"Pour les gens, si je ne suis pas en fauteuil, je ne suis pas handicapée" : l'impossible recherche d'emploi pour les travailleurs avec un handicap invisible

Radija Amraoui souffre d'arthrose au dos et s'est vu reconnaître un taux d'incapacité de 79%. Elle vient seulement de trouver un travail dans un centre pour demandeurs d'asile.

Radija Amraoui, au centre d\'accueil des demandeurs d\'asile, à Montigny-les-Cormeilles (Val-d\'Oise).
Radija Amraoui, au centre d'accueil des demandeurs d'asile, à Montigny-les-Cormeilles (Val-d'Oise). (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

Radija a signé son CDD d’agent d’accueil social depuis un mois. "Vous avez pris votre courrier ?" Derrière son comptoir, la rayonnante quinquagénaire aide et oriente les résidents de ce centre d’accueil pour demandeurs d’asile. "J'essaie de parler en français avec eux. Quand ce n'est pas du tout possible, je le fais en anglais, et si c'est vraiment nécessaire, j'utilise l'arabe." Ça ne se voit pas mais Radija s’est vu reconnaître un taux d’incapacité de 79%. Elle souffre notamment d’arthrose du dos. "Quand je suis en crise, c'est compliqué", confie-t-elle. "Je ne peux presque pas marcher."

La semaine européenne pour l’emploi des personnes en situation de handicap débute lundi 18 novembre. Le taux de chômage des travailleurs handicapés est toujours deux fois plus élevé que la moyenne, 18% d'entre eux sont à la recherche d’un poste. Cette année, un coup de projecteur est donné sur les handicaps dits invisibles, comme les troubles musculo-squelettiques, le diabète, les séquelles d’AVC... Ils représentent 80% des cas, dont celui de Radija Amraoui. Après dix années difficiles, elle vient de retrouver un travail, à Montigny-Les-Cormeilles (Val-d’Oise).

"Les gens vous insultent"

Elle a dû quitter son précédent poste de gouvernante en hôtellerie, avant dix ans de formations et de réorientations avortées à cause de la douleur. Depuis la signature de son CDD, elle revit. "Ah mais je suis heureuse !", s'enthousiasme Radija. "Je suis épanouie d'avoir ma place dans la société." Accompagnée par une association, LADAPT, Radija bénéficie d’un contrat aidé à temps partiel, avec 24  heures par semaine. C’était son choix et en cas de pic de douleur, son chef, Dominique Amiard, l’invite à rentrer chez elle. "C'est loin d'être compliqué", affirme-t-il. "Le fait que madame Amraoui puisse être momentanément absente, en lien avec son handicap, est largement compensé par sa présence, ses compétences et son enthousiasme au quotidien."

Me dire que je travaille comme tout le monde, ça change la vie !Radija Amraouià franceinfo

Radija redoute que cette souplesse de l’employeur puisse être un jour perçue par ses collègues comme un privilège, alors même que son handicap n’est pas apparent. Dans la vie de tous les jours, cette invisibilité du handicap lui pose parfois problème, comme quand elle sort sa carte de priorité pour éviter de faire la queue. "Quand vous faites vos courses, vous passez avec votre carte et les gens vous insultent, parce que ça ne se voit pas. Je ne suis pas en fauteuil. Donc si je ne suis pas en fauteuil, je ne suis pas handicapée", explique Radija. "Ca m'est aussi arrivé à la poste. La nana, elle a piqué une colère, jusqu'à ce que le vigile ait dû intervenir !"

Désormais, Radija n’ose plus présenter sa carte de priorité dans le RER. Quitte à rester debout et souffrir en silence, chaque semaine, quand elle se rend à Paris pour compléter sa formation.

L'impossible recherche d'emploi pour les travailleurs avec un handicap invisible - Le reportage de Jérôme Jadot
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