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Le monde est à nous. Colère au Pakistan après la nouvelle publication des caricatures de Charlie Hebdo

Au Pakistan, la Une de Charlie Hebdo entraîne la colère des islamistes radicaux. La nouvelle publication des caricatures du prophète Mahomet est selon eux une provocation et relève du blasphème.

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Le Une de l\'édition du 1er septembre 2020 de Charlie Hebdo.
Le Une de l'édition du 1er septembre 2020 de Charlie Hebdo. (ROLAND MACRI / MAXPPP)

Ils étaient une petite centaine jeudi 3 septembre à manifester au Pakistan, dans la ville de Muzaffarabad (région du Cachemire sous contrôle pakistanais), en réaction à la nouvelle publication des caricatures du prophète Mahomet en Une de Charlie Hebdo. Une banderole, des cris, des slogans : "Cessez d'aboyer, chiens français" et un briquet pour mettre le feu à un drapeau bleu blanc rouge. Le parti islamiste à l'origine de ce rassemblement, Tehreek-e-Labbaik Pakistan, est l'un des plus extrêmes du pays. Sa principale arme politique, c'est un soutien permanent et bruyant à la loi contre le blasphème qui, depuis 1986, prévoit la peine de mort contre tous ceux qui ridiculisent ou insultent le prophète Mahomet.

C'est un fait, au-dela de cette minorité de radicaux, la nouvelle publication des caricatures de Charlie Hebdo reste perçue comme une provocation. Via leur ambassadeur, les autorités pakistanaises ont officiellement porté réclamation contre la France.

Blasphème ou liberté d'expression ?

Le ministre pakistanais des affaires étrangères, Shah Mahmood Qureshi, a également publié un message vidéo sur les réseaux sociaux. Il y explique que la publication de ces caricatures a "heurté des millions de musulmans". Il évoque un acte "inutile", "méprisable". "Le Pakistan est un pays démocratique et croit en la liberté d'expression, dit-il, mais cette publication ne peut pas être justifiée "par la seule liberté d'expression."

Le cas du Pakistan est très particulier. La question du blasphème y est extrêmement sensible. En 2011, un ministre des minorités religieuses qui demandait l'assouplissement de la loi a été assassiné par un mouvement islamiste.

On se souvient également de la chrétienne Asia Bibi, huit ans dans le couloir de la mort pour s'être querellée avec une musulmane au sujet d'un verre d'eau. Son acquittement avait entraîné des manifestations monstres, elle avait du quitter le pays et se réfugier au Canada.

"Un encouragement à la haine" ?

Dans les pays où l'islam sunnite est religion d'État, en Egypte, au Bangladesh, en Arabie saoudite, il est possible de voir dans les jours qui viennent d'autres mouvements de protestation. En Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan utilise d'ailleurs les mêmes mots, les mêmes arguments que les autorités pakistanaises : il accuse la France : "d’encourager la haine contre l’islam".

Pour l'instant toutefois on est loin de ce qui s'est passé en 2015, après la première publication des caricatures. Au Pakistan, des milliers de personnes étaient alors descendues dans les rues. À Karachi, les manifestations devant le consulat de France s'étaient transformées en affrontements. Un photographe de l'Agence France Presse avait été blessé par balles.

"Rester à l'écart des rassemblements"

Rien de semblable aujourd'hui même si d'autres manifestations sont annoncées après la prière du vendredi, notamment dans la ville de Lahore. Par précaution, l'ambassade de France au Pakistan appelle ses ressortissants à "éviter tout déplacement" et à "rester à l'écart de tout rassemblement".

 

Le Une de l\'édition du 1er septembre 2020 de Charlie Hebdo.
Le Une de l'édition du 1er septembre 2020 de Charlie Hebdo. (ROLAND MACRI / MAXPPP)