Affaire de Montigny-lès-Metz : "C'est le procès de Francis Heaulme sans Francis Heaulme"

Dominique Boh-Petit, avocate de Chantal Beining, la mère de l'un des deux enfants tués à Montigny-lès-Metz en 1986, fait le bilan de la première semaine du procès du tueur en série.

Chantal Beining, mère de Cyril (à gauche), avec son avocate Dominique Boh-Petit, le 25 avril 2017, à Metz (Moselle), lors de l\'ouverture du procès de Francis Heaulme.
Chantal Beining, mère de Cyril (à gauche), avec son avocate Dominique Boh-Petit, le 25 avril 2017, à Metz (Moselle), lors de l'ouverture du procès de Francis Heaulme. (MAXPPP)

Il est dans le box des accusés depuis mardi. Francis Heaulme est jugé par la cour d'assises de la Moselle pour le meurtre de deux enfants, commis le 28 septembre 1986. Depuis leur ouverture, les débats ont donné lieu à plusieurs moments forts, mais ils n'ont pas permis de faire émerger la vérité sur cette affaire rocambolesque. Dominique Boh-Petit, avocate de Chantal Beining, la mère de Cyril, l'un des deux enfants tués, revient, vendredi 28 avril, sur ces quatre jours d'audience.

Franceinfo : Quel bilan pouvez-vous dresser de cette première semaine de procès ?

Dominique Boh-Petit : Eh bien, on a eu le premier procès Dils mercredi, on a un second procès ce vendredi : celui de la justice. Depuis 14 heures, je suis étonnée de voir que le président de la cour d'assises dit à des témoins, qui sont des collègues pour lui, et pas des moindres, qu'ils ne font pas bien leur boulot. [NDLR : deux magistrats qui ont instruit une affaire concernant Francis Heaulme ont été entendus vendredi après-midi]. Le dernier magistrat s'est défendu avec brio.

Au bout de quatre jours, on n'est pas plus avancé. On se perd, même. Je sais bien que le parcours de Francis Heaulme est hors norme, qu'il faut l'étudier pour les jurés, mais c'est long...

Justement, que peuvent retenir les jurés de ce début d'audience ?

Que la justice ne fait pas bien son travail. Ils sont affalés les uns sur les autres. Car dans l'affaire évoquée [vendredi après-midi], le meurtre de Jean-Joseph Clément le 7 août 1989 à Bédarrides (Vaucluse), on a le même problème que dans l'affaire de Montigny-lès-Metz : les scellés ont été perdus, la justice a mis sept à huit ans à prendre une décision, et finalement l'enquête se conclut par un non-lieu. Ma cliente, madame Beining, me dit : "Ça me fait peur". C'est le procès de la justice.

Qu'avez-vous pensé de l'audition de Patrick Dils, cible de la défense, alors qu'il est pourtant acquitté dans cette affaire ?

Patrick Dils est revenu dans le dossier bizarrement. Il fait figure de hors-d'œuvre. Pourquoi ? Quel est ce choix ? C'est un peu déboussolant... Et en plus on va revenir avec Henri Leclaire le 10 mai. [NDLR : Cet habitant de Montigny-lès-Metz a été soupçonné, mais après l'ouverture d'une information judiciaire à son encontre le 2 avril 2014, un non-lieu en sa faveur a été confirmé le 10 janvier]. Je pense que tout cela manque de clarté. Tout le monde avait dit à madame Beining que ce procès se déroulerait dans des conditions optimales, mais on n'y est pas. 

Francis Heaulme n'a pas beaucoup été entendu. Est-ce un problème ?

Là aussi, le planning de l'audience est surprenant. Le choix est fait de ne pas entendre l'accusé à un moment clé, mais de l'interroger au fil de l'audience. Pour l'instant, on l'a vu sortir une fois du box des accusés, sa boîte en verre. La configuration des lieux est telle qu'on l'oublie. C'est le procès de Francis Heaulme sans Francis Heaulme. Madame Beining l'observe en permanence. Elle voit comme il décroche et quand il écoute. Elle attend qu'il parle. On espère que ce sera la semaine prochaine... ou la troisième semaine.

Justement, que peut-on attendre de la semaine prochaine ?

Il y a énormément de témoins, beaucoup de juges sont convoqués pour rendre compte de ce qu'ils ont fait. Chacun va expliquer pourquoi et comment. Dans ce procès, on répète que cette affaire existe depuis plus de trente ans qu'elle existe. Mais finalement, madame Beining me dit : "Pendant seize ans, c'était réglé pour moi." En effet, si on fait le calcul, Patrick Dils a été acquitté il y a quinze ans. C'est après que cela s'est compliqué. Ma cliente me dit : "Après l'acquittement de Dils, personne ne s'est plus intéressé à mon enfant."