Qui est Dewayne Johnson, le jardinier américain qui a fait condamner Monsanto ?

Dewayne Johnson est le tout premier particulier à mettre Monsanto sur le banc des accusés aux Etats-Unis.

Dewayne Johnson marche dans le tribunal où se déroule son procès contre Monsanto, à San Francisco (Californie), le 9 juillet 2018. 
Dewayne Johnson marche dans le tribunal où se déroule son procès contre Monsanto, à San Francisco (Californie), le 9 juillet 2018.  (JOSH EDELSON / REUTERS)
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Sa peau est mangée par les lésions cancéreuses, même ses paupières sont atteintes. "À chaque fois qu'il cligne des yeux, il souffre", fustige l'avocat de Dewayne Johnson à la barre du premier procès, aux Etats-Unis, qui oppose un particulier au géant Monsanto. Victime d'un cancer incurable de son système lymphatique, l'homme de 46 ans a attaqué en justice la multinationale pour son herbicide Roundup et sa version professionnelle le RangerPro, dont le principe actif, le glyphosate, est soupçonné d'être cancérigène. Vendredi 10 août, le verdict est tombé : la firme Monsanto a été reconnue coupable, et a été condamnée à lui verser près de 290 millions de dollars. 

>> Glyphosate : cinq questions sur la condamnation de Monsanto aux Etats-Unis

Au total, 4 000 dossiers de victimes présumées du glyphosate pourraient déboucher sur un procès aux États-Unis. Si celui de Dewayne Johnson est le premier à être arrivé dans un tribunal, c'est parce que la loi californienne oblige la justice à organiser un procès avant le décès du plaignant. Or, les médecins de Dewayne Johnson ne lui donnent plus que deux ans à vivre, au maximum. Franceinfo dessine le portrait de ce jardinier, David face au Goliath de l'agrochimie. 

Aspergé de RangerPro à deux reprises 

Entre 2012 et mai 2016, Dewayne Johnson était "responsable de la lutte contre les nuisibles" sur les terrains scolaires de Benicia, une petite ville de Californie, au nord-est de San Francisco. "J'aimais beaucoup mon travail, j'étais très sérieux", a-t-il expliqué avec fierté lors de son procès, faisant sourire l'assistance en précisant qu'il avait fait déguerpir "30 putois, 25 ratons-laveurs et un écureuil" des cours d'école. Mais les nuisibles, c'était aussi les mauvaises herbes. 

Dewayne Johnson se chargeait de les éliminer au Roundup, puis au RangerPro, un désherbant plus puissant, qu'il fallait diluer dans d'immenses citernes d'eau avant de l'épandre, parfois par centaines de litres. A deux reprises, l'employé a été aspergé de RangerPro et ses vêtements trempés à cause de dysfonctionnements des vaporisateurs. "Après la deuxième fois, j'ai paniqué", a-t-il raconté, se remémorant "la situation incontrôlable sur [sa] peau" où se multipliaient des lésions très douloureuses.

"Son travail était tout pour lui", a expliqué à la barre Araceli, sa femme et la mère de ses deux enfants. Aujourd'hui, Dewayne Johnson ne peut plus travailler. Et pour payer les factures, son épouse doit cumuler deux emplois, dans une école et dans une maison de retraite.

Un cancer du système immunitaire 

Dewayne Johnson a expliqué avoir noté pour la première fois, en 2014, des irritations sur sa peau dont il n'arrivait pas à se débarrasser. En octobre de la même année, il est diagnostiqué d'un lymphome non hodgkinien, un cancer de son système immunitaire. Le jardinier, qui n'avait pas de problème de santé auparavant, assure n'avoir eu aucune idée des controverses concernant le glyphosate avant de découvrir des marques sur sa peau et de se renseigner sur internet. 

Affolé, il tente alors de contacter Monsanto pour savoir si le glyphosate est dangereux pour la santé. Il passe un premier appel en 2014. La personne note sa demande, lui promet qu'on le rappellera. Personne ne le fera. Au printemps 2015, lorsqu'il réitère son appel avec la même requête, la même chose se produit. Si les avocats de Monsanto ont reconnu que quelqu'un aurait dû le rappeler, ils assurent que cela n'aurait rien changé : selon eux, personne ne lui aurait conseillé d'arrêter d'utiliser le désherbant. 

De son côté, Dewayne Johnson martèle qu'il aurait cessé d'utiliser le glyphosate même si Monsanto n'avait parlé que de risques éventuels. Au lieu de quoi, il a continué à manipuler ces produits jusqu'en 2016, année où il a informé ses supérieurs qu'il ne les utiliserait plus. Mais pour Monsanto, le glyphosate ne présente aucun danger et il n'est donc pas nécessaire d'avertir les utilisateurs d'un risque quelconque. 

Son avocat réclamait 400 millions de dollars 

Pour Brent Wisner, un des avocats de Dewayne Johnson, qui pense que son cancer incurable est dû au RoundUp et au RangerPro, le "jour de rendre des comptes" est venu pour Monsanto. Il a réclamé à l'entreprise plus de 400 millions de dollars en dommages-intérêts pour son client, mais surtout en sommes "punitives". Pour lui, Monsanto a fait passer ses profits avant la santé publique en bataillant contre des études faisant état de risques cancérigènes du RoundUp, vendu depuis plus de quarante ans.

Je me battrai jusqu'à mon dernier souffle.Dewayne Johnson

Vendredi, la justice a finalement condamné Monsanto à verser près de 300 millions de dollars. Selon l'énoncé de la décision, non seulement au moins l'un des deux produits utilisés par Dewayne Johnson a contribué à son cancer, mais Monsanto connaissait la dangerosité des substances, et a volontairement choisi de ne pas "accompagner ses pesticides d'un avertissement destiné au consommateur"

Contrairement à l'agence fédérale américaine de protection de l'environnement (EPA), la Californie a placé en juillet 2017 le glyphosate sur la liste des produits cancérigènes mais, après un recours en justice de Monsanto, cette mention ne figure pas obligatoirement sur les emballages des produits en contenant.

Le glyphosate est aussi classé "cancérigène probable" depuis 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l'OMS. Les agences européennes, l'Efsa (sécurité des aliments) et l'Echa (produits chimiques), maintiennent que ce produit n'est pas dangereux pour la santé humaine, et l'UE a prolongé de cinq ans son autorisation, fin 2017.