Panthéon : les cinq phrases à dire pour montrer que vous connaissez Pierre Brossolette

Parmi les quatre résistants qui entreront au Panthéon le 27 mai figure le héros de la France libre Pierre Brossolette. Vous êtes un peu court sur le sujet ? Francetv info vous a préparé une antisèche.

Une photo non datée de Pierre Brossolette, qui fait son entrée au Panthéon le 27 mai 2015.
Une photo non datée de Pierre Brossolette, qui fait son entrée au Panthéon le 27 mai 2015. (ORDRE DE LA LIBÉRATION / AFP)

Pierre Brossolette… Il a donné son nom à des rues ou des avenues, non ? Mais pourquoi au juste ? Quelques réminiscences vous reviennent à l'esprit : torturé par la Gestapo, ce résistant (1903-1944) s'est suicidé pour ne pas parler. Et il entre, mercredi 27 mai, au Panthéon, avec trois autres combattants de l'ombre.

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Pas mal, mais un peu juste pour tenir un semblant de conversation. Vous n'en savez pas davantage ? Pas de panique : si vous voulez briller à peu de frais, francetv info vous résume Pierre Brossolette en cinq phrases.

1"Brillant normalien, il défie le jury à l'agrég' d'histoire en 1925"

Même les héros ont leurs défauts. Comme l'explique à francetv info l'historien Guillaume Piketty*, premier biographe du journaliste devenu résistant, "Pierre Brossolette est un brillant interlocuteur, et il le sait".

Un peu trop, peut-être ? En témoigne cette anecdote rapportée par un autre de ses biographes, Eric Roussel**. Normalien, l'étudiant Pierre Brossolette doit plancher, à l'oral de l'agrégation d'histoire en 1925, sur "les abbayes carolingiennes sous Louis le Pieux". Jugeant le sujet inconsistant, il lance en préambule au jury stupéfait : "Je passe pour ne pas manquer d'intelligence et vous savez que je suis cacique général [premier] de l'école de la rue d'Ulm. Eh bien je déclare solennellement qu'il est impossible dans les conditions du concours de parler plus de sept minutes sur le sujet qui m'est attribué." L'assistance est tétanisée, et le professeur responsable du sujet, rouge de colère. Comme annoncé, l'agrégatif s'arrête au bout de sept minutes, au lieu des quarante attendues. Résultat ? L'audace paie : il est reçu second au concours.

2"Journaliste spécialiste de politique étrangère, il était anticommuniste dès le début des années 1930"

Le Parti communiste, qui fut une des grandes composantes de la Résistance, a reproché à François Hollande de ne faire entrer aucun des siens au Panthéon. Avec Pierre Brossolette, le chef de l'Etat est même allé plus loin, en choisissant un socialiste résolument anticommuniste. Et ce n'est pas une option, synthétise Guillaume Piketty : "Pierre Brossolette est anticommuniste, point. Il est antitotalitaire, point."

Contrairement à beaucoup d'intellectuels de gauche à l'époque, Pierre Brossolette n'a jamais eu la moindre inclination pour l'URSS dirigée par Staline. Lui qui a choisi d'être journaliste et s'est spécialisé en politique étrangère écrit très tôt sur le sujet des articles sans ambiguïté. "Dès le début de 1931, écrit Eric Roussel, (...) il tint à mettre les points sur les i : l'Union soviétique constituait l'une des plus sanglantes tyrannies de l'histoire et ses victimes se chiffraient par millions."

3"Engagé à la SFIO, ce fidèle de Léon Blum regrette la fin des avancées du Front populaire en 1937"

Quel genre de socialiste était Pierre Brossolette ? Il "rejoint la SFIO à la fin des années 1920, explique Guillaume Piketty, et fait partie de ceux qui essaient de faire avancer les réformes du Front populaire" (congés payés, semaine de 40 heures, conventions collectives) en 1936.

En 1937, ce fidèle de Léon Blum regrette, conclut Guillaume Piketty, que "le parti ait renoncé à certains de ses idéaux pour rester au pouvoir". Ce qui n'empêchera pas son socialisme d'évoluer pendant la guerre. Pierre Brossolette puise alors son inspiration dans les idées du parti travailliste britannique ou celles du New Deal du président américain Roosevelt.

4"En 1942-1943, il est le rival de Jean Moulin pour unifier la Résistance en France"

On refait le match ? "Faire entrer Pierre Brossolette au Panthéon" est "un affront à Jean Moulin", avait estimé l'auteur de Vies et morts de Jean Moulin, Pierre Péan, dans une tribune au Monde le 31 mai 2013. Chargés par le général de Gaulle d'unifier les mouvements de résistance en France, les deux hommes étaient certes rivaux. Mais faut-il les opposer avec tant de virulence ?

Guillaume Piketty rappelle le contexte historique : "Engagés dans la Résistance, Jean Moulin et Pierre Brossolette sont extrêmement tendus et fatigués, avec toutes les polices de France et d'Allemagne à leurs trousses. Le premier a coordonné les trois principaux mouvements de résistance dans la zone sud, le second, les cinq en zone nord. Lorsqu'il s'agit de créer un conseil unique regroupant les deux entités, l'un des deux doit s'effacer. Ça fait des étincelles, c'est normal."

Après l'arrestation de Jean Moulin en juin 1943, Pierre Brossolette tente d'ailleurs, en vain, de lui succéder comme président du Conseil national de la Résistance. La mort, souligne Le Figaro, met un point final à leur querelle : "Moulin tombe en juin 1943 (…). Brossolette le rejoint dans la mort en mars 1944." Aucun ne trahira "les secrets - immenses - dont ils étaient détenteurs."

5"Capturé par la Gestapo en 1944, il s'est suicidé pour ne pas parler"

Dès l'armistice de 1940, Pierre Brossolette abandonne ses activités de journaliste, puis s'engage dans la Résistance. En 1942, il rejoint le général de Gaulle à Londres, et effectue des missions en France occupée pour les services secrets de la France libre.

Capturé en février 1944 en Bretagne, il est transféré le 19 mars à Paris, et torturé au siège de la Gestapo, avenue Foch. Le 22 mars, après une matinée où les bourreaux s'acharnent sur lui sans résultat, il est laissé seul quelques instants, enfermé, au cinquième étage du bâtiment. Malgré ses mains liées, il se glisse par le vasistas et se jette dans le vide.

Il sera incinéré au Père-Lachaise en compagnie d'un autre résistant, François Delimal, qui s'est suicidé à la strychnine. Gilberte Brossolette, selon Guillaume Piketty, n'a jamais été sûre que l'urne au nom de son mari ne soit pas celle contenant les cendres de François Delimal. Qu'importe : au Panthéon, elles symboliseront leur combat commun.

 

* Guillaume Piketty, Pierre Brossolette. Un héros de la Résistance (Odile Jacob). Il est également l'auteur de l'article sur le résistant dans Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay (Textuel).

** Eric Roussel, Pierre Brossolette (Fayard).