Réforme du lycée : les mathématiques de retour dans le tronc commun en première et en terminale ?

Des professeurs et des mathématiciens estiment que la suppression du tronc commun de cet enseignement au lycée est préjudiciable. Depuis la réforme de 2019, le nombre d'heures allouées aux mathématiques a considérablement baissé.

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Des élèves faisant des exercices de mathématiques (illustration). (FRÉDÉRIC CIROU
 / MAXPPP)

Revenant sur sa propre réforme, le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, suggère d'ajouter les mathématiques au tronc commun de première et de terminale. Depuis la rentrée 2019, deux changements majeurs sont survenus au lycée. D'abord, l'introduction du contrôle continu : c'est-à-dire que 40% des notes obtenues durant l'année scolaire comptent pour le bac général. Autre évolution, la disparition des trois grandes filières : S, ES et L en classe de première. La voie générale comprend alors plusieurs matières : le français, l'histoire-géographie, des langues vivantes, l'EPS, ou encore l'enseignement civique ou scientifique. Donc pas de mathématiques en tant que telles dans le tronc commun.

>>La Société mathématique de France appelle "à se mettre autour de la table" pour pallier "la baisse accrue des filles" choisissant cette discipline

Des mathématiques, on en retrouve un tout petit peu dans les deux heures d'enseignement scientifique, avec un peu de physique, un peu de chimie, un peu de SVT, mais c'est assez général. Pour avoir un vrai cours de maths, les lycéens doivent le choisir dans leurs enseignements de spécialité, trois en première et deux en terminale : les mathématiques en font partie, au même titre que le numérique et les sciences informatiques, les langues et cultures de l'Antiquité, ou encore la littérature et la philosophie. Ce qui signifie qu'un élève de première ou de terminale en lycée général peut tout à fait ne plus faire de maths. 

Moins de maths et des disparités sociales grandissantes

Mathématiciens et professeurs alertent sur la baisse du nombre de jeunes qui suivent des cours de maths. La réforme du bac est largement décriée par le corps enseignant, mais aussi par Cédric Villani, le mathématicien et député, pendant un temps, de la majorité, qui constate un décrochage du niveau des élèves en maths depuis 30 ans.

En volume, le nombre d'heures allouées aux mathématiques a considérablement baissé. Selon le ministère de l'Éducation nationale, en 2018 il y avait un peu plus de 180 000 heures de cours de maths en première et en terminale, contre 150 000 en 2020, soit une chute de 18%. C'est la deuxième matière à avoir le plus reculé, après la technologie. Quatre élèves de terminale sur dix ne font plus du tout de maths pendant leur dernière année de lycée. Aujourd'hui, les élèves qui choisissent les maths veulent s'orienter vers un cursus scientifique post-bac, alors que l'ancienne filière S pouvait ouvrir des portes bien plus larges.

Pourtant, à la rentrée de septembre 2021, 37,5% des élèves en terminale ont choisi les mathématiques comme enseignement de spécialité. C'est un peu moins que l'année précédente, mais les mathématiques restent devant les sciences économiques et sociales ou encore la physique chimie. Cependant, derrière cette première place des mathématiques se cachent des disparités. Par exemple, les filles sont de moins en moins nombreuses à choisir cette matière : elles représentent seulement  40% des élèves. Le ministère note aussi une discrimination sociale dans le choix des mathématiques, avec une sur-représentation des élèves d’origine sociale très favorisée. 

La crainte d'un effet d'annonce

Si Jean-Michel Blanquer semble avoir entendu les critiques et souhaite renforcer la présence des mathématiques dans le tronc commun, comme il l'a évoqué en interview dimanche 6 février sur CNews, son équipe reste silencieuse sur la concrétisation de cette annonce. On peut envisager des discussions, à ce sujet, avec les organisations syndicales ou les associations de professeurs de maths, mais pour l'instant, elles n'ont pas été sollicitées. Des changements de programme pourraient-ils avoir lieu dès la rentrée prochaine ? Ça paraît compliqué, la répartition des heures d'enseignement dans les établissements scolaires par exemple est déjà faite, et les moyens déjà donnés. Des représentants d'enseignants craignent surtout un effet d'annonce sans réel changement concret.

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