Réforme des retraites : pourquoi il faut prendre le "simulateur" du gouvernement avec des pincettes

Pour défendre son texte, le gouvernement a mis en ligne un site à l'intérêt limité puisqu'il ne permet pas d'obtenir une réponse personnalisée en fonction de sa situation.

Le gouvernement a mis en ligne, jeudi 19 décembre, un \"simulateur\" pour défendre sa réforme des retraites.
Le gouvernement a mis en ligne, jeudi 19 décembre, un "simulateur" pour défendre sa réforme des retraites. (MAXPPP)

Un outil pour défendre une réforme contestée. Avec un jour de retard et en pleine grève contre son projet de loi, le gouvernement a mis en ligne, jeudi 19 décembre, un premier "simulateur" avec une trentaine de cas-types pour permettre aux Français de mieux appréhender la réforme des retraites.

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Franceinfo vous explique pourquoi il faut prendre cet outil avec des pincettes.

Il n'estimera pas votre future retraite

Il est impossible de rentrer dans le détail sa situation et d'obtenir une réponse personnalisée. Le "simulateur" du gouvernement permet simplement de vérifier si vous allez être concernés par la réforme et dans quelles proportions, si vous avez commencé à travailler avant sa mise en application. En le renseignant, vous n'obtiendrez rien de plus qu'une réponse de ce type : "Votre retraite sera calculée sur les 14 premières années de votre carrière (33%) avec les règles du système actuel et sur les 29 années suivantes (67%) selon les règles du système universel."

Seuls les cas-types proposent des réponses chiffrées, en indiquant un montant de retraite mensuelle brut dans le système actuel et avec le futur système universel voulu pour le gouvernement. Par exemple, Leïla, secrétaire née en 1990 et salariée au smic tout au long de sa carrière, touchera entre 996 euros (départ à 62 ans) et 1814 euros (départ à 67 ans) dans le nouveau système, contre 1002 à 1442 euros dans l'ancien. Le gouvernement a promis qu'un "simulateur individuel exhaustif sur les données personnelles de carrière de chaque Français sera disponible dans les six mois qui suivront l'adoption de la loi par le Parlement".

Tous les salariés ne sont pas représentés

Les 36 premiers cas-types proposés par le gouvernement ne représentent que les enseignants, les fonctionnaires et un salarié lambda. Les professions libérales – avocats, médecins, architectes, etc. – et les salariés qui bénéficient aujourd'hui d'un régime particulier, comme les cheminots de la SNCF, les agents de la RATP ou de la Banque de France, font figure de grands absents. Pourtant, ils feront partis pour certains des perdants de cette réforme. Le gouvernement a précisé que cette liste de cas serait enrichie à partir du 22 janvier 2020, jour de l'examen du projet par le Conseil des ministres, "avec environ 150 situations individuelles" et "sera rapidement complété pour atteindre 300 situations individuelles".

L'âge pivot n'est pas pris en compte

C'est l'un des points de blocage de cette réforme, celui qui a fait descendre la CFDT, syndicat pourtant favorable à la retraite par points, dans la rue. Pourtant, l'âge pivot à 64 ans, avec une décote si vous partez avant et une surcote si vous partez après, ne fait pas partie des critères retenues pour le "simulateur" ou les cas-types. Le gouvernement a retenu la durée de cotisation actuelle – 43 ans pour une pension pleine – et fait débuter toutes les carrières à 22 ans. De même, de nombreux paramètres ne figurent pas dans ce "simulateur" : pénibilité, jobs d'été, carrières tronquées...

La réforme pourrait encore évoluer

Le "simulateur" du gouvernement et les cas-types souffrent du même problème que les outils mis en ligne par les banques, les syndicats ou les assurances : les contours de la réforme ne sont pas encore arrêtés et trop de détails restent flous pour permettre un calcul précis de votre retraite. Les négociations actuelles entre le gouvernement et les syndicats sont susceptibles de le faire évoluer. Une première version détaillée du projet du gouvernement sera ensuite présentée en Conseil des ministres le 22 janvier. Puis le texte passera devant l'Assemblée nationale et le Sénat, où il sera possiblement modifié.

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