"Quand on entend ce qui se dit partout, on a l'impression d'être des tueurs" : le métier d'éleveur peine à recruter

D'ici dix ans, la moitié des agriculteurs français partiront à la retraite.

Jérémy Labbé, jeune éleveur de porcs à Plurien (Côtes-d\'Armor)
Jérémy Labbé, jeune éleveur de porcs à Plurien (Côtes-d'Armor) (GUILLAUME GAVEN / RADIO FRANCE)

"L'agriculture vous tend les bras" : c'est le thème du 57e salon de l'agriculture. Une manière de dire que les besoins de main-d’œuvre sont considérables dans le secteur : on estime que 70 000 emplois ne seraient pas pourvus en France. 

Jérémy Labbé avait 30 ans en juin 2015 quand il a repris une exploitation porcine à Plurien dans les Côtes-d'Armor. Même s'il a grandi loin du monde agricole, son père était maçon et sa mère ouvrière, il a su très tôt qu'il deviendrait éleveur : "La passion vient d'un voisin qui faisait du cochon. J'allais souvent chez lui quand j'étais petit. Après, j'ai fait les études agricoles jusqu'au BTS." 

1 500 euros par mois pour 60 heures de travail par semaine

Malgré sa vocation, Jérémy Labbé reconnaît qu'il n'est pas simple de se lancer quand on ne reprend pas une exploitation familiale: "Bien sûr que c'est difficile. Il faut surtout obtenir la confiance des banques. Chez moi il y a quasiment deux millions d'euros d'investissement." 

Désormais, il s'en sort plutôt bien, porté par la conjoncture. Il dit se verser 1 500 euros par mois, pour à peu près 60 heures de travail par semaine. "L'année dernière, on a installé 490 jeunes en Bretagne. À contrario, il y a eu 2 200 départs, constate Jérémy Labbé, ce sont des départs en retraite, un petit peu de gens qui abandonnent aussi, parfois ils sont économiquement très bien, mais ils en ont marre. C'est malheureux, je trouve ça déprimant." 

On sait très bien que les générations précédentes n'ont pas fait que du bon boulot.Jérémy Labbé à franceinfo

Jérémy Labbé a bien une explication à ce manque de vocations dans l'élevage : "Ce n'est pas facile pour nous de nous faire 'démonter' tous les jours quand on regarde la télé. Quand on entend tout ce qui se dit partout, ce n'est pas facile à vivre au quotidien. On a l'impression d'être des tueurs." Le jeune éleveur de porcs assure que sa génération a un regard différent sur le métier : "On est agriculteur, mais on est aussi consommateur, on est parent. Moi, j'ai deux enfants aussi. Nous essayons de nous améliorer."

Malgré toutes ces difficultés, les lycées agricoles font le plein, notamment pour des reconversions professionnelles des néo-agriculteurs, comme on dit. Mais Jérémy Labbé émet des réserves : "Ils vont plutôt se lancer dans des choses comme les plantes aromatiques. Mais économiquement, ça ne crée pas d'emplois. Un élevage moyen fait travailler une dizaine de personnes en Bretagne, il y a une économie derrière."


Le métier d'éleveur peine à recruter - Le reportage de Guillaume Gaven
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