Macron expliquent qu'un "geste précis, indiscutable" est nécessaire pour sortir de l'impasse. "Il est évident que les choses doivent bouger d’ici samedi (...) en milieu de semaine au plus tard", estime l'un d'entre eux.

Parmi les pistes évoquées par les proches du président, et réclamées par les "gilets jaunes" comme par l'opposition : l'augmentation du smic ou encore le rétablissement de l'ISF, précise BFMTV. D'après Matignon, "l'ensemble [de ces] consultations, ainsi que celles ayant eu lieu la semaine dernière, conduiront le Premier ministre à annoncer [de nouvelles] mesures destinées à permettre le déroulement serein" de la concertation de trois mois voulue par Emmanuel Macron.