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Les cinémas toujours confinés : "Les spectateurs vont perdre l'habitude", s'inquiètent les professionnels du secteur

La vice-présidente de l'association française des cinémas art et essai témoigne de sa "tristesse profonde, mêlée d'un sentiment de révolte absolue", face au report de la réouverture des salles.

Article rédigé par Benjamin Illy - Édité par Noémie Bonnin
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Isabelle Gibbal Hardy, directrice du cinéma indépendant art et d'essai Grand action, dans le 5e arrondissement de Paris, le 11 décembre 2020. (BENJAMIN ILLY / RADIO FRANCE)

Les portes sont ouvertes, mais le public absent, au cinéma Grand action, dans le Quartier latin, à Paris. Depuis près d’un mois et demi, quelques professionnels viennent visionner leur film en cours de montage, mais pas de spectateurs, de cinéphiles. "Il y a toujours du monde qui passe, qui demande quand est-ce qu'on va rouvrir, si on sait quand on va rouvrir", témoigne Amaya, adjointe de direction, qui s’occupe notamment de la caisse et de l’accueil.

La décision du gouvernement de reporter la réouverture des cinémas (comme des théâtres et des musées) de trois semaines, pour faire face à l'épidémie de Covid-19, est très mal vécue par les acteurs du secteur. Les gérants accusent le coup, comme dans ce petit cinéma art et d’essai, du 5e arrondissement de la capitale. "Oui, ça manque aux habitués de pouvoir venir dans leur lieu habituel, poursuit Amaya. Une salle de cinéma n'est pas faite pour rester vide. Traverser des salles avec des fauteuils vides, c'est très déprimant. Dès qu'on pourra rouvrir, revenez ! Revenez tous."

"Quand on a vu ce qui se passait dans les centres commerciaux à l'occasion du Black Friday, je ne comprends pas à quel titre nous, nous sommes interdits d'ouverture."

Isabelle Gibbal Hardy, directrice du cinéma Grand action

à franceinfo

L'ensemble du secteur est déprimé par ces dernières annonces. "C'est une tristesse profonde. À laquelle se mêle un sentiment de révolte absolue !", regrette Isabelle Gibbal Hardy, la directrice du cinéma et la vice-présidente de l'Afcae, l'association française des cinémas art et essai. "Je suis très en colère", dit-elle.

D’autant plus que le Grand action, comme tous les cinémas, a mis en place un protocole sanitaire très strict : "Masqué, à distance raisonnable de son voisin, on entre par une porte, on sort par une autre", rappelle Isabelle Gibbal Hardy.

Besoin de spectateurs plus que de subventions

Surtout que la période Noël est une période particulière pour les cinémas : "On comptait énormément sur un public familial, évidemment, mais aussi un public d'amis, un public de cinéphiles, explique la directrice du cinéma. Bien entendu, nous avons besoin de subventions, mais nous avons surtout besoin de spectateurs. En fermant la salle de cinéma aussi longtemps, les spectateurs vont perdre l'habitude, vont oublier le chemin de la salle." La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a demandé vendredi 35 millions d'euros d'aides supplémentaires pour les cinémas et le monde du spectacle.

Mais avec cette fermeture longue des salles de cinéma, Isabelle Gibbal Hardy craint aussi de voir les distributeurs de films se tourner de plus en plus souvent vers les plateformes de diffusion en ligne.

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