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L'Education nationale peut-elle mieux gérer les accusations de pédophilie ?

Placé en garde à vue lundi, un directeur d'école de l'Isère a reconnu avoir violé plusieurs enfants de son établissement. L'Education nationale est souvent critiquée pour sa gestion de ce type de situation.

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L'école "Le mas de la Raz" à Villefontaine (Isère), dont le directeur, soupçonné d'avoir violé plusieurs élèves, a été arrêté le 23 mars 2015. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Soupçonné de viols sur mineurs, le directeur de l'école primaire du Mas de la Raz, à Villefontaine (Isère), a été placé en garde à vue, lundi 23 mars. Il aurait imposé des fellations à neuf de ses élèves, lors d'un atelier scolaire, au fond d'une salle de classe, derrière un paravent. Il a entièrement reconnu les faits, mardi.

Jointe par francetv info, l'inspectrice d'académie de l'Isère, Dominique Fis, signale que le directeur de l'école a été suspendu dès que l'académie a été informée des faits par le parquet et la gendarmerie. Un nouveau directeur a été nommé dans la foulée, et une cellule médico-psychologique mise à disposition des élèves et des enseignants. L'Education nationale pouvait-elle faire mieux ? Sûrement. Plusieurs reproches lui sont adressés.

L'information est souvent insuffisante

Du côté de la rue de Grenelle, on rappelle que "si les personnes ont un casier judiciaire" pour des faits de pédophilie, elles ont l'interdiction d'exercer le métier d'enseignant. Et dès qu'il y a "soupçon avéré" de viols ou agressions sexuelles, l'enseignant est suspendu par l'inspecteur d'académie. Pour l'enquête, le procureur de la République prend le relais.

Autrement dit, l'Education nationale se débarrasse au plus vite du problème pour le confier à la justice. Ce qui suscite plus d'une critique. De la part des associations de parents d'élèves d'abord. Présidente de la PEEP (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public), Valérie Marty estime que l'Education nationale tente souvent un "pas de vagues, pas de bruit" qui sème l'inquiétude auprès des parents.

Elle se rappelle une affaire récente de pédophilie dans les Hauts-de-Seine : "Il y avait eu cinq ou six enfants victimes d'attouchements. L'auteur était un enseignant remplaçant, qui avait tourné dans plusieurs écoles maternelles." Or l'Education nationale n'avait pas mesuré l'inquiétude des familles, ni fourni d'informations concrètes. Conséquence ? "Tous les parents se sont demandé : 'est-ce que mon enfant a été concerné ou pas ? Est-ce que je dois l'emmener voir un médecin ? Est-ce qu'il a été victime et qu'il ne parle pas ?', raconte Valérie Marty. Il faut vraiment que l'Education nationale apprenne à être plus transparente."

Elle n'accompagne pas assez les victimes

Autre reproche fait à l'institution par la présidente de la PEEP : le manque d'accompagnement des familles et des victimes. Avis partagé par l'avocat parisien Jean Chevais, qui a défendu les parties civiles lors du procès, en 2001, d'un instituteur accusé d'avoir violé 72 enfants. 

Pour ce spécialiste des dossiers de pédophilie, "le premier objectif de l'Education nationale, c'est de se protéger, de ne pas faire de bruit et d'étouffer les affaires !" Les cellules médico-psychologiques mises en place dans l'urgence ? "De la poudre aux yeux" qui ne dure pas. Selon lui, l'Education nationale, qui "dispose de bon nombre de psychologues", devrait mettre en place, "quand il y a des affaires de ce genre, des cellules qui assurent une prise en charge sur le long terme, le temps que les victimes puissent se reconstruire".

Elle ne fait pas assez de prévention

Latifa Bennari, présidente de l'association nationale de prévention et d"information sur la pédophilie L'Ange Bleu, ne cache pas non plus son exaspération. "On découvre à chaque fois le problème sans faire de prévention !" Car, insiste-t-elle, "il y a énormément de pédophiles abstinents".

Elle y ajoute une mise en garde : chasser les enseignants à pulsions pédophiles de l'Education nationale sans les suivre ne fait que déplacer le problème. "Si un individu est dangereux pour les enfants, il peut continuer à sévir hors des écoles !" Pour elle, la vraie solution passe par une campagne de sensibilisation et d'information destinée aux adultes travaillant en milieu scolaire. En leur donnant la possibilité d'une écoute et d'une aide s'ils sont en proie à des pulsions qu'ils ne maîtrisent plus. "Travailler sur la question de la prévention, c'est s'adresser à des adultes en train de déraper. Il y a des enseignants qui contactent notre association : ils ont des pulsions mais ils adorent les enfants et ont choisi de ne faire de mal à personne." Et d'insister : "Il faut développer l'aide pour que les pédophiles ne passent pas à l'acte. Que fait le gouvernement pour qu'ils ne récidivent pas ?" 

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