Pédocriminalité dans l'Église : "C'est une défaillance institutionnelle et ça engage la responsabilité de l'Église", explique Jean-Marc Sauvé

"L'Église a l'obligation de réparer", estime sur franceinfo le président de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l'Église catholique, après avoir rendu son rapport sur la pédocriminalité au sein de l'institution.

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Le président de la commission, Jean-Marc Sauvé, prend la parole lors de la publication du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels commis par des membres du clergé (Ciase), le 5 octobre 2021, à Paris. (THOMAS COEX / AFP)

"C'est une défaillance institutionnelle et ça engage la responsabilité de l'Église", explique sur franceinfo Jean-Marc Sauvé, président de la commission Sauvé sur les abus sexuels dans l'Église catholique. Mardi 5 octobre, la commission a publié les conclusions accablantes de son enquête sur l'ampleur de la pédocriminalité au sein de l'Église catholique française, entre 1950 et 2020. Au total, il y 216 000 victimes d'abus sexuels par des clercs ou religieux, et plus de 330 000 victimes, si on ajoute les laïcs.

>> Pédocriminalité dans l'Eglise : ce qu'il faut retenir du rapport de la commission Sauvé, qui livre un état des lieux accablant pour l'institution

franceinfo : Vous parlez de responsabilité systémique, ça veut dire quoi ?

Jean-Marc Sauvé : Ça veut dire qu'on ne peut pas réduire les agressions et les violences sexuelles dans l'Église à une somme de défaillance individuelle. Bien sûr, il y a la responsabilité des prédateurs et des auteurs des abus mais il y aussi des fautes de la part de certains responsables de l'Église catholique. Ce que nous disons c'est que l'Église catholique dans son ensemble n'a pas réussi à voir et à entendre les signaux faibles émis par les victimes. Et quand elle a été informée, elle n'a pas pris les mesures rigoureuses et nécessaires, c’est-à-dire, prescrire des soins et mettre les enfants hors de la portée de ces prêtres et de ces religieux. Et donc c'est une responsabilité globale.

L'Église n'a-t-elle pas entendu les signaux forts aussi de certains témoignages ?

Les signaux forts c'est encore plus grave. Et ce qu'on met à jour aussi, c'est que l'Église a dissimulé certains actes. C'est donc une défaillance institutionnelle et ça engage la responsabilité de l'Église. Une responsabilité sur le plan juridique, car on peut être responsable quand on n'a pas commis de faute, et également sur le plan moral. Compte tenu du message qui est le sien avec la parole de l'Évangile, on ne peut pas accepter qu'elle a été, à ce point, négligente. Il y a eu des entretiens avec 11 prêtres qui ont été condamnés, et on remarque à quel point il y a toujours de l'euphémisation et du déni, concernant la gravité des fautes qui ont été commise. Il est clair qu'au sein de l'Église, on a parfois de la difficulté à conjuguer l'ordre temporel et l'ordre spirituel.

"On est croyant, on est pratiquant dans la République française ce qui veut dire qu'on applique la loi de la République. Et on ne peut pas se contenter de dire que c'était un péché. Un crime est un crime."

Jean-Marc Sauvé, président de la commission Sauvé

à franceinfo

Existe-t-il une réponse à la douleur des victimes ?

Ce que nous disons, c'est que l'Église est responsable de ce qui s'est passé, et que par conséquent, l'Église a l'obligation de réparer. Ce que doit verser l'Église aux victimes, ça n'est pas une liberté, ni un don mais plutôt un dû. Les victimes ont une créance et l'Église a une dette. L'Église doit payer ces indemnités en prenant sur son patrimoine, et c'est encore moins à l'État de payer. Nous sommes aussi contre un appel au don des fidèles.

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