Mission "Alpha" vers l'ISS : avant le décollage, "on a peur que l'herbe soit coupée sous le pied pour un impondérable", témoigne Jean-Pierre Haigneré

"À trois heures du décollage de la fusée, on est déjà dans l'espace". Invité de franceinfo, Jean-Pierre Haigneré nous aide à nous glisser dans la tête d'un astronaute le jour J de l'envol.

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Jean-Pierre Haigneré. (STEPHANE MARC / MAXPPP)

La principale crainte des astronautes, alors que se rapproche l'heure du décollage, c'est une annulation de vol, "que l'herbe soit coupée sous le pied pour un impondérable qu'on ne maîtrise pas", a témoigné Jean-Pierre Haigneré, astronaute de l'Agence spatiale européenne, vendredi 23 avril sur franceinfo. La fusée Falcon 9 qui transporte quatre astronautes, dont le Français Thomas Pesquet doit décoller à 11h49, un départ qui a déjà été reporté d'un peu moins de 24 heures à cause de la météo défavorable.

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Dans quel état d'esprit se trouve Thomas Pesquet à moins de trois heures du décollage ?

À trois heures du décollage de la fusée, on est déjà dans l'espace. Ces derniers jours, il a vécu une vie extrêmement confinée, réduite pratiquement à ses trois autres membres d'équipage. Il sait qu'il part pour six mois, ce qui est vraiment la réalisation d'un rêve, mais aussi une épreuve. Il ne faut rien oublier. Vous emportez vos bagages pour six mois, des bagages personnels relativement réduits. Quand le moteur de son véhicule va s'allumer, il faut qu'il soit complètement prêt. Ils sont dans une intense concentration et pratiquement ils ne voient pas ce qu'il y a autour d'eux.

Ce retard de 24 heures peut-il le déstabiliser ?

Non, ça, je dirais que c'est normal. Déjà au temps de la navette américaine, cela arrivait très couramment parce que plus un engin est complexe et plus il y a des raisons [qu'il y ait du retard].

À quoi est-ce qu'on pense à ce moment-là ?

Là, je pense qu'ils sont vraiment concentrés sur le décollage. Il est déjà braqué sur cette séquence. La seule chose que l'on redoute est un nouveau report ou même une annulation. Il peut y avoir aussi un problème d'équipage. Pour le deuxième vol de ma femme Claudie Haigneré [la première femme européenne dans l'espace] trois semaines avant son décollage, lors de la visite médicale de son commandant, on a trouvé un électrocardiogramme qui était atypique. Et finalement, la décision a été d'arrêter le vol tel qu'il était programmé et changer d'équipage. C'est cela que l'on redoute après que l'on se soit préparé aussi longtemps, après avoir sacrifié beaucoup de choses pour réaliser ce rêve alors qu'on se sent complètement prêt pour faire cette mission, on a peur que l'herbe soit coupée sous le pied pour un impondérable qu'on ne maîtrise pas.

Thomas Pesquet va battre votre record et devenir le Français qui aura passé le plus de temps dans l'espace. Il lui manque treize jours pour cela. Est-ce qu'il n'y a pas un peu de jalousie de votre part ?

Non, absolument pas. Moi, j'ai 72 ans ! Je ne suis pas en compétition avec Thomas. Au contraire, on est extrêmement fier et heureux qu'il reprenne le flambeau et surtout, qu'il continue à tracer la route qu'on avait contribué à dessiner. Pendant six mois sur place, il va faire un nombre considérable d'expériences dans différents secteurs : les sciences de la vie, la médecine spatiale, la physique fondamentale et donc il sera opérateur.

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