Violences faites aux femmes : ce que les féministes attendent d'Emmanuel Macron

A la veille de la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, des militantes réclament un "plan d'urgence".

Rassemblement \"#MeToo dans la vraie vie\", à Paris, le 29 octobre 2017.
Rassemblement "#MeToo dans la vraie vie", à Paris, le 29 octobre 2017. (DENIS MEYER / HANS LUCAS / AFP)

Pour elles, "Emmanuel Macron a le pouvoir de faire en sorte que les violences sexuelles cessent". Cinq féministes lancent une campagne, vendredi 24 novembre, sur les réseaux sociaux, pour interpeller le président de la République, appelant à un véritable "plan Orsec" contre les violences sexistes. Derrière le hashtag #SoyezauRDV, elles demandent au chef de l'Etat d'être à la "hauteur de l'enjeu" en accordant des moyens conséquents à la lutte contre les violences faites aux femmes et en annonçant des actions précises.

Alors que le journal L'Opinion a publié mercredi des mesures présentées comme le plan "choc" d'Emmanuel Macron pour lutter contre les violences, la militante Caroline de Haas dénonce "des angles morts incroyables", jeudi, sur franceinfo. Le président de la République doit s'exprimer samedi pour la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, pour annoncer officiellement des mesures. Voici ce qu'espèrent les féministes.

De la prévention en entreprise

Pour Caroline de Haas, c'est le premier des angles morts, parmi les propositions citées dans L'Opinion. "Il y a 20% des femmes qui ont été harcelées sexuellement au travail et il n'en parle pas une seule fois. (...) On a l'impression que le monde du travail a disparu des écrans radars", souligne-t-elle sur franceinfo. Elle souhaite rendre obligatoire la "formation des salarié.e.s et managers à la prévention du harcèlement sexuel au travai", ainsi qu'une "négociation obligatoire en entreprise sur ce sujet" et la "protection de l'emploi des femmes victimes".

Plusieurs syndicats ont d'ailleurs épinglé le gouvernement à ce sujet. La lutte contre les violences et le harcèlement sexuel au travail figure au programme de la prochaine convention de l'Organisation internationale du travail, dans laquelle la France est habituellement un moteur, racontent Les Echos. Mais les syndicats reprochent au gouvernement de refuser "l'appréhension spécifique des violences fondées sur le genre", alors que "les femmes sont les premières victimes de violence et harcèlement au travail". Ils estiment que "ne pas identifier cette spécificité ne permettra pas de parler des vrais problèmes", selon Sophie Binet, responsable de la CGT.

Une hausse des subventions

Dans une pétition signée par plus de 120 000 personnes, Caroline de Haas demande au chef de l'Etat de "doubler immédiatement les subventions des associations qui accueillent les femmes au téléphone ou physiquement" et aussi de "doubler le nombre de places d’accueil pour les femmes victimes".

Un plan pour lutter contre les violences masculines et les violences sexuelles commises contre les femmes, ça doit être accompagné de moyens. Il va falloir être à la hauteur. Ça fait beaucoup trop longtemps que l'on attend.Raphaëlle Remy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminismesur Europe 1

Sur ce point en particulier, les féministes attendent le président au tournant. En juillet, la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes n'était pas parvenue à rassurer les associations, qui redoutaient des coupes budgétaires.

De la formation pour les professionnels

Cela concerne "enseignant.e.s, magistrat.e.s, policier.e.s, gendarmes, professionnel.le.s de santé, notamment de la santé au travail". Toujours dans cette pétition, les signataires réclament "dès 2018, de manière systématique et obligatoire, une formation de tous les professionnel.le.s en contact avec des femmes victimes". Dans une autre pétition, Fatima Benomar, cofondatrice du collectif Les efFRONTé-e-s, réclame aussi la formation de la police "contre le harcèlement de rue".

La Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) assure avoir formé 300 000 professionnels sur ces questions depuis 2013. Sur Europe 1, Caroline de Haas dénonce une manipulation. "On s'est renseigné. Ce chiffre correspond aux clics de téléchargement d'un kit de formation", relève-t-elle. La militante qui anime dans son travail des formations sur ce thème estime qu'il faut compter "au moins quatre jours pour prendre conscience de ce que recoupent les violences et apprendre à réagir".

Des initiatives comme pour la Sécurité routière

C'est peut-être sur ce point que les féministes seront le plus facilement entendues. Elles demandent la création, au collège, d'"un brevet de la non-violence sur le modèle du brevet de la sécurité routière, obligatoire dès la rentrée prochaine". En parallèle, elles espèrent une "campagne nationale de prévention équivalente à celles que nous avons connues sur la sécurité routière", que le président de la République pourrait "venir présenter au JT d’une grande chaîne pour affirmer, en tant que chef de l’Etat, que les violences n’ont plus leur place dans notre pays".

L'idée des spots de prévention semble rejoindre en partie le plan d'Emmanuel Macron, présenté par L'Opinion. "La question est de savoir combien ils vont mettre dessus", tempère Caroline de Haas, sur franceinfo, rappelant que les campagnes de Sécurité routière bénéficient d'un budget de 10 millions d'euros. Mais le brevet ne semble pas en faire partie. Dans les collèges, l'Elysée envisage plutôt "une opération de sensibilisation contre la pornographie, impliquant les parents, les adolescents et les personnels des établissements scolaires", selon le journal.

Un âge minimum pour le consentement sexuel

De récentes affaires judiciaires ont laissé entendre que des fillettes de 11 ans avaient pu donner leur consentement pour avoir des relations sexuelles, avec des hommes plus âgés qu'elles. Pour l'adjointe à la mairie des Lilas (Seine-Saint-Denis), Madeline Da Silva, la loi française doit changer pour fixer un âge minimum (elle propose 15 ans), en dessous duquel un enfant ne peut pas être considéré comme consentant. Selon elle, "les violences faites aux enfants et les violences faites aux femmes sont intimement liées"Sur ce point, le gouvernement prépare, pour 2018, un projet de loi qui pourrait fixer cet âge minimum, en plus d'allonger le délai de prescription pour les crimes sexuels. Selon Marlène Schiappa, "l'idée est que la société dans son ensemble redéfinisse ce qu'elle accepte ou pas"