Féminicide de Douai : "Si la police avait fait son travail", Aurélie Langelin "ne serait pas morte", assure l'avocat de la famille

Une mission d'inspection a été ordonnée pour constater d'éventuels manquements après le meurtre d'Aurélie Langelin sous les coups de son compagnon en mai dernier. Si notamment "la non-assistance à personne en danger" est avérée,  Me Damien Legrand attend "des sanctions".

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Une marche blanche organisée le 12 juin 2021 à Douai en mémoire d'Aurélie Langelin, tuée quelques jours avant par son compagnon. (DENIS CHARLET / AFP)

"Si la police avait totalement fait son travail", Aurélie Langelin "ne serait pas morte", a accusé mardi 25 janvier sur franceinfo Me Damien Legrand, l'avocat de la famille. La femme de 33 ans a été tuée en mai 2021 à Douai sous les coups de son compagnon qui est mis en examen pour meurtre. Selon l'avocat de sa famille, elle avait porté plainte à plusieurs reprises. Le ministre de l'Intérieur a ordonné une mission d'inspection pour d'éventuels manquements après le féminicide d'Aurélie : "C'est un très grand soulagement pour la famille", a-t-il réagi. L'avocat attend "qu'on fasse la lumière exacte sur tout ce qui s'est passé".

franceinfo : L'annonce d'une ouverture d'une mission d'inspection est un soulagement ?  

Me Damien Legrand : Oui, c'est un très grand soulagement pour la famille surtout, qui est évidemment dans la souffrance depuis que ces faits sont survenus, mais qui, au-delà de la souffrance, était aussi dans l'incompréhension. Cette famille ne comprenait pas que depuis le mois d'octobre 2021, nous n'avions jusqu'alors pas encore reçu de réponse, alors que nous avions saisi quatre ministres. Si ce n'est celle du garde des Sceaux et de son cabinet, il y a quelques jours, qui nous avait dit que lui, au contraire, n'envisageait pas d'entreprendre une enquête plus large sur les dysfonctionnements éventuels des services judiciaires. Nous prenons effectivement avec énormément de soulagement cette nouvelle qui a été annoncée hier par le ministre de l'Intérieur.

Vous estimez que la police n'a pas fait son travail dans cette affaire ?

Ce qui est déterminé, c'est que si la police avait totalement fait son travail, elle ne serait pas morte. Je rappelle notamment qu'au-delà des choses qui sont classiquement observées dans ce type de fait, c'est à dire en particulier l'absence de prise en compte des nombreuses plaintes qu'elle a pu déposer, l'absence de remontée des informations aux magistrats, la grande particularité de l'affaire d'Aurélie, c'est que quelques heures avant qu'elle ne décède, les policiers sont présents sur les lieux. Ils sont appelés par les voisins parce qu'il y a des heurts entre le couple, il y a beaucoup de bruit qui est fait dans la chambre. Et puis, les voisins sont évidemment excédés. Les policiers arrivent sur place. Ils constatent la présence de coups sur cette femme. Ils constatent manifestement qu'elle est victime de violences. Les témoins diront d'ailleurs qu'elle avait beaucoup de mal à se relever des insultes qui sont encore proférées par son compagnon alors que les policiers sont présents. Et pourtant, ils décident tout simplement de refermer la porte sur elle et sur lui.

"Ils écriront le lendemain, ce qui est peut-être le plus scandaleux pour la famille d'ailleurs, qu'en fait, ils n'ont rien fait en l'assumant totalement, parce qu'il n'était pas appelés sur place pour des violences conjugales, mais pour du tapage nocturne."

Me Damien Legrand, l'avocat de la famille d'Aurélie Langelin

à franceinfo

Il est certain que si les policiers étaient intervenus consciencieusement et qu'ils avaient fait quelque chose, cette jeune femme ne serait pas décédée.

Le soir du drame, Aurélie était ivre. Pensez-vous que cela puisse expliquer la non intervention des policiers ?

Je pense, oui. Aurélie, depuis quelques mois, quelques années même, s'était perdue, effectivement, sous l'emprise de son compagnon dans l'alcool, parfois dans les drogues. L'absence de réaction à la fois des autorités et des fonctionnaires de police, je suppose en tout cas, s'explique peut-être comme ça. Il y a parfois des victimes qui méritent une attention particulière et d'autres non. Et il est certain qu'Aurélie n'était peut-être pas la candidate idéale pour que l'on s'attarde sur son cas.

"On doit faire en sorte de protéger toutes celles qui sont victimes de violences et non pas, bien évidemment, celles qu'on estime être des victimes présentables ou pas présentables."

Me Damien Legrand

à franceinfo

Je soupçonne les fonctionnaires de police, en particulier, de ne pas s'être attardés sur son cas, notamment parce qu'elle était parfois dans cette situation.

Qu'attendez-vous de la mission d'inspection ?

D'abord, qu'elle fasse la lumière sur tout ce qui s'est passé, dans le détail. Je rappelle ce qu'ont écrit les fonctionnaires de police : ils étaient en présence d'un couple, finalement sans histoire, qui était en train de développer une discussion tout à fait sereine. Et puis, il y avait juste une trace de coup sur le visage de la victime, mais que ça ne nécessitait pas une intervention particulière. Ces propos-là sont très largement contredits par les témoins de cette soirée qui ont été entendus dans le cadre de l'information judiciaire en cours qui, au contraire, décrivent tout autre chose. C'était déjà des violences. C'était une femme qui présentait de multiples traces de coups, qui était nue, qui avait beaucoup de mal à se relever sous les menaces et les insultes de son compagnon. Et les témoins disent même ne pas comprendre pour quelles raisons les policiers ne sont pas intervenus. Donc, ce que j'attends, c'est d'abord qu'on fasse la lumière exacte sur tout ce qui s'est passé. Et évidemment, si ce qui s'est passé témoigne et détermine l'existence d'éventuelles infractions, je pense en particulier, évidemment, à la non-assistance à personne en danger, qu'il y ait des sanctions qui soient prises, bien évidemment.

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