Étudiant accusé de violences sexuelles à Tours : "Cette affaire illustre très bien les nombreuses failles" à l'Université, selon une association

Myriam Espinasse, vice-présidente de l’Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement, réclame qu'en cas de soupçon de violence sexiste ou sexuelle, une "procédure disciplinaire soit mise en place systématiquement" pour protéger les victimes.

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Radio France
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Une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles dans l'enseignement supérieur, le 6 mars 2021 à Paris.  (SADAK SOUICI / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Alors que l'Inspection générale de l'Éducation, du Sport et de la Recherche enquête sur la réponse de l'Université aux accusations de violences sexuelles visant un étudiant en médecine à Tours, Myriam Espinasse, vice-présidente de l’Observatoire étudiant des violences sexuelles et sexistes dans l’enseignement, estime que "cette affaire illustre très bien les nombreuses failles dans la gestion des violences sexistes et sexuelles" à l'Université. Myriam Espinasse regrette que, dans ce cas précis, il n'y ait pas eu "de saisie de la procédure disciplinaire". Elle réclame donc une saisie "systématique".

franceinfo : Les universités ont-elles pris leurs responsabilités ?

Myriam Espinasse : Cette affaire illustre très bien les nombreuses failles dans la gestion des violences sexistes et sexuelles par ces deux universités de Tours et de Limoges. Il n'y a pas eu de saisie de la procédure disciplinaire alors qu'on aurait pu mettre en place des mesures de protection pour les victimes et un stage de responsabilisation pour cet étudiant accusé à de nombreuses reprises. Ce qu'on revendique, c'est que la procédure disciplinaire soit mise en place systématiquement. C'est déjà une obligation par la loi pour les universités. On veut que cette procédure soit enclenchée et on veut savoir ce qui se passe. Il ne peut pas y avoir ces prises de décision dans l'ombre. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles demande de la transparence et c'est ce qu'on exige aujourd'hui.

N'y a-t-il pas le risque de dissuader d'autres victimes de parler ?

Exactement. Je voudrais saluer et donner tout notre soutien à ces victimes qui sont très courageuses d'avoir pris la parole. Ce qu'on constate aujourd'hui dans l'Enseignement supérieur, c'est que 10% des étudiants seulement parlent à leur établissement des faits de violences sexistes et sexuelles qu'ils ont subis ou observés. Aujourd'hui, il y a un dialogue qui est rompu. On demande aux victimes de s'exprimer, mais les victimes s'expriment. Ce qu'on veut aujourd'hui ce sont des actes et la fin de l'immobilisme. On veut que des actions soient prises en compte, notamment de la formation systématique des acteurs qui incarnent la lutte contre les violences. Ça commence par le président de l'université, par les membres des cellules d'aide et d'écoute et des cellules disciplinaires. On veut que les outils de communication sur les dispositifs existants soient renforcés et surtout on veut que la procédure disciplinaire soit systématique et bien appliquée.

En même temps, il y a la présomption d'innocence.

Justement c'est là qu'il y a eu une faute très importante faite par cette université [de Tours] et de nombreuses autres. Aujourd'hui dans le droit français, il y a une indépendance des procédures pénales et des procédures disciplinaires. Les instances disciplinaires peuvent mettre fin à la scolarisation, et ce même s'il n'y a pas de poursuite pénale. On va à l'encontre du droit à l'éducation sereine et sécurisée pour tous les étudiants. On peut mettre en place des mesures pour protéger les victimes et éloigner les auteurs, on peut mettre fin à la scolarité des auteurs présumés de violences. Là aujourd'hui, les victimes ne sont pas protégées. Ça ne peut pas être les roulettes russes.

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