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Présidentielle 2022 : la question des retraites au cœur du duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen

Si les deux candidats qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, ont un programme qui diffère sur la réforme des retraites, ils ont tous les deux modifié leurs projets.

Article rédigé par Sarah Lemoine
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Emmanuel Macron lors d'un déplacement dans le Pas-de-Calais et Marine Le Pen lors d'un déplacement dans l'Yonne, le 11 avril 2022. (LUDOVIC MARIN / EMMANUEL DUNAND / AFP)

Il s'agit de l'une des mesures emblématiques et controversée du programme d'Emmanuel Macron : repousser progressivement l'âge légal de la retraite de 62 à 65 ans. Mais lundi 11 avril au premier jour de sa campagne d'entre-deux tours, le président s'est dit prêt à "bouger" sur sa proposition lors d'un déplacement dans le Pas-de-Calais. Il "ouvre la porte" à un report de l'âge légal à 64 ans plutôt que 65.

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Dans le camp du président sortant, on appelle ça du "pragmatisme", notamment dans la voix du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Mais dans les faits, Emmanuel Macron fait bien un pas en arrière sur sa réforme des retraites pour aller chercher des voix en vue d'un second tour qui s'annonce serré, face à une candidate qui maintient l'âge de départ à 62 ans, et qui l'abaisse à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt.

Pour Emmanuel Macron, "tout n'est pas ficelé"

C'est la fin d'un dogme, et c'est d'autant plus frappant que son équipe de campagne affirmait il y a quelques jours encore que le report progressif à 65 ans, écrit noir sur blanc dans son programme, était un élément non négociable dans la concertation qui s'ouvrirait avec les partenaires sociaux. Parce que la mesure s'inscrit dans un tout, nous expliquait-on. Elle vise à la fois à équilibrer le système de retraite, censé rester déficitaire pendant encore dix ans, mais aussi à financer d'autres réformes majeures du programme du candidat, en matière d'éducation, de santé ou de maintien à domicile des personnes âgées. Cette réforme est censée rapporter 9 milliards d'euros en cinq ans, en incluant la retraite à 1 100 euros pour une carrière complète. Plus les gains de croissance générés par un allongement de la vie active des français.

Changement de ton, donc, confirmé mardi lors d'un déplacement en Alsace : les 65 ans ne sont plus "un dogme", explique Emmanuel Macron, qui assure que "tout n'est pas ficelé", allant jusqu'à évoquer le référendum, "outil à la main du président de la République". Il ouvre la porte à un report de l'âge limité à 64 ans en 2027. Il envisage aussi une "clause de revoyure" à la fin du quinquennat, voire un référendum. C'est encore un peu flou, ça reste à préciser. Il y a eu plusieurs zigzags du président Macron depuis 2017. La première réforme – qui visait à remplacer les 42 régimes de retraites par un régime unique calculé en points – ne comprenait au départ aucune mesure d'âge. L'âge légal devait rester fixé à 62 ans. Sauf qu'après 18 mois de concertation, un âge pivot a été introduit à 64 ans pour inciter les Français à travailler plus longtemps. Ce n'était pas la philosophie initiale. Votée en première lecture à l'Assemblée nationale, suspendue au début de la crise sanitaire, cette réforme a finalement été abandonnée. Trop complexe et porteuse d'inquiétudes, a finalement reconnu Emmanuel Macron.

Marine Le Pen a modifié aussi sa réforme

À l'inverse d'Emmanuel Macron, Marine Le Pen ne fait pas d'économies sur le système de retraites, elle augmente les dépenses. Mais un peu moins que prévu, car elle a elle aussi modifié son projet ces derniers mois, notamment sur l'âge légal. La candidate du Rassemblement national promet d'abaisser l'âge légal de départ à 60 ans dès cette année, mais plus pour tout le monde. Seulement pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, c'est à dire entre 17 et 20 ans. Pour les autres, qui ont débuté plus tard, c'est toujours 62 ans comme aujourd'hui.

Il y a ensuite les conditions pour toucher une retraite à taux plein. Marine Le Pen les fait varier en fonction de l'âge d'entrée dans la vie active. Entre 17 et 20 ans, ce sera 40 annuités seulement. Soit deux années de moins qu'avec les règles actuelles. Avec une entrée dans la vie active à 22 ans, il faudra 41 annuités pour partir avec une pension pleine et entière. À 24 ans et demi, ce sera 42 annuités, soit un an de moins ce que prévoit la réforme Touraine pour la génération née en 1973.

La candidate évalue sa réforme à 9,6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires par an à partir de 2027. Elle promet également de revaloriser les petites retraites à 1 000 euros et de rétablir la demi-part des veufs et des veuves, supprimée sous le quinquennat Sarkozy. Enfin, elle conserve les régimes spéciaux alors que son adversaire promet de les supprimer pour les nouveaux entrants.

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