Espagne : le gouvernement s'attaque au droit à l'avortement

La future loi devrait être approuvée au Parlement. Elle limiterait l'avortement à deux cas : en cas de danger pour la vie de la mère et en cas de viol. Le projet provoque la colère de la gauche et des féministes.

Des manifestantes devant le siège du Parti populaire, qui veut limiter l\'avortement, à Madrid (Espagne). 
Des manifestantes devant le siège du Parti populaire, qui veut limiter l'avortement, à Madrid (Espagne).  (DANI POZO / AFP)

Retour en 1985 ? Alors que la quasi-totalité des pays d'Europe autorisent l'avortement, le gouvernement conservateur espagnol a adopté, vendredi 20 décembre, un projet de loi limitant fortement l'IVG. Les féministes et la gauche dénoncent un "retour en arrière de 30 ans". Explications.

Que prévoit ce projet de loi ?

Ce projet de loi est une promesse de campagne, faite en 2011 par le chef conservateur espagnol Mariano Rajoy. Ce texte annule la loi de 2010 qui autorise l'avortement jusqu'à 14 semaines et jusqu'à 22 semaines en cas de malformation du fœtus. Une loi qui était, avec le mariage homosexuel, l'une des réformes phares de l'ex-gouvernement socialiste. 

Une autorisation d'avortement dans deux cas seulement. La réforme revient au système de 1985. Elle prévoit une autorisation d'avortement limitée à deux cas précis. Le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon, les a détaillés à l'issue du Conseil des ministres. Première condition : pour qu'il soit autorisé, l'avortement devra être "nécessaire en raison d'un grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme". Second cas de figure : "que la grossesse soit une conséquence d'un délit contre la liberté ou l'intégrité sexuelle de la femme".

Et d'autres dispositions contraignantes. En cas de viol, il faudra que la femme ait précédemment déposé plainte. Et il faudra un rapport de deux médecins différents pour que la malformation du fœtus puisse être invoquée comme raison de l'IVG, a affirmé le ministre. Le texte impose aussi une autorisation parentale pour les mineures.

Le projet de loi divise les Espagnols. Selon une étude de l'institut Metroscopia publiée en mai dans le journal El Pais, 46% sont favorables au maintien de la loi de 2010 contre 41% en faveur de la limitation de l'avortement. Mais le texte a toutes les chances d'être voté au parlement. Le Parti populaire (PP), la droite conservatrice et libérale au pouvoir, y dispose de la majorité absolue depuis les élections de novembre 2011.

Que craignent les féministes et la gauche ?

Les avortements ne diminueront pas. Alors que 118 359 IVG ont été enregistrées en Espagne en 2011, soit 5 000 de plus qu'en 2010, Médecins du monde s'alarme. "Les lois restrictives ne réduisent en aucun cas le nombre d'avortements. Elles aboutissent à ce que les femmes qui ont le moins de moyens financiers interrompent leur grossesse dans des conditions peu sûres et qui peuvent mettre leur vie en danger", assure l'ONG.

Les IVG se feront clandestinement ou à l'étranger. Dès jeudi, le président de la Fédération du planning familial, Luis Enrique Sanchez, résumait les craintes des opposants au projet. Il avait affirmé que la future loi pourrait signifier "un retour en arrière à la situation des années 1980, avec des femmes espagnoles qui vont en France ou en Angleterre" pour avorter lorsqu'elles en ont les moyens. Pour les autres, "elles iront dans des lieux clandestins", a aussi déclaré le gynécologue Salim Chami, de la clinique madrilène Isadora, spécialisée dans l'IVG.

Les associations féministes et de gauche ont sonné la mobilisation, en dépit des fêtes de Noël. "Nous n'allons pas revenir en arrière de trente ans, et surtout nous n'allons pas nous résigner, abandonner ou être intimidées", a clamé la numéro deux du PSOE, le Parti socialiste espagnol, Elena Valenciano. Pour elle, Mariano Rajoy a cédé "à l'aile dure de son parti et à la Conférence épiscopale". Un collectif de 200 associations de femmes a lancé un "pacte pour le droit à l'interruption volontaire de grossesse". Plusieurs députées de gauche l'ont signé. Les députées du PP sont appelées à les rejoindre.