A quoi faut-il s'attendre à Paris pour la rentrée des "gilets jaunes" ?

Plusieurs groupes de "gilets jaunes" appellent à manifester samedi à Paris. Mais la police a interdit les rassemblements dans plusieurs secteurs de la capitale, dont les Champs-Elysées.

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Un gilet jaune flotte au vent, le 16 novembre 2019, à Montpellier (Hérault). (ISELYNE PEREZ-KOVACS / HANS LUCAS / AFP)

Les "gilets jaunes" font leur rentrée. Sur les réseaux sociaux, plusieurs groupes se réclamant de ce mouvement de contestation appellent à manifester samedi 12 septembre sur les Champs-Elysées. Mais la préfecture a annoncé que tout rassemblement serait interdit ce jour-là sur cette avenue ainsi qu'à proximité de l'Elysée, de l'Assemblée nationale, de Matignon ou de Notre-Dame. "Il ne peut y avoir de destructions, de chaos sur les Champs-Elysées", a justifié le préfet de police Didier Lallement. Alors, à quoi faut-il s'attendre pour la journée de samedi dans la capitale ?

Sur Facebook, des appels à manifester 

Sur les réseaux sociaux, plusieurs groupes se réclamant des "gilets jaunes" relaient l'appel à manifester à Paris samedi. Sur Facebook, l'évènement "#12 septembre, un seul devoir défendre nos droits" invite ainsi à se rendre sur les Champs Elysées pour réclamer "la justice sociale". Près de 7 000 personnes se déclaraient "intéressées" jeudi 10 septembre.  

Le "gilet jaune" Jérôme Rodrigues appelle à "la désobéissance civile"

Cet appel à manifester est relayé notamment par Jérôme Rodrigues, figure des "gilets jaunes" qui a perdu l'usage de son œil à cause d'un tir de LBD. Il demande également aux futurs manifestants de passer à la "désobéissance civile complète". "Je vous invite ce jour-là [le 12 septembre] à ne montrer aucune carte d'identité, quitte à aller faire un petit tour au commissariat pour une vérif[ication] d'identité et y passer quatre heures", propose-t-il dans un message vidéo posté le 7 septembre. "Mais [les commissariats] auront-ils suffisamment de place pour nous accueillir ?" ajoute-t-il.

Oui, les commissariats auront "suffisamment de place", lui a répondu le syndicat  de police Synergie-officiers. "C'est clair bande de nazis, vous irez ouvrir le camp de concentration disponible au nord-est de Paris, celui que vous tentez de cacher aux médias", a rétorqué Jérôme Rodrigues sur Twitter. Conséquence, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé jeudi son intention de déposer  plainte contre Jérôme Rodrigues. "Les propos de M. Rodrigues envers la police de la République sont ignobles. Au nom du ministère, et pour défendre l’honneur de tous les policiers, je dépose plainte", écrit-il sur Twitter.

Jérôme Rodrigues faisait référence à un immense commissariat du 18e arrondissement de Paris. Situé rue de l'Evangile, ce commissariat dépend des brigades des réseaux ferrés, selon 20 Minutes. Il est utilisé notamment lorsque la police procède à des interpellations massives. Cela a été le cas à plusieurs reprises pendant la mobilisation des "gilets jaunes".

L'humoriste Jean-Marie Bigard défilera finalement

Il sera là, malgré son désaccord avec Jérôme Rodrigues. Après avoir annoncé qu'il refusait de défiler au côté de ce dernier après ses propos sur la police, Jean-Marie Bigard, qui évoque régulièrement une possible candidature à l'élection présidentielle de 2022, a finalement changé d'avis. "Je vais choisir un départ de manif où il n'y aura pas Jérôme Rodrigues, tout simplement", a-t-il déclaré.

La préfecture interdit les rassemblements sur les Champs-Elysées

Les manifestations des "gilets jaunes" ne sont autorisées que dans un périmètre bien précis, sur deux itinéraires. Le premier, à partir de 12h, conduira les manifestants de la place de la Bourse à la porte de Champerret. Le second, à partir de 13h, relie la place Wagram à la place Saint-Pierre. 

La préfecture de police de Paris avait annoncé par communiqué, jeudi, qu'elle interdisait "les rassemblements se revendiquant du mouvement des 'gilets jaunes' à partir du vendredi 11 septembre à 18 heures" ainsi que le "samedi 12 septembre 2020", dans plusieurs secteurs clés de la capitale. Tout rassemblement est interdit sur "l'avenue des Champs-Elysées, dans sa partie comprise entre la porte Maillot (incluse) la place du Maréchal de Lattre de Tassigny (exclue), la place de la Concorde (incluse)", dans un "périmètre comprenant la présidence de la République et le ministère de l'Intérieur, ainsi que dans les secteurs de l'Assemblée nationale, de l'Hôtel Matignon, de la cathédrale Notre-Dame de Paris et de la préfecture de Police, du forum des Halles, de la gare Saint-Lazare, du Trocadéro et du Champ-de-Mars".

"Il ne pouvait y avoir de destructions, de chaos sur les Champs-Elysées (...) Il y a un souci de sérénité sur cette avenue qui est une vitrine de notre pays. Donc j'ai interdit ces manifestations", a justifié samedi le préfet Didier Lallement lors d'un point presse sur la place de l'Etoile. "J'entends parler de dictature, mais je note qu'il y a des possibilités de manifestations (...) à condition qu'elles se passent pacifiquement, qu'il n'y ait pas de destructions", a-t-il souligné, appelant également au "respect des gestes barrières".

De nouvelles grenades de désencerclement

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé, vendredi 11 septembre, qu'une nouvelle grenade à main de désencerclement (GMD), censée être moins dangereuse, serait utilisée dès samedi. Le nouveau modèle de grenade occasionne "moins de projections en hauteur", selon le ministre de l'Intérieur. 

Utilisée en France depuis 2004, la GMD produit un énorme bruit (plus de 155 décibels, l'équivalent d'un avion au décollage) et projette par ailleurs 18 petits projectiles de caoutchouc à grande vitesse (126 km/h sur un rayon de 30 mètres, selon l'ONG Action des chrétiens pour l'abolition de la torture). Elle doit normalement être utilisée en cas de danger imminent, notamment pour disperser (avec sommations) un attroupement ou réprimer (sans sommations) des violences contre les forces de l'ordre.

Par ailleurs, le ministre de l'Intérieur a précisé que chaque tir de lanceur de balle de défense (LBD) lors des manifestations serait désormais soumis à l'accord d'un "superviseur". Cette réflexion avait été initiée par son prédécesseur Christophe Castaner après des polémiques à répétition sur la gestion controversée par les forces de l'ordre des mobilisations de "gilets jaunes". Plusieurs manifestants avaient été gravement blessés par des tirs de LBD et de grenade.

Gérald Darmanin a également annoncé que la technique de "l'encadrement", également appelée "nasse" et décriée par les manifestants, pourrait toujours être utilisée mais de façon "strictement encadrée" et "circonscrite dans le temps".

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