Attentat contre Charlie Hebdo : un travail "quasiment" de "professionnels"

L'attentat au siège du journal satirique à Paris et qui a fait 12 morts mercredi a été perpétré par "des gens qui ont l'habitude des armes et du combat, donc probablement des gens qui ont été formés en Syrie", selon Claude Moniquet, spécialiste du terrorisme. "On est quasiment devant des professionnels". Les assaillants, lourdement armés, sont toujours en fuite.

(L'attentat perpétré contre le journal satirique Charlie Hebdo ce mercredi matin à Paris a fait 12 morts et 8 blessés © MaxPPP)

Trois tireurs, qui arrêtent leur véhicule juste devant leur cible, laissent leurs portières ouvertes pour faciliter leur fuite, abattent un policier à l'entrée de l'immeuble de Charlie Hebdo, tirent 3 ou 4 rafales d'armes automatiques dans les locaux du journal dans le 11ème arrondissement de Paris et repartent aussitôt. Une organisation millimétrée et des hommes apparemment bien informés, puisqu'ils ont choisi le moment de la conférence de rédaction pour attaquer, citant les noms de plusieurs journalistes avant de les abattre.

Pour Claude Moniquet, spécialiste du terrorisme, le sang-froid des assaillants fait penser à celui de Mehdi Nemmouche, lors de l'attaque d'un musée à Bruxelles en mai dernier. Ce sang-froid "évoque des gens qui ont l'habitude des armes et du combat, donc probablement des gens qui ont été formés en Syrie".

"On est quasiment devant des professionels "

Un modus operandi qui n'est pas comparable aux actes perpétrés ces derniers mois à Ottawa au Canada, à New York, à Sydney ou à Joué-Lès-Tours, selon Claude Moniquet. "Il s'agit d'hommes avec un tout petit réseau, puisqu'il n'y a eu aucune fuite, aucune sonnette qui a averti les services de sécurité. Au niveau de l'usage des médias sociaux, des emails, des téléphone, des voyages, ces gens ont été extrêmement prudents dans la préparation de leur action, donc on est quasiment devant des professionnels ". Bassam Tahhan, spécialiste de l'Islam et du Proche-Orient, parle lui d'une opération "digne des services secrets les plus compétents dans le monde ".

Claude Moniquet, spécialiste du terrorisme
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Bassam Tahhan, spécialiste de l'Islam et du Proche-Orient
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Cette analyse est partagée par Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique. "Je ne crois pas du tout au modèle du loup solitaire tel qu'on veut nous le vendre aujourd'hui. Dans la réalité il y a organisation, planification, et même s'il peut y avoir un lien qui n'est pas forcément étroit entre les gens qui agissent et les donneurs d'ordre, il y a une logique très cohérente, qui va du massacre de 156 élèves d'une école du Pakistan jusqu'à l'attentat de Charlie Hebdo, en passant par les égorgements en Syrie. On a un continuum extrêmement clair auquel se réfère cet acte ".

Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique
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Les terroristes nous renvoient à un combat entre deux modèles

L'attaque, qui a tué 12 personnes et en a blessé 8 autres, dont quatre grièvement, frappe en plein coeur un symbole de la République, à travers la liberté de la presse. Charlie Hebdo  fait l'objet de menaces récurrentes depuis l'affaire des caricatures de Mahomet. Et pour Jean-François Daguzan, ce qui est enjeu, c'est la défense de notre capacité à pouvoir rire de tout, au risque de choquer. "Il y a une véritable réflexion à avoir sur ce que nous voulons défendre. De ce point de vue, les terroristes ne se sont pas trompés, ils nous renvoient à un combat entre deux modèles ".

Les trois hommes, lourdement armés, sont toujours en fuite et le plan Vigipirate a été élevé au niveau "alerte attentats", avec des moyens renforcés en Ile-de-France. L'urgence, c'est d'arrêter au plus vite les tueurs, "une nécessité absolue car on a dans la nature des hommes armés, décidés, entraînés, qui savent que c'est une question d'heures avant d'être arrêtés. La tentation de passer à l'acte le plus vite possible est à leur esprit. ".