Obligation de signaler les agressions sexuelles : "Au moins maintenant la loi à l'intérieur de l'Église est claire, il faut dénoncer"

Christine Pedotti, directrice de la revue "Témoignage chrétien", a réagi sur franceinfo alors que le pape François oblige désormais le clergé à signaler à l'Église tout soupçon d'agression sexuelle.

Le pape François le 8 mai 2019 place Saint-Pierre au Vatican.
Le pape François le 8 mai 2019 place Saint-Pierre au Vatican. (FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

Le pape François a dévoilé jeudi 9 mai une législation plus stricte obligeant prêtres, religieux et religieuses à signaler à l'Église tout soupçon d'agression sexuelle ou de harcèlement, ainsi que toute couverture de tels faits par la hiérarchie catholique.

Même si cette loi ne concerne que l'Église, c'est "rassurant", a estimé sur franceinfo Christine Pedotti, directrice de la revue Témoignage chrétien. "Au moins maintenant la loi à l'intérieur de l'Église est claire : il faut dénoncer." Reste à préciser "l'arsenal de condamnations", selon elle.

franceinfo : Un vrai pas en avant ce décret ?

Christine Pedotti : Cela a quelque chose de rassurant parce qu'il faut bien dire qu'à l'issue de la grande réunion dont on nous promettait qu'elle marquerait un pas décisif dans cette lutte qui a eu lieu en février, on avait été assez déçus parce que le pape avait eu l'air très hésitant. Et puis nous, Français, nous avions vu à l'égard du cardinal Barbarin, qu'il avait, selon nous, manqué de fermeté. Donc il y avait effectivement des signes à donner. Là, en l'occurrence, il les donne. Alors, on demeure un peu étonnés en se disant : mais alors jusque-là, ils n'étaient pas obligés ! Il faut être précis. C'est une dénonciation qui se fait à l'intérieur de l'Église. Cela ne concerne pas l'obligation qui dépend des législations des pays de dénoncer aux tribunaux civils. C'est quand même un pas très important parce qu'au fond, il y avait l'idée que l'évêque est le père de ses prêtres alors comment est-ce qu'un père pourrait dénoncer ses fils ? L'omerta était quand même un peu appuyée là-dessus. Au moins maintenant la loi à l'intérieur de l'Église est claire : il faut dénoncer.

Est-ce que le décret du pape peut libérer la parole ?

Il faut l'espérer. Hélas, les mauvaises habitudes sont sans doute très profondément ancrées. On voit que, même dans des pays qui ont des habitudes démocratiques comme la France, le Québec ou la Belgique ou l'Allemagne, où les habitudes civiles sont démocratiques, l'Église a du mal à prendre ses responsabilités. Et plus encore dans les pays dans lesquels ces habitudes-là ne sont pas ancrées, on pense hélas à l'Afrique. En tous les cas, ça va être d'un grand secours, y compris pour les victimes, de savoir qu'elles ont la loi de l'Église de leur côté.

Obligation de dénoncer, enquête en moins de 90 jours… Est-ce que ces affaires vont ensuite quitter l'Église ?

C'est une vraie question. Pour l'instant, on n'a pas le texte intégral en français. Il ne m'a pas semblé que l'arsenal de condamnations avait été précisé. Et c'est vrai que du point de vue des victimes, il y a une chose qui est insoutenable, que les prêtres qui sont dénoncés et dont la culpabilité est avérée, finalement ne soient pas relevés de leur fonction et de leurs responsabilités. On voit bien que jusqu'alors, mais ça peut changer, à Rome on a beaucoup atermoyé avant de décider que tel ou tel ne pourrait plus être prêtre. Le "motu proprio" ne dit pas un mot de ce qui se passe du côté de la justice civile. Peut-être qu'il aurait fallu dire que partout où les conditions de la justice civile sont garanties, il y a une obligation de dénonciation à la justice. L'Église a toujours un peu de mal entre sa propre justice et la justice civile et ça, ça reste quand même quelque chose qu'il faut régler.