Une femme tuée dans les Alpes-Maritimes, 100e féminicide de 2019 en France dénoncé par le collectif "Féminicides par compagnons ou ex"

L'annonce de cette mort intervient à quelques jours du premier Grenelle sur les violences conjugales. 

Une manifestation en hommage aux 99 victimes de féminicides a été organisée à Toulouse, le 31 août 2019.
Une manifestation en hommage aux 99 victimes de féminicides a été organisée à Toulouse, le 31 août 2019. (ALAIN PITTON / NURPHOTO /AFP)

"A un moment, il va falloir arrêter de remettre le compteur à zéro chaque 1er janvier et se poser les bonnes questions." Le collectif #NousToutes a rendu public, dimanche 1er septembre, un triste décompte. Selon les chiffres qu'elles publient régulièrement sur les réseaux sociaux, le 100e féminicide a eu lieu en France ce week-end, à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes).

Dans cette ville du littoral méditerranéen, le cadavre d'une femme a été découvert samedi peu avant 13 heures, à proximité de la gare, confirme à franceinfo la Direction départementale de la sûreté publique (DDSP), en charge de l'enquête. C'est un riverain qui a donné l'alerte à la police, croyant avoir aperçu un pied dépasser d'un tas d'ordures. 

"Je te quitte"

Selon les éléments rapportés par France 3 Provence Alpes Côte d'Azur, une bagarre a éclaté dans le quartier dans la nuit de vendredi à samedi. Peu avant 2 heures du matin, un appel prévient les forces de l'ordre qu'une violente dispute est en cours, sur la voie publique. Un témoin rapporte y avoir assisté. L'homme s'est montré violent, infligeant des coups de pieds à la tête et au ventre à la femme qu'il accompagnait. Le témoin affirme être intervenu. "J'ai essayé de le provoquer pour qu'il la lâche, il m'a dit 'recule, j'ai un couteau je vais te planter'. Du coup j'ai pris mes distances. Ma mère a tout de suite appelé la police." 

Appelés en renfort, les policiers se déplacent et constatent sur place qu'il n'y a rien à signaler. Ce n'est que bien plus tard que le cadavre d'une femme est découvert, dissimulé sous des branchages et une couette. Le visage de la victime est tuméfié et son corps est recouvert d'ecchymoses, rendant difficile son identification. 

Pour autant, les policiers estiment qu'il s'agit d'une jeune femme de 21 ans, dont le père avait signalé la disparition. Son compagnon, âgé de 26 ans, a été interpellé dimanche en début d'après-midi et placé en garde à vue, indique le parquet de Grasse. "Il semble correspondre aux images des caméras de vidéo-surveillance de la ville, sur lesquelles on le voit se disputer avec la victime", assure le parquet de Grasse. L'interpellation a eu lieu grâce à des recoupements entre l'exploitation des images de vidéosurveillance et divers témoins, dont certains ont entendu la victime dire "Je te quitte" à son agresseur.

"Il y en a en réalité bien plus de 100"

Le collectif féministe #NousToutes, qui milite contre les violences sexistes et sexuelles, en appelle aux pouvoirs publics, après ce 100e féminicide. Il organise, dimanche soir, un rassemblement sur la place du Trocadéro, à Paris. Il entend ainsi "dénoncer l'inaction du gouvernement", à deux jours de l'ouverture du lancement du Grenelle des violences conjugales, sous l'égide de Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes. "Nous savons ce qu'il faut faire pour prévenir ces violences, des tas de rapports sur la question ont été rendus publics, nous avons juste besoin du budget", rapporte une porte-parole du collectif auprès de franceinfo. Une enveloppe d'un million d'euros a été proposée par le gouvernement, alors que #NousToutes estime qu'il faudrait "au moins un milliard" d'euros pour mettre en place des mesures adéquates.

Elle pointe également la difficulté de reconnaissance des féminicides."Des militantes font ce recensement sur la base des articles de presse, mais on estime qu'il y en a en réalité bien plus de 100, déplore l'association. C'est un problème qu'il n'y ait pas de décompte officiel fait par les autorités, qui tardent toujours à confirmer les féminicides." 

"A un moment, il va falloir arrêter de remettre le compteur à zéro chaque 1er janvier et se poser la question de combien de femmes ont été victimes de féminicides depuis que le gouvernement en a fait sa soi-disant grande cause nationale." En 2018, 121 femmes ont été tuées en France par leur compagnon ou ex-compagnon, soit une tous les trois jours, selon le ministère de l'Intérieur.