Le maintien du statu quo pour les donneurs homosexuels est "une occasion ratée" pour "faire tomber cette discrimination"

Le président de l'association Élus locaux contre le sida, Jean-Luc Romero, a fait part de sa déception après le rejet par les députés de l'amendement qui prévoyait d'aligner les conditions de don du sang pour les personnes homosexuelles sur celles des hétérosexuels.

Jean-Luc Romero, le 14 octobre 2017
Jean-Luc Romero, le 14 octobre 2017 (XAVIER LEOTY / AFP)

Jean-Luc Romero, le président d'Élus locaux contre le sida (ECLS) a fait part vendredi 12 octobre sur franceinfo de sa "très grande déception", après le rejet la veille par les députés d'un amendement visant à aligner les conditions s'appliquant aux donneurs de sang homosexuels sur celles s'appliquant aux hétérosexuels.

Les homosexuels ne doivent pas avoir eu de relation sexuelle pendant douze mois pour pouvoir donner leur sang, alors que les hétérosexuels doivent ne pas avoir eu plusieurs partenaires sexuels lors des quatre mois précédents.

franceinfo : Quelle est votre réaction après la décision des députés ?

Jean-Luc Romero : Forcément c'est une très grande déception et c'est quand même une occasion ratée. Là, on avait des élus de différents groupes, qui allaient de la droite à la gauche, qui enfin voulaient faire tomber cette discrimination qui n'a aucun sens pour assurer la sécurité transfusionnelle. En Italie, en Espagne, ça fait longtemps que l'on a arrêté d'interdire à une population entière de donner son sang, mais elles l'ont interdit à des gens qui ont des comportements à risques, qu'ils soient homosexuels ou hétérosexuels. Il y avait là une occasion formidable et je pense que la ministre de la Santé malheureusement n'a pas donné cette victoire symbolique contre une discrimination qui est très violemment vécue, notamment par les plus jeunes homosexuels.

Si on se base juste sur l'épidémiologie, alors il ne faut pas seulement l'interdire aux gays. Par exemple, toute personne qui vient d'Afrique du Sud, d'Afrique subsaharienne, où il y a une prévalence très forte. En Afrique du Sud, 15 % des personnes sont affectées par le VIH. Si ces personnes sont hétérosexuelles, en France, on les interdit pendant quatre mois, et après on revérifie. On a raison de rappeler que les homosexuels sont plus touchés, bien sûr, mais en même temps, si 15 % des gays sont séropositifs, cela veut dire que 85 % ne le sont pas. Et donc imaginons pour des gens qui ont un partenaire régulier, est-ce que c'est normal de les empêcher ? Ils le vivent très mal.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn dit vouloir engager des concertations à ce sujet. Que voulez-vous lui dire ?

J'aimerais lui dire que c'est vrai qu'hier on avait des parlementaires de tout bord, et je pense que c'était bien. Il y avait des parlementaires de droite, qui ne se sont pas toujours illustrés pour l'ouverture d'esprit sur ces questions-là, et je trouve que c'était symbolique. Maintenant, si elle nous dit qu'elle va faire un règlement, on l'attend. Mais maintenant, il ne s'agit pas à chaque fois de dire "non" quand on dépose un texte pour supprimer cette discrimination, de renvoyer ça aux calendes grecques. Nous on attend qu'elle le fasse et qu'elle le fasse rapidement. Elle sera une ministre responsable parce qu'elle mettra des critères qui seront les mêmes pour toutes les personnes qui ont des comportements à risques et en même temps elle fera tomber une discrimination. Donc on lui dit : "Allez-y, arrêtez d'attendre, ça fait trop longtemps qu'on évoque cette question, faisons comme nos voisins."

Est-ce que la solution n'est pas de se baser sur des tests après les prises de sang ?

Oui bien sûr mais, en même temps, regardons ce qui se passe à l'étranger. Pourquoi on veut toujours inventer des tas de choses chez nous ? Faisons ce que font les autres. Quand même, toutes les institutions qui se sont prononcées, le Défenseur des droits notamment, ont dit qu'il ne fallait pas discriminer une population. Respectons enfin ces organes qui l'ont dit, ces organes médicaux qui l'ont dit aussi, et arrêtons de céder à certains organismes à l'intérieur du ministère de la Santé qui sont tellement obsédés par ce qu'ils ont vécu par l'irresponsabilité de certains pour le scandale du sang contaminé. Aujourd'hui à partir de ce scandale on n'oserait plus rien faire, et on préfèrerait discriminer une population plutôt que de mettre en place des mesures raisonnables qui éviteraient, de toute façon, tout scandale.