"Il faut être obéissant et soumis" : avec le mot clé #balancetonstage, des infirmières dénoncent le harcèlement et les insultes racistes subis durant leur formation

Le mouvement, lancé sur les réseaux sociaux par des étudiants lyonnais en école de commerce, a incité des centaines de soignantes à révéler les mauvais traitements de leur hiérarchie.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
L'hôpital de Brive (Corrèze). Photo d'illustration. (ST?PHANIE PARA / MAXPPP)

Avec le mot clé #balancetonstage, Marie, une infirmière basée en Bourgogne, raconte sur son compte Twitter sa toute première semaine en tant que stagiaire alors qu'elle avait seulement 17 ans. L'aide soignante qui l'encadre lui demande un jour de faire la toilette d'un patient sans l'avertir de son état. "J'ai essayé de le réveiller puisque c'était tôt le matin. Voyant qu'il ne se réveillait pas, j'ai commencé à m'inquiéter et le soignant était en fait dans l'encadrement de la porte et me regardait sans rien dire, se souvient la jeune-femme. J'étais loin d'imaginer que le patient était décédé depuis maintenant une demi heure. Même en en parlant maintenant, je suis encore un peu bouleversée."

Nadia, une infirmière marseillaise, âgée de 24 ans au moment de son stage, a elle aussi vécu plusieurs expériences douloureuses. Après avoir soigné un patient en urgence, son encadrante lui saute dessus : "On sort de la chambre, on s'apprête à débriefer et là, tout à coup, elle me tire les cheveux et elle me dit 'J'ai pensé que tu avais des cheveux crépus et j'étais loin de m'imaginer qu'ils étaient aussi longs'"

Ces commentaires racistes continuent tout au long du stage de Nadia."Une fois, elle avait les mains mouillées et elle les a essuyées sur mon visage et elle m'a dit : 'Mais tu ne mets pas de fond de teint ? Parce que vous, chez vous, vous avez le teint plutôt olive. Vous êtes pâles si vous ne vous maquillez pas.'" 

"Il faut rentrer dans un moule"

Pour Marie comme pour Nadia, ces faits de harcèlement ont été difficiles à surmonter, les deux femmes se demandant si elles avaient choisi la bonne voie avant de persévérer. L'association "ESIOP Étudiants en soins infirmiers: osons parler", présidée par Violaine Massot, n'est pas surprise par ces messages anonymes sur Twitter : "Je pense qu'il y a une vraie omerta".

Tout le monde est au courant de ce qui se passe et en fait, si on n'accepte pas cela, on risque des représailles à son tour.

Violaine Massot

à franceinfo

L'Association met en cause la formation stéréotypée dans les instituts de formation en soins infirmiers. "Il faut rentrer dans un moule. Il faut être assez obéissant et soumis, ne pas remettre en cause la hiérarchie et les cadres de santé veulent des infirmières dociles", dénonce Violaine Massot. 

Selon une enquête publiée par la Fédération nationale des soins infirmiers, plus de la moitié des interruptions de scolarité sont liées à des stages problématiques. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.