Rémunération des enseignants : trois questions sur le "pacte" et les primes annuelles en échange de missions supplémentaires

L'organisation des missions supplémentaires permettant d'obtenir une prime , en plus de la hausse de salaire promise jeudi par le chef de l'Etat, laisse perplexe une partie du monde enseignant.
Article rédigé par Noémie Bonnin
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Pour les syndicats, les hausses annoncées par le président de la République sont loin de concrétiser sa promesse électorale de 10% d'augmentation pour tous. (DANIEL COLE / POOL)

Après les annonces d'Emmanuel Macron, jeudi 20 avril, lors d'un déplacement dans l'Hérault sur la hausse des rémunérations pour les enseignants, le gouvernement se vante d'effectuer une augmentation inédite depuis plus de 30 ans. On parle d’une augmentation de 100 à 230 euros nets chaque mois, pour tous. Les syndicats, de leur côté, dénoncent le fait que c’est loin de concrétiser la promesse présidentielle d’Emmanuel Macron qui promettait 10% d'augmentation pour tous.

>> Éducation : "Nous avons besoin d'un petit tiers de professeurs volontaires" pour les remplacements de courte durée, estime Pap Ndiaye

Mais il y a en plus une partie sous condition, une prime annuelle en échange de missions supplémentaires à réaliser. Ce "pacte pour les enseignants" peut aller jusqu'à 500 euros net par mois pour les "professeurs en début de carrière bénéficiant de la hausse de rémunération" et qui "s'engagent dans trois missions complémentaires", précise le ministère de l'Education nationale.

En quoi consiste le "pacte" proposé aux enseignants contre rémunération ?

Le fonctionnement même de ce fameux "pacte" est très complexe. Il se divise en trois catégories de missions : chaque enseignant peut décider d’opter pour une, deux ou trois missions, chacune est rémunérée 1 250 euros brut sur l’année.

Mais il y a des missions de 18 heures, sur l'ensemble de l'année, comme le soutien aux élèves de 6e et le remplacement de collègues. Il y a aussi d’autres missions, de 24 heures cette fois, pour l’aide aux devoirs, les stages pendant les vacances. Mais dans cette deuxième catégorie, il pourrait y avoir aussi les missions de la première, si dans l’établissement elles ne sont pas couvertes intégralement.

Cela peut paraître complexe, mais ce n’est pas fini. Il y a des missions qu’on ne peut pas quantifier en heures : devenir référent élèves à besoin particulier, ou coordinateur de projets pédagogiques.

Comment ces missions pourront-elles s'inscrire dans les emplois du temps ?

Pour les chefs d’établissement, le dispositif risque d’être un gros casse-tête. Sur le papier, on sait très bien comment vont fonctionner les remplacements entre collègues, dans les collèges et les lycées. Si le professeur d’anglais, par exemple, est absent, le prof de mathématiques prend cette heure, au lieu que les élèves aillent en permanence. Mais l’idée, c’est que par la suite, le prof de maths "rende" cette heure au prof d’anglais. A condition que le professeur en question soit disponible, que les créneaux concordent. Une mécanique difficile à réaliser, quand on sait déjà la complexité pour les chefs d’établissement de réaliser les emplois du temps, notamment depuis la réforme du lycée. Pap Ndiaye, le ministre de l'Education, admet lui-même qu’il faudra plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour que ce soit vraiment effectif.

Des questions concernant aussi les enseignants de primaire. L’une des missions que le ministère leur prévoit dans ce pacte, ce sont les cours de soutien dans les collèges, pour les élèves de 6e. Mais sur quels créneaux horaires ? A l’école, les cours terminent en général vers 16h30. Le temps que tout le monde parte, de ranger la classe, à quelle heure les enseignants pourront-ils arriver au collège ?

Autre point d'interrogation : le lycée professionnel. Les professeurs auront des missions spécifiques, mais dont on ne connait pas encore du tout les contours.

Que se passe-t-il si un trop grand nombre d'enseignants refusent le "pacte" ?

Dernière inconnue : le ministère de l’Education nationale table sur un tiers de professeurs partants pour ce pacte. C'est ce que Pap Ndiaye a résumé sur France Inter, vendredi : l'Education nationale a besoin "d'un petit tiers de professeurs volontaires" pour les remplacements de courte durée. Pour faciliter la mise en place de ces remplacements à partir de la rentrée prochaine, le ministre avance la mise en place "d'un certain nombre de moyens techniques et informatiques", comme par exemple le développement "d'un logiciel pour permettre aux chefs d'établissements de savoir instantanément quel [professeur] est disponible" pour le remplacement de courte durée.

Reste à savoir si un "petit tiers" des enseignants se portera volontaire pour ce "pacte", comme l'espère Pap Ndiaye. Si ce n’est pas le cas, que devient l’enveloppe prévue de 1 milliard d’euros ? La question est pour l’instant sans réponse.

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