Prisons : "Gouvernement après gouvernement, on est dans la même logique, construire toujours plus. Cela ne fonctionne pas"

Marie Cretenot, juriste et porte-parole de l’Observatoire international des prisons, affirme que construire plus de places pour résorber la surpopulation carcérale ne fonctionne pas. Mieux vaut privilégier, selon elle, les "alternatives à la prison".

Un détenu de la maison d\'arrêt de Saint-Michel de Toulouse, 24 septembre 1992.
Un détenu de la maison d'arrêt de Saint-Michel de Toulouse, 24 septembre 1992. (GABRIEL BOUYS / AFP)

"Gouvernement après gouvernement, on est dans la même logique : on construit pour résorber la surpopulation, mais cela ne fonctionne pas" dénonce mercredi 26 décembre sur franceinfo Marie Cretenot, juriste et porte-parole de l’OIP, l’Observatoire International des Prisons. Pour elle, "il faut faire confiance aux alternatives à la prison". L'administration pénitentiaire a révélé mercredi que le nombre de détenus dans les prisons françaises a établi un nouveau record au 1er décembre, avec 71 061 personnes incarcérées, pour seulement 60 139 places.

franceinfo : C'est 1 350 détenus de plus que l'an dernier. Vous vous attendiez à cette augmentation ?

Marie Cretenot : Oui assurément. On est sur une tendance assez lourde d'accroissement continue de la population carcérale. La logique est de toujours plus construire et de créer toujours plus d'appel d'air en détention. Le chiffre qui me surprend le plus, c'est le taux de courtes peines de prison, des peines de moins de six mois ou moins d'un an : on est à 20 000 personnes. Si l'on avait des aménagements de peines, comme la loi le permet, on n'aurait pas de surpopulation carcérale.

Vous dénoncez le fait que 30% des détenus sont en détention provisoire. Vous demandez depuis des années que cela n'existe plus ou alors à minima ?

Au moins, que la détention provisoire soit mieux encadrée. C'était une des préconisations qui avaient été faites dans le cadre de la réforme de la justice par des groupes de travail "santé-justice", mais cela n'a pas été fait. On a un recours de plus en plus grand à la détention provisoire. De même, les procédures de jugement rapide, comme les comparutions immédiates, doivent être remises en question. Le mouvement des "gilets jaunes" est assez illustratif à cet égard : on a un gouvernement qui dit "il faut revenir sur les courtes peines de prison" mais qui, en même temps, justifie les comparutions immédiates et demande de la fermeté. On a donc des gens qui vont en prison pour deux-trois mois, sans que l'on se pose la question du sens de tout ça.

On a un phénomène de sur-incarcération. On a plein de courtes de peines en détention. Ces personnes devraient être dehors avec un aménagement de peine et une réponse beaucoup plus qualitative. On n'a pas besoin de construire et on le sait. Dans les années 90, on n'avait que 50 000 détenus. On a construit 25 000 places mais on est toujours surpeuplé.

Vous alertez aussi sur les conditions de détention qui se dégradent ?

Trois personnes dans 9m2, c'est une promiscuité insoutenable ! La surpopulation carcérale, c'est moins d'activités, c'est un temps vide, moins de soins, des surveillants qui n'ont pas le temps de prendre en compte les personnes incarcérées. Ce sont des conditions très favorables à la récidive.

Et puis on alerte aussi sur les détenus qui dorment par terre. Il y a quelques années, c'était résiduel. Aujourd'hui il y a plus de 1 600 personnes qui sont sur un matelas au sol, sans que l'on se pose la question de l'atteinte à la dignité humaine.

Gouvernement après gouvernement, on est dans la même logique : on construit pour résorber la surpopulation, mais cela ne fonctionne pas. Il faut agir sur la politique pénale, qui concoure à l'incarcération : il faut faire confiance aux alternatives à la prison, y mettre des moyens, encadrer la détention provisoire et surtout mettre fin à ces procédures de jugement rapides, qui ne permettent pas de connaître la situation des personnes qui sont jugées.