Procès des attentats de janvier 2015 : le verdict n'a "ni soulagé ni apaisé" Maryse Wolinski

Son mari, Georges Wolinski, a été assassiné le 7 janvier 2015 lors de l’attentat au siège de Charlie Hebdo à Paris.

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Maryse Wolinski, le 25 septembre 2015, à Saint-Just-le-Martel. (PASCAL LACHENAUD / AFP)

"Je ne suis ni soulagée ni apaisée. Ça ne change rien à ma vie", a réagi jeudi 17 décembre sur franceinfo Maryse Wolinski, veuve du dessinateur Georges Wolinski, assassiné le 7 janvier 2015 lors de l’attentat au siège de Charlie Hebdo à Paris. La cour d'assises spéciale de Paris a rendu son verdict mercredi, en prononçant des peines allant jusqu'à la perpétuité. "Justice est passée, certes. Maintenant, comme il y a eu beaucoup d'incertitudes, d'ambiguïtés, de supputations, je me pose la question de la vérité", a ajouté Maryse Wolinski, qui "ne sait pas" encore si elle "participera" à un second procès, alors que l'un des accusés, Ali Riza Polat, condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour "complicité", a annoncé qu'il ferait appel. "Je me suis dit : 'Non, on ne va pas revivre encore tout ça, ce n'est pas possible.'"

franceinfo : Que retenez-vous de ce procès ?

Maryse Wolinski : J'ai été extrêmement émue par ce procès dans l'ensemble. Il y a eu trois mois d'effroi, de tension, parfois de colère… Et, par exemple, Je me demande si c'était vraiment la peine de repasser les images de cette scène de crime, cette scène de guerre quasiment, ces corps enchevêtrés. Je peux vous dire que pendant l'énoncé des condamnations, hier, je me suis repassé ce film sans arrêt. Je garde trois sentiments. D'abord, il manquait des pièces au puzzle : par exemple, on se demande pourquoi le vendeur d'armes des frères Kouachi n'est pas dans la procédure. On se demande pourquoi Peter Chérif [l'un des mentors présumés des frères Kouachi, mis en examen dans un volet disjoint de l'enquête] n'est pas dans cette procédure. D'autre part, c'était parfois toxique, extrêmement difficile, c'était le réveil des cauchemars. Ça, c'était le plus tragique pour moi. Enfin, je retiens de la plaidoirie de Richard Malka [avocat de Charlie Hebdo] ce crime d'indifférence.

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire que les accusés, les hommes du box ont répondu, notamment à [Amédy] Coulibaly [le terroriste de l'Hyper Cacher], sans sourciller. Ils ne se sont pas posé la question de ce qui allait se passer avec toutes ces armes, avec ces voitures volées… Cette indifférence m'a beaucoup touchée. On répond parce qu'on est "amis de la cité". Et ce crime d'indifférence ne fait pas partie de la loi.

Vous aviez déclaré, il y a quelques mois, que vous redoutiez ce procès. Etes-vous soulagée ?

Je suis soulagée de la fin du procès. Mais je ne suis ni soulagée ni apaisée. Ça ne change rien à ma vie. Justice est passée, certes. Maintenant, comme il y a eu beaucoup d'incertitudes, d'ambiguïtés, de supputations, je me pose la question de la vérité. Justice et vérité, voilà un très beau sujet, d'ailleurs. Mais effectivement, où est la vérité ?

L'un des accusés a annoncé qu'il allait faire appel, ce qui veut dire qu'il y aura peut-être un second procès. Vous y pensez déjà ou c'est beaucoup trop tôt ?

J'y pense déjà, parce que quand j'entendais hier soir qu'effectivement [Ali Riza] Polat allait faire appel, je me suis dit : "Non, on ne va pas revivre encore tout ça, ce n'est pas possible". C'est tellement difficile d'entendre ce qu'on a entendu, je ne sais pas si je participerai à ce procès.

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