Réforme des retraites : en quoi consiste la conférence de financement proposée par la CFDT ?

Laurent Berger entend dissocier les négociations sur le contenu de la réforme de celles concernant son financement. Avec cette main tendue, le numéro un de la CFDT espère aussi qu'Edouard Philippe abandonnera la création d'un âge pivot pour partir à la retraite.

Laurent Berger et Edouard Philippe, le 25 novembre 2019 à Matignon. 
Laurent Berger et Edouard Philippe, le 25 novembre 2019 à Matignon.  (ERIC FEFERBERG / AFP)

Pour Edouard Philippe, c'est une "bonne idée". La conférence de financement proposée par Laurent Bergerle secrétaire général de la CFDT, est vue d'un bon œil par le Premier ministre, qui a annoncé, mardi 7 janvier, qu'une réunion serait organisée sur la question vendredi à Matignon. Franceinfo vous explique ce que cache cette proposition.

Quel est l'objectif de cette proposition ? 

Invité du journal de 20 heures sur France 2 dimanche 5 janvier, Laurent Berger a proposé d'organiser une "conférence de financement" du système de retraites, distincte du projet de loi en préparation. L'idée du secrétaire général de la CFDT : dissocier les négociations sur le contenu de la réforme de celles concernant son financement. "On convoque une conférence de financement des retraites qui, jusqu'à fin juillet, fin septembre, travaille à des propositions pour l'équilibre du régime à moyen et long terme", a-t-il expliqué.

Comment la réforme va-t-elle être financée ?

C'est justement la grande inconnue. "Aucune des mesures proposées n'est chiffrée, aucun tableau d'équilibre n'est fourni, aucun simulateur précis n'existe", s'alarme dans Le Monde l'ancien secrétaire d'Etat au Budget Christian Eckert. Seule promesse du gouvernement : le niveau des dépenses sera plafonné au niveau actuel, soit 14% du PIB, rappelle Le Parisien, citant l'exécutif.

Interrogés sur cette question centrale, les services du Premier ministre se déchargent sur... Jean-Paul Delevoye, rapporte L'Opinion. Et le quotidien de citer un membre du gouvernement qui préfère rester anonyme : "Il n'a jamais voulu présenter de chiffres pour ne pas braquer les partenaires sociaux."

Pour avoir des chiffres, il faut se rapporter au dernier rapport du conseil d'orientation des retraites selon lequel il manquera dans les caisses des régimes entre 8 et 17 milliards d'euros à l'horizon 2025. C'est pour financer ce déficit qu'Edouard Philippe tient tant à l'âge pivot. Celui-ci doit pousser les Français à prendre leur retraite plus tardivement et par conséquent à cotiser plus longtemps.

Quel est l'objectif de la CFDT ? 

Pour le syndicat réformiste, il s'agit de tendre la main au gouvernement pour sortir de la crise. Mais cette proposition d'organiser une conférence de financement sur la réforme des retraites reste conditionnée à une revendication non négociable : l'abandon de l'âge pivot.

Pour y parvenir, Laurent Berger a mis la pression sur Edouard Philippe, mardi 7 janvier, lors de la reprise des négociations. "Dans l'état de tension dans lequel est notre pays, ce serait de bon ton d'avoir une annonce que l'âge pivot est retiré du projet de loi actuel, sinon la CFDT ne s'inscrira pas durablement dans cette discussion", a déclaré Laurent Berger, à l'issue de discussions au ministère du Travail.

"Si l'objectif de cette conférence de financement, c'est de recycler l'âge pivot, la réponse est non", a-t-il ajouté. "Ce que l'on demande, c'est qu'on prenne le temps de réfléchir au financement du système de retraites, au calendrier de l'équilibre recherché et qu'on regarde toutes les possibilités sur la table, mais qu'on ne s'inscrive pas dans une volonté d'équilibre de court terme qui consiste à travailler plus longtemps", a résumé le numéro un de la CFDT.

Comment réagit le gouvernement ?

Si Edouard Philippe juge l'idée "bonne" et propose de discuter de cette conférence lors d'une réunion à Matignon vendredi 10 janvier, le Premier ministre s'est aussi inquiété de la "compatibilité" de cette proposition avec l'objectif de "compromis rapide" demandé par Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français.

Qu'en pensent les autres syndicats ?

A la sortie de la réunion multilatérale organisée mardi au ministère du Travail, les différents représentants syndicaux ont réagi à cette proposition de la CFDT.

• La CGT. "La ficelle est très, très grosse ce matin", a réagi Catherine Perret, membre du bureau confédéral de la CGT, chargée du dossier des retraites, qui ne voit pas dans ce projet de conférence de financement matière à "désamorcer la mobilisation massive de jeudi et samedi". Selon elle, "c'est comme s'il n'y avait que la CFDT qui était contre l'âge pivot" alors que "depuis le départ l'ensemble des organisations syndicales sont mobilisées"La CGT a toutefois décidé de se rendre vendredi à la réunion organisée à Matignon.

 L'Unsa. Laurent Escure, le secrétaire général de l'Unsa, est favorable à la tenue de cette conférence de financement. Demandant lui aussi le retrait de l'âge pivot, il dit espérer "que vendredi on aura une réponse définitive", laissant au gouvernement "trois jours" pour décider.

 Le Medef. L'organisation patronale a posé deux conditions à sa participation à une telle conférence : qu'elle livre ses conclusions avant la fin des débats au Parlement et que le gouvernement mette "tous les coûts et toutes les dépenses sur la table, et notamment celles qu'il a acceptées depuis quelques semaines", a fait savoir son président Geoffroy Roux de Bézieux.

 La CFE-CGC. "Cette proposition est assez surréaliste", a réagi sur franceinfo François Hommeril, président confédéral de la Confédération française de l'encadrement-Confédération générale des cadres. Pour lui, la question d'une telle conférence devrait être au cœur du débat depuis le début. "Il faut une étude d'impact, un lieu, des documents, pour savoir comment est financé le système, quels sont les différents impacts du nouveau système sur les différentes catégories. (...) Le gouvernement n'a pas d'étude d'impact et je trouve culotté qu'aujourd'hui il vienne nous dire que [la conférence de financement] est une bonne idée. C'est dès le début qu'on aurait dû faire ce travail et depuis le début que nous le demandons."