Témoignage Affaire Buitoni : "On les laisse empoisonner et tuer des gens, personne ne réagit", dénonce le père d'une des deux victimes

Au cœur du scandale sanitaire des pizzas Buitoni, suspectées d'avoir provoqué la mort de deux enfants et l'intoxication de dizaines d'autres, certaines familles font part de leur colère face à la lenteur de la procédure pénale. 

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Radio France
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Une pizza surgelée Buitoni. (MAGALI COHEN / HANS LUCAS)

Un syndrome grave lié à la bactérie Escherichia coli, trois opération, deux arrêts cardiaques... Yohan a vu sa vie bouleversée quand son fils Natan, huit ans, est mort en février après avoir mangé, en famille, une pizza Buitoni. Puis l'homme de 41 ans dit avoir pris comme un deuxième coup sur la tête suite à ce qu'il appelle "le silence indigne de la justice et de l'État" : une juge d'instruction n'a été nommée que trois mois après les faits.  "On est en colère. J'ai appris le nom de la juge d'instruction dans les médias. Je n'ai jamais vu sa tête. Je n'ai jamais entendu le son de sa voix", souffle-t-il.

"Ce que je voudrais dire à la juge, c'est que nous nous sentons mis de côté. On veut qu'ils nous prennent en considération, qu'ils nous reçoivent, nous écoutent, fassent enfin avancer cette affaire, que tous ces voyous d'industriels rendent des comptes."

Yohan, père d'un enfant décédé

à franceinfo

Malgré le mea culpa du patron de Nestlé France, propriétaire de Buitoni, en juillet, aucune mise en examen n'est encore intervenue. Yohan ne l'accepte pas : "Il faut qu'on les ait en face de nous, qu'ils voient nos visages, qu'ils voient l'état dans lequel beaucoup de familles sont. On les laisse empoisonner et tuer des gens. Personne ne réagit. Ce n'est pas considéré comme une situation prioritaire par l'État. C'est inquiétant."

250 millions d'euros de dommages et intérêts réclamés

Faute d'avancées au pénal, Yohann espère que les choses bougent avec de nouvelles démarches devant la justice civile. Les dommages et intérêts réclamés pour la famille de Yohan et 47 autres familles d'enfants victimes ? 250 millions d'euros. "Bien peu", disent ces parents, au regard des 16 milliards de bénéfices net enregistrés par Nestlé en 2021. Pour leur avocat, Pierre Debuisson, "l'assignation obéit d'abord à une réparation qui doit être à la hauteur de ce drame humain sans précédent". "L'objectif aussi est de susciter une réaction, une prise de conscience de la part du groupe Nestlé qui, manifestement, n'a absolument rien compris après avoir tué deux enfants et anéanti des dizaines de familles sur le territoire national, des enfants qui ont des lésions à vie au niveau du cerveau, du cœur, des poumons, des reins, du foie..., poursuit-il. Tout doit être fait pour que plus aucune personne, plus aucun enfant ne soit jamais contaminé ou ne décède à cause des agissements d'un grand groupe industriel."

>> Pizzas Buitoni contaminées à l’E.coli : des salariés révèlent les dysfonctionnements dans leur usine

Nestlé France, que franceinfo a sollicité, n'a pas livré de commentaires. Répondant seulement à une agence de presse financière suisse, la direction se défend d'avoir commis une faute lourde et explique avoir pris au plus vite la décision de retirer des rayons la totalité des produits suspectés. La semaine dernière, le géant de l'agroalimentaire a annoncé viser un redémarrage en novembre de son usine de Caudry, d'où sont sorties les pizzas contaminées. Sous réserve du feu vert des autorités.

"On les laisse empoisonner et tuer des gens, personne ne réagit", déplore le père d'une des deux victimes du scandale Buitoni : reportage de Mathilde Lemaire
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