TRIBUNE. Pourquoi nous dénonçons la vente des cartes postales sexistes

L'association féministe Femmes solidaires réclame "l'arrêt de l'impression et de la vente" des cartes postales montrant des femmes dénudées. Elle s'en explique dans une tribune sur franceinfo. 

Une boutique vendant des cartes postales à Montpellier (Hérault), le 7 août 2018.
Une boutique vendant des cartes postales à Montpellier (Hérault), le 7 août 2018. (MAXPPP)

En déclarant en plein été la guerre aux cartes postales qui mettent en avant des femmes dénudées, l'association Femmes solidaires a suscité de nombreuses réactions. Dans une tribune publiée sur franceinfo, mardi 14 août, sa porte-parole, Carine Delahaie, répond aux critiques et explique la démarche de son mouvement. Elle s'exprime ici librement.  


Le 1er août, Femmes solidaires, mouvement féministe d'éducation populaire et laïque, entamait une campagne sous le label #GenerationNonSexiste, pour encourager l'arrêt de l'impression et de la vente de cartes postales à caractère sexiste voire pornographique dans les librairies et les magasins de souvenirs en zone touristique. Par cette tribune, nous souhaitons éclaircir quelques points de réflexion.

Notre association ne demande pas directement l'interdiction de ces cartes postales, pour la bonne raison qu'elle sont normalement déjà interdites par la loi puisqu'elles véhiculent des images à caractère sexiste. La loi du 29 juillet 1881, révisée en 2004 lors de la création de la Halde, condamne en effet les injures publiques commises envers un groupe de personnes en raison de "l'appartenance à un sexe" et "l'incitation à la haine, la violence et aux discriminations à raison du sexe".

La vente de certaines d'entre elles pourrait tout au plus être contrôlée, si elles étaient considérées à leur juste place comme des supports à caractère pornographique, donc interdites aux mineur.e.s. Elles l'ont d'ailleurs été par le réseau social Facebook, qui a désactivé notre page pendant plusieurs jours pour diffusion d'images à caractère pornographique.

Cette campagne a pour but d'ouvrir un débat dans notre société et au-delà de nos frontières, afin que tout le monde comprenne quelle place occupent ces cartes dans notre culture.Carine Delahaie, porte-parole de Femmes solidaires

Cependant des villes pourraient prendre des arrêtés municipaux en tant que service public devant "mettre en œuvre des actions en faveur de la cohésion sociale, de la lutte contre les discriminations, les préjugés sexistes, les violences faites aux femmes…", ainsi que le prévoit la loi du 9 juillet 2010 relative aux violences faites aux femmes.

De la question de la culture du viol

Beaucoup d'internautes nous interrogent sur la culture du viol. Certain.e.s allant jusqu'à nier sa réalité ? Il existe indéniablement une culture du viol dans notre société. Nous sommes imprégné.e.s depuis notre enfance par l'idée que les femmes sont offertes, qu'il n'est pas nécessaire d'obtenir leur consentement pour quoi que ce soit et notamment des relations sexuelles. Finalement, quand une femme dit non, peut-être dit-elle oui. Les violences faites aux femmes, dont le viol, ne sont pas des faits divers, mais des faits de société qui s'inscrivent dans un continuum. Les violences sont rendues possibles et parfois socialement acceptables car elles sont précédées de discriminations envers les femmes, elles-mêmes permises par des stéréotypes encore très présents.

Prenons un exemple parallèle pour nous faire comprendre : il a existé une culture du tabagisme dans notre société. Les héros masculins dans les films et séries, les actrices incarnant des femmes libres, les journalistes ou encore les personnages de bandes dessinées arboraient fièrement… une cigarette. Ainsi des générations d'enfants ont intériorisé que pour être un homme viril ou une femme libre, une personne importante, il fallait fumer. Heureusement des politiques de santé publique ambitieuses ont changé l'image de la cigarette pour la remettre à sa place : un fléau pour la santé. Il en a été de même pour le racisme. Ainsi nous ne voyons plus depuis quelques années de gadgets ou cartes postales vantant une célèbre marque de chocolat en poudre qui montraient des personnes noires dans une posture avilissante.

Avec cette campagne #GenerationNonSexiste, nous avons la même ambition : faire disparaître les stigmates d'une société qui encourage les hommes à être des prédateurs virils et les filles des objets consommables.Carine Delahaie, porte-parole de Femmes solidaires

Nous avons les un.e.s et les autres une autre vie à vivre, une vie d'égalité, libérée des carcans du patriarcat et du sexisme.

Sur ces cartes, 100% des filles ont leur poitrine dénudée, et le message écrit est celui de la parole des hommes qui peuvent disposer d'elles, comme dans le célèbre : "Ce midi je pointe et ce soir je tire". Il ne s'agit jamais de femmes libres de leurs mouvements et leurs envies ne sont jamais mentionnées. Voilà en quoi ces cartes postales ne sont pas sexy mais sexistes.

À ceux qui nous font un procès en puritanisme

À celles et ceux qui nous accusent de soutenir des projets politico-religieux, nous réaffirmons que nous nous opposons à tous les dogmes qui oppressent les femmes et donc aux dogmes religieux. De tout temps, le puritanisme s'est imposé par le contraste. Dans toutes les sociétés patriarcales basées sur ces projets religieux, les femmes sont emprisonnées entre deux images, celle de "la maman vertueuse" et celle de "la putain décadente". Ainsi les maisons closes et le commerce du corps des femmes et des enfants fleurissent dans les sociétés rigoristes et religieuses où les lois ne permettent pas aux femmes de disposer de leur vie, ni de leur corps. 

Ceux qui nous font un procès en puritanisme sont ceux qui souhaitent que nous restions dans ce schéma que nous refusons.Carine Delahaie, porte-parole de Femmes solidaires

Enfin, nous ne pouvons entendre que ce commerce de cartes postales existe depuis les années 1920 et qu'il fait donc partie de notre culture, qu'on ne peut l'arrêter. Avec de tels raisonnements, des enfants de 5 ans travailleraient toujours dans les mines, et l'esclavage ne serait toujours pas aboli. Le changement nécessite un certain courage.

Notre arsenal juridique commence à garantir l'égalité entre les femmes et les hommes et à abolir les violences faites aux femmes et aux enfants, même si quelques derniers débats doivent être encore menés. Les principaux freins aujourd'hui sont des freins sociaux, il nous faut changer les mentalités par des actions volontaristes portées par les citoyen.ne.s. Ainsi, nous espérons convaincre les commerçants et éditeurs de stopper la vente de ces cartes postales dégradantes et humiliantes pour toutes les femmes.