La mission russe vers la Lune est "plus expérimentale, technologique" que celle des États-Unis, explique une spécialiste

La Russie a lancé ce vendredi 11 août Luna-25, sa première sonde vers la Lune en près de 50 ans. Isabelle Sourbès-Verger, directrice de recherches au CNRS, décrypte les enjeux de cette mission.
Article rédigé par France Info
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Lancement de la sonde russe Luna-25 réussi, vendredi 11 août 2023, à Vostochny, en Russie. (HANDOUT / RUSSIAN SPACE AGENCY ROSCOSMOS)

La mission russe vers la Lune est "plus expérimentale, technologique" que celle des Etats-Unis, a expliqué vendredi 11 août sur franceinfo Isabelle Sourbès-Verger, géographe, spécialiste des questions de géopolitique, de l'espace et des politiques spatiales, directrice de recherches au CNRS. La Russie a lancé ce vendredi sa première sonde vers la Lune en près de 50 ans, une mission destinée à donner un nouvel élan à son secteur spatial, en difficulté depuis des années.

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Quel est l'objectif de cette mission pour la Russie ?

Isabelle Sourbès-Verger : Il s'agit de déposer un alunisseur au pôle Sud de la Lune et de commencer à réaliser un certain nombre d'expériences. Au pôle Sud, cela n'a jamais été fait. Il y a aussi une sonde indienne qui devrait arriver le 23 ou le 24 août, donc à peu près en même temps que la sonde russe. On assiste à un renouveau de l'intérêt pour la Lune avec des problématiques différentes. D'un côté, il y a les Etats-Unis avec la grande mission Artémis et ses partenaires occidentaux, dont l'idée est de s'installer sur la Lune avec une station, puis de faire descendre des astronautes à bord de la Lune pour des séjours de courte durée, pour de longue durée. Le coût financier est de l'ordre de 10 milliards de dollars annuel. De l'autre côté, vous avez des missions comme la mission russe qui sont plus expérimentales, plus technologiques. Le budget spatial russe dans sa totalité, avec tous les types de satellites, d'application, les fusées, on est à moins de 5 milliards de dollars.

Quel est l'enjeu pour la Russie ?

La Russie essaie de revenir avec les missions lunaires, puisqu'elle n'avait plus pratiqué depuis 1976. C'était les pionniers dans la conquête spatiale, ils ont été les premiers en 1959 à photographier la face cachée de la Lune, on ne l'avait jamais vue. C'est une sonde de Luna qui a pris ces premières photos. Ensuite, ce sont les Soviétiques qui ont fait le premier atlas de la Lune. Je pense que la sonde Luna-25 aurait pu être lancée en 2016. À l'origine, elle devait être plus en coopération internationale avec des instruments occidentaux. On ne peut pas dire que c'est une décision récente de Vladimir Poutine, mais il se trouve que le contexte lui donne une ampleur particulière. Par ailleurs, la Russie a signé, depuis quelques années, un partenariat avec la Chine pour faire des missions parallèles et après Luna-25 on attend Luna-26 et Luna-27.

Quelles chances ont les Russes de réussir à poser leur sonde Luna-25 ?

Le taux d'échec est relativement important pour les nouveaux venus. On a vu des sondes privées israéliennes, japonaises, échouer il y a quelques mois. La Russie a beaucoup d'expérience, mais elle est ancienne, donc on va voir comment va se passer la phase finale de l'alunissage. C'est la difficulté principale parce que le relief est accidenté et qu'il faut calculer et maîtriser la descente de la sonde avec beaucoup de précisions. Comme c'est une grosse sonde, une sonde lourde, c'est encore plus difficile.

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