"Ce qui aurait dû rester l'affaire Preynat est devenu l'affaire Barbarin"

Le père Vignon demande au cardinal Barbarin mercredi sur franceinfo "de tirer les conclusions et de laisser la place à un autre". Le curé a lancé une pétition demandant la démission de l'archevêque de Lyon.

Le père Pierre Vignon a lancé une pétition demandant la démission de l\'archevêque de Lyon.
Le père Pierre Vignon a lancé une pétition demandant la démission de l'archevêque de Lyon. (HEBRARD FABRICE / MAXPPP)

"Ce qui aurait dû rester l'affaire Preynat, c'est-à-dire celle d'un prédateur sexuel malheureusement entré dans l'Église, est devenu l'affaire Barbarin", dénonce sur franceinfo mercredi 22 août le père Pierre Vignon, un prêtre de Valence, qui a lancé la pétition en ligne pour réclamer la démission du cardinal Barbarin. Il reproche à l'archevêque de Lyon de ne pas avoir dénoncé les agissements du père Preynat, accusé d'abus sexuels sur de jeunes scouts dans les années 1980 et 1990.

franceinfo : Pourquoi le cardinal Barbarin devrait-il démissionner en attendant le procès ?

Pierre Vignon : Au départ, je ne voulais pas lancer de pétition mais j'ai vu que le cardinal Barbarin, progressivement, d'opération de communication en opération de communication, s'enfonçait toujours un peu plus. L'affaire a ensuite été judiciarisée, puis bloquée. Comment a-t-il été conseillé pour finalement réagir comme le patron d'une grande entreprise nationale ? Il a dit "je n'ai jamais fait de faute, tout a été très bien, il faut attendre le jugement du tribunal". Mais un jugement de conscience, on n'attend pas le jugement du tribunal pour le prendre.

Cette demande de démission, vous auriez pu la lancer avant. C'est la lettre du pape qui vous a incité à passer à l'action ?

Cette lettre du pape mérite d'être lue. Il enracine spirituellement et intellectuellement les choses. Je pense qu'à son retour d'Irlande, des bruits courent à Rome en ce sens, il va compléter les documents juridiques et canoniques pour qu'il y ait vraiment des moyens de juger les cardinaux, évêques supérieurs, religieux et religieuses qui ont couvert des abus. Le pape a entendu ce printemps toutes les victimes du Chili en particulier, il a compris leur détresse. Sa lettre mérite d'être lue car c'est le cri des victimes. Il ne s'adresse pas aux cardinaux et aux évêques comme il le fait souvent, il s'adresse à tous les fidèles en disant "Aidez-moi". Je réponds à cet appel. Je l'avais fait de façon privée et maintenant, je dis, monsieur le cardinal, pas vous en tant qu'homme que je respecte mais eu égard à vos fonctions, il ne suffit pas de dire qu'on s'excuse, il ne suffit pas de reconnaître qu'on a fait des erreurs de gestion, il faut en tirer les conclusions, c'est que vous n'étiez pas au point et maintenant, il faut laisser la place à un autre.

Certains pensent que vous vous en prenez à tort au cardinal Barbarin ?

Il a mis 14 mois pour recevoir la première victime après que le cardinal Ladaria lui a demandé de prendre les mesures qui s'imposaient, y compris pastorales, c'est-à-dire psychologiques et spirituelles pour aborder les victimes et il ne l'a pas fait. Il a ensuite dit qu'il ne connaissait les faits que depuis 2014, puis 2007, puis 2004. On a ensuite appris que la première paroisse qu'il a visitée quand il est arrivé archevêque de Lyon, c'était celle de Bernard Preynat. Hors, à ce niveau-là de responsabilités, il a des collaborateurs, il y en a au moins un qui lui a dit quel était l'état de la paroisse et celui du prêtre qui la dirige. Ce qui n'aurait dû rester que l'affaire Preynat, c'est-à-dire celle d'un prédateur sexuel malheureusement entré dans l'Église et qui a pu sévir, est devenu l'affaire Barbarin.