Plainte de la députée Daniele Obono dépeinte en esclave par "Valeurs actuelles" : la "banalisation du racisme" au cœur du procès

L'Insoumise Danièle Obono, a porté plainte contre le magazine ultra-conservateur Valeurs actuelles, pour l'avoir dépeinte en esclave en août 2020.

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Un rassemblement de soutien à la députée Danielle Obono a été organisé devant le tribunal, le 23 juin 2021. (BERTRAND GUAY / AFP)

"Satire" relevant de la "liberté d'expression" ou succession de "poncifs les plus éculés de la pensée raciste" : le tribunal de Paris s'est penché mercredi 23 juin sur un récit dans lequel le magazine Valeurs actuelles a dépeint en esclave la députée LFI Danièle Obono. Au coeur de cette audience de plus de dix heures, qui s'est achevée bien au-delà de minuit, c'est un débat sur de la "banalisation du racisme" qui s'est tenu, autour de ce récit de sept pages publié fin août 2020 par l'hebdomadaire ultra-conservateur, jugé pour "injure publique à caractère raciste". Le tribunal rendra sa décision le 29 septembre. 

Un exercice de "politique-fiction" se défend l'hebdomadaire

Intitulé "Obono l'Africaine", cet article, dépeint comme un exercice de "politique-fiction", racontait selon le journal comment la députée de Paris, née au Gabon, expérimentait "la responsabilité des Africains dans les horreurs de l'esclavage" au XVIIIe siècle. La députée était dans le récit transportée dans un village d'Afrique, puis vendue comme esclave à un notable arabe, avant d'être rachetée par un religieux français et ramenée en France. L'article, accompagné de dessins de Danièle Obono collier en fer au cou, avait été condamné unanimement par la classe politique. Emmanuel Macron avait appelé Danièle Obono pour lui faire part de sa "condamnation claire de toute forme de racisme".

"Nous étions en pleine montée de l'idéologie racialiste", s'est justifié à la barre Laurent Jullien, rédacteur de cet article, renvoyé devant le tribunal, aux côtés du directeur de la rédaction Geoffroy Lejeune et du directeur de publication du magazine Erik Monjalous. Pour les trois hommes, Danièle Obono serait proche de ces thèses. Il s'agissait de pointer "une forme de déni de ce courant racialiste vis-à-vis de l'esclavage opéré par des Africains vis-à-vis d'autres Africains", a fait valoir le prévenu, réfutant à plusieurs reprises tout "caractère raciste" dans la publication et invoquant la "satire" politique. L'hebdomadaire avait fait amende honorable après l'indignation soulevée par son article.

"Un déni de [s]on humanité", pour la députée

Pour le procureur Yves Badorc,  l'article comportait "des injures racistes travesties sous l'apparence de la création" qui se révèlent "tout aussi dangereuses que l'attaque frontale". Il a requis une amende de 1 500 euros pour chacun des prévenus.

"Je suis là pour demander justice pour moi, pour la violence commise à mon encontre (...), le déni de mon humanité, pour ma famille, ma mère qui n'a pas mis au monde une esclave", a quant à elle déclaré la députée de Paris, expliquant avoir mis du temps avant d'accepter la "nouvelle identité" créée par ces écrits et ces images, celle de "victime", et de décider de porter plainte. Il faut refuser "qu'on trouve normal d'exercer une violence et que ce soit considéré comme un débat politique", a-t-elle estimé. À son appui, l'ancien international de foot français Lilian Thuram, qui a créé une fondation d'éducation contre le racisme, a témoigné de sa propre expérience du racisme et de la façon dont il avait reçu l'article. "Mme Obono, on la renvoie en Afrique", a-t-il observé."C'est extrêmement courant dans le discours raciste: 'si tu n'es pas content, retourne chez toi'".

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