Carburant, gaz, électricité, contrôle technique... Ce qu'il faut retenir des annonces d'Edouard Philippe pour les "gilets jaunes"

Le Premier ministre a déroulé plusieurs mesures pour répondre aux revendications du mouvement. 

Edouard Philippe après une réunion à l\'Elysée, à Paris, le 21 novembre 2018.
Edouard Philippe après une réunion à l'Elysée, à Paris, le 21 novembre 2018. (MUSTAFA YALCIN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Le gouvernement tente de trouver une sortie de crise, plus de trois semaines après le début du mouvement des "gilets jaunes". "Cette colère, il faudrait être sourd ou aveugle pour ne pas l'entendre. J'en mesure la force, la gravité (...). Cette colère prend sa source dans une profonde injustice", a déclaré le Premier ministre, mardi 4 décembre. "Mais aucune taxe ne mérite de mettre en danger l'unité de la Nation", a souligné le chef du gouvernement, lors d'une allocution télévisée.

Pour répondre à cette colère, Edouard Philippe a annoncé une série de mesures

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Un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants

- ce qui est annoncé. C'est une revendication majeure des "gilets jaunes". Edouard Philippe a confirmé, mardi matin, le choix du gouvernement d'un moratoire de six mois sur la hausse des taxes sur les carburants.

"J'annonce une suspension pendant six mois de la hausse de la taxe carbone, de la convergence diesel-essence et de la hausse de la fiscalité sur le gazole entrepreneur non routier (GNR). Elles ne s'appliqueront pas avant d'être débattues par toutes les parties prenantes. Il faut mettre en œuvre des mesures d'accompagnement. Si on ne les trouve pas, nous en tirerons les conséquences", a poursuivi le Premier ministre.

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- ce qui était prévu. La taxe carbone, ce prélèvement pesant sur les produits énergétiques en fonction de leur émission de CO2, devait passer de 44,60 euros la tonne de CO2 à 55 euros au 1er janvier 2019. Résultat, l'an prochain, les taxes sur le gazole devaient augmenter de 6,5 centimes par litre, dont 2,6 centimes de rattrapage par rapport à la fiscalité de l'essence, et celles sur l'essence de 2,9 centimes.

- les réactions. "Un moratoire, ce n'est pas suffisant. S'il s'agit juste de retarder les augmentations, ce n'est pas à la hauteur. Il faut l'annulation des hausses de taxes", a estimé le président de LR Laurent Wauquiez devant les députés. 

 "Six mois de suspension, sûrement un hasard si ça nous porte juste quelques jours après les élections", a ironisé de son côté Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national.

"Ils ont fait un premier pas en entendant enfin mais bien tard la nécessité de geler les hausses de taxe sur les carburants et les énergies. Mais il reste deux étapes à franchir: (...) adopter des mesures d'équité sociale (...), reconstruire notre modèle fiscal, social et environnemental en organisant un Grenelle avec les corps intermédiaires et les élus locaux", a déclaré Jean-Christophe Lagarde, président de l'UDI et du groupe UDI-Agir:

Gel de la hausse du prix de l'électricité et du gaz

- ce qui est annoncé. Le Premier ministre s'engage aussi à ce qu'il n'y ait pas de hausse du tarif de l'électricité et du gaz "durant la concertation et donc durant l'hiver qui s'annonce", soit jusqu'à mai 2019.

"Ces décisions, immédiates, doivent ramener l'apaisement et la sérénité dans le pays" et "permettre d'engager un vrai dialogue sur l'ensemble des préoccupations qui se sont exprimées ces dernières semaines", a ajouté Edouard Philippe.

- ce qui était prévu. Concernant les tarifs réglementés de l'électricité, le régulateur de l'énergie (la CRE) devait proposer au gouvernement au mois de février 2019, un "ajustement de début d'année", en application du code de l’énergie. Cet ajustement se serait traduit par une hausse probable, explique BFMTV

Les tarifs réglementés du gaz tiennent compte de plusieurs paramètres. Ils sont basés sur les indices gaziers, eux-mêmes calés sur les prix du pétrole. S'ajoute à ce tarif  les coûts de transport et de distribution, ainsi qu'un certain nombre de taxes, précise Le Figaro. Les prix ont subi ces dernières semaines une forte augmentation.

- les réactions. "Suspendre n'est pas comprendre! Et encore moins répondre. Le gouvernement est totalement coupé du quotidien des Français. En 2019 pas de hausse des salaires ni des pensions prévue mais une augmentation des loyers, des mutuelles annoncée qui impactera encore le pouvoir d'achat", a affirmé Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste

Suspension de la réforme du contrôle technique

- ce qui est annoncé. Edouard Philippe a assuré avoir "entendu l'inquiétude sur les modalités du contrôle technique, qui le compliquent et le rendent plus cher".  Le gouvernement renonce donc provisoirement à l’alourdissement des conditions de contrôle technique sur les automobiles qui était prévu l’an prochain, afin de "trouver les justes adaptations".

- ce qui était prévu. Une réforme du contrôle technique concernant les véhicules diesel, répondant aux normes européennes d'émissions Euro 4, Euro 5 et Euro 6, devait entrer en vigueur le 1er janvier 2019. L'objectif : renforcer le contrôle de l'opacité des nuages de fumée, détaille Challenges.

Un débat sur les impôts

"Je veux ouvrir un large débat sur les impôts. (..) Ce débat commencera dès le 15 décembre et se terminera le 1er mars", a annoncé Edouard Philippe. Ce débat prendra la forme de concertations locales. Le Premier ministre a ajouté qu'il fallait "plus de transparence" sur les impôts.

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- les réactions.  Le premier secrétaire du PS Olivier Faure accuse le gouvernement de vouloir "enfermer le débat dans une fausse alternative : écologie ou pouvoir d'achat, services publics ou impôts". "Ce que nous demandons, c'est la justice fiscale, la lutte contre les inégalités sociales et territoriales, une discussion salariale", ajoute-t-il.

"Je salue la déclaration d'E. Philippe qui permettra apaisement et dialogue. Avec d'autres députés, nous avons formulé des propositions. Certaines ont été évoquées par le Premier ministre. Nous les porterons dans la concertation, afin de concilier justice sociale et transition écologique", a au contraire réagi Hugues Renson, vice-président LREM de l'Assemblée nationale.