Consommation : comment le gouvernement veut faire rediscuter les prix des courses entre la grande distribution et les industriels

Avec une inflation alimentaire toujours proche de 15% sur un an, le gouvernement réunit jeudi 11 mai les représentants de la grande distribution. L'idée est de prolonger le trimestre anti-inflation dans les rayons, et d'enclencher, à terme, des renégociations des prix.
Article rédigé par Sophie Auvigne
Radio France
Publié
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Rayon fruit et légume dans un supermarché Auchan. Photo d'illustration. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS)

C'est maintenant que l'été se prépare. Le gouvernement va recevoir ce jeudi, à Bercy, les représentants de la grande distribution dans l'objectif de négocier la prolongation du trimestre anti-inflation, mis en place début mars, a appris franceinfo de source gouvernementale. Face à une hausse des prix alimentaires au-dessus de 15% sur un an en avril, le gouvernement souhaite discuter avec les distributeurs et l'industrie agro-alimentaire de la possibilité de prolonger au-delà de juin les baisses de prix sur certains produits dans les supermarchés. 

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Petit comité

Après avoir invité les distributeurs à baisser les prix sur une sélection de produits de mars à juin dans le cadre du "trimestre anti-inflation", le gouvernement réfléchit à de nouveaux moyens d'amortir le choc de l'inflation alimentaire au-delà du premier semestre. Selon le cabinet de la ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, Olivia Grégoire, il n'était pas possible d'inviter tous les représentants de la grande distribution. Michel Biéro, directeur exécutif achat de Lidl, n'est pas invité. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD) doit représenter les absents (mais dont Lidl ne fait partie). 

Cette réunion intervient car, selon Bercy, il n'y a pas de baisse de l'inflation en vue : l'objectif est donc de prolonger le trimestre anti-inflation au moins jusqu'à la rentrée. Car le système fonctionne assure le ministère de l'économie : les produits à prix serrés ont même encore baissé de moins 13% en un mois et demi et les français en ont profité. Ils ont recommencé à acheter un peu de viande, de poisson, de fruits et légumes qu'ils délaissaient face à des prix trop élevés.

Sur ce principe le gouvernement glisserait bien aussi quelques fournitures scolaires dans ce chariot anti-inflation, même si, traditionnellement, les promos ne manquent pas au moment de la rentrée.

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Des prix bas cet été ?


Reste que la baisse des prix n'est pas vraiment pour tout de suite. Mais les participants à cette réunion glissent toutefois que des "petits prix" sont bien prévus pour la saison estivale, ne serait-ce que pour jouer la concurrence entre enseignes. Une enseigne n'a en effet pas vraiment le choix de remonter seule ses prix. Mais les distributeurs le disent : pour chacun, ce trimestre anti-inflation coûte plusieurs dizaines de millions d'euros, exclusivement prélevés sur les marges. Alors, pour poursuivre cet effort, il faut une nouvelle répartition des coûts, comme l'explique Thierry Cotillard, le patron des Mousquetaires (Intermarché, Netto) invité de franceinfo. 

"Ça cartonne", et "il faut couvrir un maximum de produits", a-t-il indiqué, avant d'insister : "70% des Français prennent un produit sur cinq issu de cette sélection. On va prolonger l'opération, mais la condition est que les industriels participent à l'effort". 

Comment Bercy compte trouver une solution

Reste une question de fond : le ministère a-t-il les moyens de remettre tout le monde à la table des négociations ? Car cette réunion reste en petit comité : le ministère de l'Economie promet de recevoir très vite les fournisseurs, mais en évitant de mélanger ceux qui se sont déchirés pendant les dernières négociations commerciales. Pourtant, ces derniers partageraient volontiers les efforts avec les industriels, au coeur des discussions. D'ailleurs, les hypermarchés se sont fendus d'un courrier pour demander à leurs fournisseurs de rouvrir ces fameuses négociations sans réponse pour le moment.

En théorie, il est possible de rouvrir des négociations commerciales, c'est ce que demande Bercy 
parce que les prix diminuent nettement pour certaines matières premières : blé, colza, ou même énergie, transport. Certes mais du côté des industriels, on pointe au contraire les augmentations pour le sucre, le cacao, le café qui s'envolent ou encore les oranges, les tomates et aussi le verre. Conclusion des fournisseurs : si les tarifs devaient être renégociés, ce serait plutôt à la hausse. 

Après une demande polie pour reprendre les discussions sur les prix en cas de mauvaise volonté, Bercy menace de faire du "name and shame" : en clair, publier les noms des grandes marques qui refusent de négocier à la baisse une très mauvaise publicité. Si ça ne suffit pas, Bercy garde sous le coude l'arme fiscale : des sanctions pour les plus récalcitrants. Aux yeux des grands industriels, ce serait jeter de l'huile sur le feu.

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