Affaire Alexia Daval : pour Laurence Rossignol, "ce n'est pas une dispute, c'est un meurtre"

L'ancienne ministre des Droits des femmes a dit mercredi sur franceinfo avoir été choquée par certains propos tenus par l'un des avocats de Jonathann Daval.

L\'ancienne ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, à Paris le 8 mars 2017.
L'ancienne ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, à Paris le 8 mars 2017. (ETIENNE LAURENT / EPA POOL)

L'ancienne ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol a estimé mercredi 31 janvier sur franceinfo que la mort d'Alexia Daval n'est "pas une dispute, mais un meurtre". Le mari de la victime, Jonathann Daval, a avoué mardi avoir tué sa femme. L'un de ses avocats a déclaré que son client est une "victime", au même titre que sa femme. Ces propos ont choqué l'ancienne ministre.

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franceinfo : Ce que vous entendez dans cette affaire Daval vous fait-il réagir ?

Laurence Rossignol : Oui, mais je crois qu'il faut rappeler quelques principes. Un avocat est là pour défendre son client, et pour essayer d'obtenir in fine la condamnation la plus juste du point de vue du jury d'assises, mais aussi la plus faible du point de vue du client. Il n'est pas étonnant qu'un avocat développe des arguments qui visent à réduire la responsabilité de son client. Dans cette affaire, il y a beaucoup de zones d'ombre, qui nous imposent d'être très prudents.

En revanche, il faut qu'on s'intéresse au traitement médiatique des propos de l'avocat. Ce qu'il a déclaré, d'habitude, ça se dit au moment du procès. Là, il l'a fait sur les télés, les radios, en temps réel. Cette affaire est hors norme. Son traitement médiatique depuis 48 heures est aussi hors norme. Il faut avoir en tête que lorsque les femmes sont victimes soit de viol soit de violences conjugales, il y a toujours un moment où on va mettre en cause la responsabilité de la victime. Ça n'existe dans aucun autre cas, comme un cambriolage par exemple. Ce qui m'a frappé, c'est que les propos de l'avocat ont été pris en brut. La victime a été mise en cause.

N'y a-t-il pas eu une prise de conscience tout de même depuis que l'affaire Weinstein a éclaté ?

Oui, c'est lié. Mais c'est une prise de conscience qui est extrêmement lente. On ne doit plus dire "drame conjugal", "drame familial" et même "dispute conjugale". Là ce n'est pas une dispute, c'est un meurtre. Il faut qu'on fasse très attention les uns et les autres lorsqu'on parle des meurtres de femmes par leur conjoint ou leur ex-conjoint à ne pas les banaliser, et à ne pas les renvoyer dans une espèce d'égalité entre les deux protagonistes. Il y a à la fin un auteur, un meurtrier, et une femme victime.

D'ailleurs la notion de "crime passionnel" n'existe pas dans la loi ?

Ça n'existe pas. Ça n'existe que dans la littérature et dans les plaidoiries des avocats pour défendre leurs clients, pour minorer la responsabilité et la nature de leurs actes. Rappelons-nous qu'il y a une vingtaine d'années encore, les coups portés à une femme à la maison étaient considérés comme relevant de la vie privée. C'est très récent que la question des violences faites aux femmes soit devenue une question sociale. C'est aujourd'hui une question politique également.