Ecoute des forces de l'ordre, bracelets électroniques, hébergements... Ces mesures qui pourraient permettre de lutter contre les féminicides

Un rassemblement est prévu à Paris, samedi à 17 heures place de la République, à l'appel d'un collectif de familles et de proches de victimes de féminicides.

Des centaines de personnes sont rassemblées à Paris, le 7 octobre 2018, pour lutter contre les violences faites aux femmes.
Des centaines de personnes sont rassemblées à Paris, le 7 octobre 2018, pour lutter contre les violences faites aux femmes. (KARINE PIERRE / HANS LUCAS / AFP)

Ils appellent tous à des mesures concrètes pour lutter contre les féminicides. Par des pétitions, des tribunes ou un appel à la mobilisation, le monde politique et la société civile sont montés au créneau ces derniers jours.

Alors que 74 féminicides ont été recensés par la page Facebook "Féminicides par compagnons ou ex" depuis le 1er janvier, un rassemblement est prévu samedi 6 juillet à Paris. Que réclament les participants ? Voici les propositions des associations et collectifs.

Une plus grande réactivité des forces de l'ordre

Dans les différents textes publiés ces derniers jours, les signataires dénoncent l'absence trop fréquente de réaction de la part des forces de l'ordre, notamment lors des dépôts de plainte. Dans leur pétition publiée sur le site change.org, la comédienne Eva Darlan et le magistrat honoraire Luc Frémiot parlent de "non assistance à femmes en danger". "Nombre [de victimes] ont porté plainte plusieurs fois, elles n'ont pas été entendues. Elles ont cherché de l'aide et on les a renvoyées chez elles à la merci de leur agresseur", précise un collectif de proches de victimes de féminicides dans Le Parisien.

Face à ce constat, les militants réclament la présence d'interlocuteurs spécialisés partout en France. "Dans chaque commissariat, une personne pourrait être dédiée à cette problématique des violences faites aux femmes", avance la comédienne Muriel Robin, engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes, à franceinfo.

Dans un courrier adressé au gouvernement, lundi 1er juillet, l'ancienne ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, appelle, elle, à ouvrir une enquête administrative pour déterminer "si des fautes ont été commises" par la police, la gendarmerie ou la justice dans la prévention des féminicides.

L'attribution de plus d'ordonnances de protection

Jeudi, c'était au tour d'un collectif féministe d'appeler à prendre "cinq mesures immédiates" pour lutter contre les féminicides, dans une tribune publiée dans Le Monde. Les signataires appellent notamment à augmenter le nombre d'ordonnances de protection attribuées en France.

Ce protocole, déclenché par un juge, peut comprendre plusieurs mesures selon la situation. Il peut interdire au conjoint "de recevoir et rencontrer certaines personnes ou d'entrer en relation avec elles" et l'empêcher "de détenir ou porter une arme". Le document peut aussi traiter de la garde d'enfants, du lieu de résidence des membres du couple et d'une contribution financière, d'après un document publié par l'Observatoire des violences envers les femmes du conseil général de la Seine-Saint-Denis (document en PDF).

"Nicole Belloubet, ministre de la Justice, peut réunir les procureurs et les juges aux affaires familiales et se fixer des objectifs d’attribution d’ordonnances de protection dans chaque département", écrivent notamment Caroline De Haas, du collectif Nous toutes, Rokhaya Diallo, chroniqueuse et essayiste, et Inna Shevchenko, figure de proue du mouvement Femen. Actuellement, il y aurait 1 300 ordonnances de protection attribuées en France "quand l’Espagne en délivre plus de 20 000", détaillent les signataires.

L'ouverture d'hébergements d'urgence

Autre demande des associations et collectifs : l'ouverture d'hébergements pour "les victimes ou les auteurs de violence". Dans Le Monde, le collectif féministe estime à deux cents le nombre de nouvelles places nécessaires "d'ici à la fin de l'année et 2 200 places supplémentaires d’ici à la fin du quinquennat".

"Les places manquent", s'accordent à dire 150 sénateurs dans une tribune intitulée "Où est la grande cause du quinquennat ?" et publiée vendredi dans Libération. Ils ajoutent : "Ces foyers doivent intégrer dès leur conception l’objectif d’accessibilité, afin de ne pas laisser de côté les femmes handicapées, victimes méconnues des violences au sein des couples."

Une détection des violences à l'hôpital

Pour les militants, la lutte contre les féminicides doit également se mener dans les hôpitaux. Le texte publié dans Le Monde suggère en effet la mise en place d'un "plan de détection systématique des violences à l'hôpital". "Agnès Buzyn, ministre de la Santé, peut réunir les responsables d’agences régionales de santé" en ce sens, écrit le collectif. 

L'utilisation des bracelets électroniques anti-rapprochement

Les 150 sénateurs qui ont interpellé le gouvernement appellent aussi à une plus grande utilisation des bracelets électroniques dits "anti-rapprochement" pour prévenir les féminicides. Ce dispositif électronique de protection permet de maintenir à distance les ex-conjoints violents. Utilisé dans plusieurs pays européens dont l'Espagne, où les chiffres des meurtres de femmes ont baissé de manière significative depuis dix ans, il est prévu par la loi en France depuis février 2017, mais n'a encore jamais été testé.

Lundi, la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, a réclamé une "généralisation à la France entière" de leur utilisation dans ce type d'affaires. Ils "auraient dû être disponibles, et en grand nombre, depuis longtemps", dénoncent les sénateurs.

Plus de moyens pour les associations

"N'oublions pas que les politiques publiques de lutte contre les violences reposent, pour l’essentiel, sur les associations", soulignent enfin les sénateurs dans Libération. D'après les associations et collectifs, leurs budgets sont insuffisants pour assurer la protection des victimes. "Dans le meilleur des cas, leurs subventions stagnent face à des besoins croissants", pointent du doigt les parlementaires. Ces derniers réclament donc une hausse des moyens alloués aux différents dispositifs existants, qui sont actuellement de 79 millions d'euros, d'après le rapport 2018 "Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ?" (document en PDF), réalisé notamment par le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE).

Une demande qui fait écho à celle du collectif féministe qui s'exprime dans Le Monde "Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, peut doubler les subventions aux associations qui accueillent les femmes victimes de violence pour leur permettre d’embaucher d’ici à la fin de 2019 et de répondre à la demande des victimes."