Un millier d'actuels et anciens salariés de Médecins sans frontières accusent l'ONG de "racisme institutionnel"

Dans une lettre adressée à leur direction, des membres de l'ONG humanitaire demandent une enquête interne et une réforme.

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France Télévisions
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Un centre de soin Médecins sans frontières contre le virus Ebola au Libéria, le 3 octobre 2014. (PASCAL GUYOT / AFP)

"Médecins sans frontières est institutionnellement raciste et elle renforce dans son travail humanitaire le colonialisme et la suprématie blanche." Dans une lettre adressée à leur direction, 1000 anciens ou actuels salariés de l'ONG dénoncent un racisme systémique au sein de leur organisation, des politiques de recrutement et une culture d'entreprise menées par une "minorité blanche privilégiée", cite The Guardian (en anglais), vendredi 10 juillet.

Les signataires demandent que soient menées une enquête interne et indépendante ainsi qu'une réforme urgente pour démanteler des "décennies de pouvoir et de paternalisme". La lettre est notamment signée par les présidents des conseils d'administration de MSF au Royaume-Uni et en Afrique australe, ainsi que le directeur général de MSF Allemagne, précise le média britannique. Le président international de MSF, Christos Christou, a assuré que cette lettre était un "catalyseur" pour faire accélérer les changements déjà promis par l'organisation.

Une mentalité de "sauveur blanc" 

Dans cette lettre, des signataires évoquent des difficultés pour les personnels locaux où MSF est implanté. "Essayer d'aider un membre du personnel local [à postuler] pour un poste [de personnel international] est le processus le plus fastidieux, le plus injuste et le plus frustrant que j'ai jamais vécu", confie l'un d'entre eux. Il y a une mentalité de "sauveur blanc" "presque étouffante", explique un autre. D'autres dénoncent des décisions qui "[poussaient] le personnel ayant 10 ou 20 ans d'expérience à être supervisé par de nouveaux diplômés".

Padma Priya, ancienne responsable média à MSF New Delhi, dit avoir subi chaque jour du racisme "ordinaire" durant son passage au sein de l'organisation. "Il y avait un sentiment permanent qu'ils avaient besoin de travailleurs locaux pour avancer, mais sinon 'ils' se sentaient meilleurs que 'nous'. C'était fatigant", décrit-elle.

Depuis la mort de George Floyd aux Etats-Unis et la vague mondiale de manifestations qui a suivie pour dénoncer le racisme, des débats internes ont lieu au sein de l'organisation, "ce qui nous a amenés à réfléchir et à faire le point sur nos échecs à cet égard", a assuré la branche britannique de l'ONG dans un communiqué"MSF a été créée pour lutter contre les discriminations et nous sommes très attentifs aux situations de domination. Il existe, depuis 2007, une cellule des abus auprès de laquelle tout acte de discrimination peut être dénoncé, défend auprès du Monde le directeur général de MSF France. En juin, MSF a inscrit "la lutte contre le racisme" dans sa mission, en plus de celle contre la pauvreté et les injustices sociales.

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