Les féministes françaises se mobilisent contre la loi anti-avortement en Espagne

"Nous ne sommes pas à l'abri en France", met en garde la porte-parole d'une association française.

Rassemblement devant l\'ambassade d\'Espagne de Paris, vendredi 27 décembre 2013, pour protester contre le projet de loi anti-avortement en Espagne. 
Rassemblement devant l'ambassade d'Espagne de Paris, vendredi 27 décembre 2013, pour protester contre le projet de loi anti-avortement en Espagne.  (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Une loi qui aura des répercussions graves en Espagne mais aussi dans les autres pays. C'est en substance ce que dénoncent les organisations féministes qui se sont rassemblées devant l'ambassade espagnole à Paris, vendredi 27 décembre, pour protester contre le projet du gouvernement limitant l'accès à l'avortement.

Le gouvernement conservateur espagnol a adopté, vendredi 20 décembre, en Conseil des ministres, un projet de loi qui n'autorise l'avortement que lorsqu'il y a un danger prouvé pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, ou en cas de viol ayant au préalable fait l'objet d'une plainte. Les associations féministes, qui ont annoncé la tenue d'une réunion unitaire le 9 janvier, à la bourse du travail, pour organiser la poursuite du mouvement, dénoncent un "recul dramatique" aux conséquences graves.

Une loi qui pourrait inspirer d'autres pays européens

Charlotte Soulary, porte-parole de l'association Osez le féminisme, dénonce un retour en arrière inacceptable. "Jusqu'à présent, en Europe, seuls Malte, la Pologne et l'Irlande étaient farouchement contre l'avortement, avec des conséquences dramatiques comme le cas de cette jeune femme Irlandaise qui s'est vue refuser un avortement alors qu'elle était en train de faire une fausse-couche et qui est morte de septicémie." La jeune militante des droits des femmes dénonce "une montée des conservatismes et des extrémismes religieux en Europe", et s'inquiète de voir cette loi inspirer d'autres pays.

Le ministre espagnol de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon, a d'ailleurs affirmé vendredi matin qu'il était "convaincu que cette initiative aura une suite" ailleurs en Europe.

"Nous ne sommes pas à l'abri en France. Des forces extrêmement conservatrices ont émergé lors des manifestations contre le mariage pour tous. Elles sont dangereuses et très vivaces", met en garde Suzy Rotman, du Collectif national pour les droits des femmes. "Une loi pareille était inimaginable, il y a encore un mois, dans un pays comme l'Espagne."

Les plus riches viendront avorter en France

"Les femmes espagnoles devront passer la frontière pour venir avorter en France", s'indigne Laurence Danjou, coprésidente de l'association nationale des centres d'interruption de grossesse et de contraception (ANCIC). Elle souhaite voir reculer le gouvernement espagnol grâce à la "pression internationale et celle du Parlement européen"

Pour Marie-Claude Zalamansky, la présidente du planning familial de Paris, "les Espagnoles les plus riches viendront se faire avorter en France. Mais ici, c'est déjà compliqué pour certaines femmes d'accéder à une IVG." En cause, des délais d'attente trop longs, une offre limitée des établissements qui la propose et la fermeture de plusieurs centres ces dernières années.

Les plus pauvres avorteront clandestinement

"Celles qui n'auront pas les moyens d'aller à l'étranger seront condamnées aux séquelles des avortements clandestins. Ce qui est scandaleux et absurde dans un pays civilisé", s'insurge Marie-Claude Zalamansky, qui est aussi médecin."Cette loi est une atteinte à la liberté fondamentale des femmes de disposer de leurs corps et de la maîtrise de leur fécondité."

"L'Espagne s'apprête à voter la loi la plus autoritaire et répressive à l'égard des droits des femmes depuis la fin de la dictature", dénoncent le planning familial de Paris, la Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception (Cadac), l'ANCIC ainsi que le Collectif Tenon, dans un communiqué.