Extension de la PMA : comment la majorité répond aux réserves émises par l'Académie de médecine

"Aujourd'hui, un quart des familles françaises sont monoparentales. Ne me dites pas que tous les enfants qui y naissent ne sont pas bien construits psychologiquement", a déclaré Agnès Buzyn, dimanche, lors du "Grand jury" LCI-"Le Figaro"-RTL.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à Paris, le 19 septembre 2019.
La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, à Paris, le 19 septembre 2019. (MAXPPP)

"Peut-on accepter qu'un enfant soit délibérément privé de père ?" L'Académie nationale de médecine a publié, samedi 21 septembre, un rapport dans lequel elle émet des réserves sur l'ouverture à la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Des réserves que ne partagent pas le gouvernement et la majorité LREM, qui affirment, arguments à l'appui, que les enfants nés dans des familles homoparentales et monoparentales ne se développent pas moins bien que les autres. Franceinfo liste les arguments avancés par la majorité. 

Réponse 1 : les enfants nés dans ce type de famille sont dans une situation courante

"Considérer qu'il y a un lien direct entre défaut de construction de l'enfant et famille monoparentale est faux", a défendu la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Dimanche 22 septembre, lors du "Grand Jury" LCI-Le Figaro-RTL, elle a en effet rappelé qu'"aujourd'hui, un quart des familles françaises sont monoparentales (...) Ne me dites pas que tous les enfants qui y naissent ont des difficultés de construction." 

Gabriel Attal, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, ne partage pas non plus l'avis de l'Académie de médecine. "Ma conviction, c'est que ce serait méconnaître la situation d'énormément d'enfants qui sont élevés dans des familles homoparentales ou monoparentales", a-t-il déclaré lors de l'émission "Questions politiques", sur France Inter et franceinfo.

Les études que nous avons à notre disposition sur les enfants qui sont élevés dans des familles monoparentales ne sont pas des études inquiétantes.Agnès Buzyn, ministre de la Santédans "Le Grand Jury"

En France, selon l'Insee, 1,7 million de familles sont monoparentales, soit plus d'une sur cinq. Un taux qui a plus que doublé en quarante ans. Dans 85% des cas, la mère est la cheffe de famille. De quoi faire dire à la ministre de la Santé que les critiques de l'Académie de médecine sont "datées".

Réponse 2 : les études et les témoignages montrent des enfants "épanouis" et "heureux"

De son côté, Julien Denormandie, ministre chargé de la Ville et du Logement, a également pris position contre les réserves de l'Académie de médecine. "Je crois profondément, aujourd'hui, qu'un enfant peut pleinement s'épanouir au sein d'un couple de même sexe", a-t-il déclaré sur le plateau de "Dimanche en politique", sur France 3.

Une opinion partagée par le député LREM Jean-Louis Touraine, rapporteur du projet de loi de bioéthique et auteur du rapport sur ces questions. "Les craintes qu'ils ont, nous pouvons les calmer", a-t-il tenté d'apaiser, dimanche, sur franceinfo. "Tous les enfants qui sont nés dans ces conditions nous disent à quel point ils sont épanouis, à quel point ils sont heureux, ils ne souffrent d'aucun manque", assure le député, qui est également professeur de médecine.

Jean-Louis Touraine cite notamment une étude réalisée aux Etats-Unis pendant une durée de 25 ans, de l'insémination des mères au 25e anniversaire des enfants, et qui conclut qu'ils "vont tous bien". "Globalement, ces enfants nés de PMA vont bien pour une bonne raison, c'est qu'ils sont très attendus, très désirés, très souhaités, et beaucoup aimés, et ils reçoivent beaucoup d'attention de la part de leurs parents", détaille-t-il. 

Réponse 3 : il ne faut pas confondre le genre et la fonction parentale

Jean-Louis Touraine revient également sur l'argument de l'Académie de médecine selon lequel ouvrir la PMA à toutes les femmes reviendrait à priver volontairement des enfants de père. "Il ne faut pas confondre le genre masculin ou féminin et puis la fonction paternelle ou maternelle. Aujourd'hui, beaucoup plus que dans le passé, les pères savent exprimer leur amour vis-à-vis de leur enfant. Mais aussi, beaucoup plus que dans le passé, les mères savent exercer toutes les fonctions parentales, y compris l'autorité, qui dans le passé était dévolue au seul père. C'est fini tout ça", martèle-t-il.

"On voit bien qu'aujourd'hui, les enfants ont la possibilité d'avoir des repères masculins, féminins dans leur entourage, dans l'entourage de leurs parents" et "beaucoup d'enfants ont grandi dans des familles homoparentales, dans des familles monoparentales et finalement les choses se font parce qu'on est dans cette société-là", a estimé pour sa part le secrétaire d'Etat Gabriel Attal.

Quand on dit 'une femme seule', on se trompe. Il y a toujours une famille autour de cette femme seule. Et quand c'est une PMA, cette naissance a été beaucoup préparée. Cela n'a rien à voir avec les familles monoparentales subies.Jean-Louis Touraine, rapporteur du projet de loi de bioéthiqueà franceinfo

Jean-Louis Touraine assure qu'il prendra en compte les "réserves" de l'Académie, mais aussi "l'avis favorable du Conseil de l'ordre des médecins, l'avis favorable du Comité d'éthique, l'avis favorable du Conseil d'Etat, l'avis favorable de la Commission d'audition parlementaire, tous ces avis qui sont très favorables et, bien sûr, chacun d'eux mérite d'être entendu".