Santé mentale : quatre choses à retenir du rapport de l'OMS qui alerte sur la souffrance de millions de personnes dans le monde

Dans une nouvelle étude publiée vendredi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) relève qu'environ 970 millions de personnes dans le monde sont concernées par un trouble psychique.

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Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 29 novembre 2021 à Genève (Suisse).  (CHRISTOPHER BLACK / WORLD HEALTH ORGANIZATION / AFP)

"Il n'y a pas de santé sans santé mentale." Ce rappel du directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, introduit le dernier rapport mondial de l'agence sanitaire de l'ONU, publié vendredi 17 juin. Ce document alerte sur l'ampleur des troubles psychiques dans la population mondiale et appelle à davantage d'investissements en matière de santé mentale. "La souffrance est énorme", a insisté Mark Van Ommeren de l'unité de santé mentale de l'OMS lors de la présentation de ce rapport, vendredi. Franceinfo revient sur quatre points que l'on peut en retenir. 

1Près d'un être humain sur huit est concernée

L'OMS dresse un large constat : "Les problèmes de santé mentale sont très répandus dans tous les pays du monde." En 2019, 970 millions de personnes souffraient d'un trouble psychique. Cela représente 13% de la population mondiale, soit près une personne sur huit. Dans les zones ayant connu un conflit au cours des dix dernières années, c'est une personne sur cinq qui est touchée.

Les troubles anxieux et dépressifs "sont les plus répandus", affectant, respectivement, 31% et 28,9% du total des personnes touchées par des problèmes de santé mentale. La bipolarité (4,1% du total) et la schizophrénie (2,5%) sont plus rares. Parmi les concernés par des troubles psychiques, l'OMS compte une petite majorité de femmes (52,4%).

Les hommes et les femmes atteints de troubles psychiques sévères ont une espérance de vie de dix à vingt ans plus courte que celle de la population générale, affirme l'OMS. Qui rappelle en outre que le suicide "représente plus d'un décès sur cent", et qu'il s'agit de "l'une des premières causes de décès chez les jeunes".

2La pandémie de Covid-19 a aggravé la situation

Alors que les troubles psychiques étaient très répandus dans le monde, la pandémie de Covid-19 a exacerbé ces problèmes. Selon l'OMS, la fréquence des troubles anxieux ou dépressifs a augmenté de plus de 25% au cours de la première année de pandémie. Des premiers signes d'une prévalence à la hausse des pensées et comportements suicidaires ont été observés, notamment chez les adolescentes et les soignants. 

"Les services de santé mentale ont été gravement perturbés et le déficit de traitement des troubles psychiques s'est aggravé."

L'OMS

dans son rapport sur la santé mentale

Parmi les facteurs d'aggravation qui découlent de la pandémie, l'organisation évoque le stress lié à la crise sanitaire elle-même, aux mesures de restrictions ou encore à la perte d'un emploi et à l'insécurité financière. Les conséquences économiques et sociales de la propagation du Covid-19 ont particulièrement touché les femmes et les jeunes.

3Des millions de personnes "souffrent en silence" faute d'accès aux soins

Pour l'OMS, malgré l'ampleur de cette problématique, "la plupart des sociétés et des systèmes sanitaires et sociaux négligent la santé mentale et n'offrent pas les soins et l'accompagnement nécessaires". "Des millions de personnes dans le monde souffrent en silence", alerte-t-elle.

À titre d'exemple, seules 29% des personnes souffrant de psychose sont soignées pour ce trouble. L'écart est net selon le niveau économique des pays : elles sont 70% dans les pays développés, et seulement 12% dans les pays à faibles revenus. De manière générale, "les populations ayant des taux élevés de privation socio-économique sont celles qui ont le plus faible accès aux soins", rappelle l'OMS. 

En matière de troubles dépressifs, l'insuffisance de la prise en charge est généralisée, quel que soit le niveau de développement des pays : dans les Etats développés, seul un tiers des personnes souffrant de graves dépressions reçoivent des soins de santé mentale. "La majorité des personnes (...) ne sont tout simplement pas traitées", appuie l'agence sanitaire. 

"En moyenne, moins de 2% des budgets nationaux alloués aux soins de santé vont à la santé mentale."

L'OMS

dans son rapport sur la santé mentale

L'OMS précise que près de 50% de la population mondiale vit dans des pays "où l'on compte à peine un psychiatre pour 200 000 personnes, voire plus". L'offre de médicaments reste "limitée". Et à cela s'ajoute le poids de la stigmatisation et des discriminations, qui freine également à l'accès aux soins.

4 L'OMS appelle à investir dans la prévention

L'agence consacre une large part de son rapport à des propositions de solutions pour combler "l'immense déficit de soins". "Les engagements doivent se traduire en action, grâce à des financements appropriés", plaident tout d'abord les auteurs du rapport. Les Etats doivent "étoffer leurs effectifs de spécialistes de la santé mentale", et renforcer en parallèle "les compétences en psychiatrie d'autres professionnels et personnes chargés des soins". L'OMS appelle à "inclure la santé mentale dans des programmes de couverture sanitaire universelle".

L'OMS insiste en parallèle sur l'importance de la prévention, et liste des priorités : la prévention du suicide, les actions à destination des enfants et des adolescents, les initiatives sur les lieux de travail, ou encore la lutte contre la stigmatisation des troubles mentaux.

Une des voies indiquées par l'organisation est le développement de soins de proximité"La prise en charge des troubles psychiques sévères en hôpital psychiatrique doit être abandonnée au profit de services de santé mentale communautaires", défend l'OMS. 

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