Grippe : trois questions sur les toussotements de la campagne de vaccination

Alors que le Covid-19 et la bronchiolite mettent déjà le système de santé sous pression, les autorités sanitaires s'inquiètent d'une épidémie précoce, face à laquelle les Français tardent à se faire vacciner.

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Une personne se fait vacciner dans un Ehpad de La Garenne-Colombes (Hauts-de-Seine), le 28 octobre 2022. (MAXPPP)

La grippe s'installe en France. Une "augmentation de l'ensemble des indicateurs" de l'épidémie saisonnière a été observée la semaine dernière, a rapporté Santé publique France, mercredi 23 novembre. La Bretagne, en phase "pré-épidémique" depuis deux semaines, est désormais rejointe par le Centre-Val de Loire, les Hauts-de-France, l'Ile-de-France et la Normandie.

Si le nombre de cas est encore faible, ce démarrage précoce de l'épidémie inquiète le monde médical et les autorités sanitaires. D'autant plus que la campagne de vaccination a pris du retard. Entamée le 18 octobre pour les personnes fragiles et certains professionnels, puis ouverte à tous depuis le 15 novembre, elle se heurte notamment à la lassitude des Français.

Combien de Français sont vaccinés ?

La vaccination contre la grippe saisonnière connait un "retard important" par rapport à l'an dernier, ont alerté les deux principaux syndicats de pharmaciens. Un peu plus d'un mois après le lancement de la campagne, un peu plus de 7,5 millions de doses avaient été distribuées, mardi 22 novembre, contre 9,4 millions l'an dernier au même stade. Soit une chute de 20%, selon les chiffres de l'entreprise spécialiste des données de santé IQVIA, collectés auprès des deux tiers des pharmacies françaises. Toutes ces doses n'ont pas encore été injectées. "Quatre millions de personnes sont vaccinées, contre 5 millions à la même période de l'année dernière", en recul de 20% sur un an, rapportait, la semaine dernière, Dominique Martin, médecin-conseil de la Caisse nationale de l'assurance-maladie, interrogé par Le Figaro.

"C'est un peu la cata cette année", martèle Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), premier syndicat de la profession. D'autant plus que ce recul concerne surtout les publics "prioritaires", parmi lesquels figurent les personnes âgées de 65 ans et plus, les malades chroniques, les patients atteints d'obésité ou encore les femmes enceintes. Les seniors représentent, à eux seuls, les deux tiers de la baisse constatée. Pour Philippe Besset, il sera "très difficile" de rattraper ce "retard", à moins d'une "campagne de communication importante".

Comment expliquer ce retard ?

Après bientôt trois années d'épidémie de Covid-19, le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France pointe une "fatigue générale" de la population envers la vaccination, "même chez ceux pour qui c'est nécessaire". Une analyse partagée par Pierre-Olivier Variot, président de l'Union de syndicats des pharmaciens d'officine (USPO), qui évoque sur franceinfo une "certaine lassitude" et l'espoir partagé par beaucoup de patients de pouvoir bénéficier d'un "double vaccin", qui protégerait à la fois de la grippe saisonnière et du Covid-19. A ce stade, deux injections restent nécessaires, même s'il est possible de les faire simultanément, une dans chaque bras.

Le retard tiendrait également à la météo du début d'automne, "qui était relativement clément et qui ne laissait pas penser que la grippe allait arriver", selon le président de l'USPO. Le calendrier de vaccination est peut-être aussi à revoir, d'après le syndicat, qui plaide pour une campagne plus précoce pour "coller à la réception des bons de vaccination", adressés aux publics prioritaires. Ceci permettrait que les personnes aient tout de suite le réflexe d'aller se faire vacciner, au lieu de ranger les bons et de les oublier dans un tiroir.

Traditionnellement, la France n'était déjà pas un bon élève de la vaccination contre la grippe. "Les recommandations de l'OMS, c'est 75% de la population cible" vaccinée, a rappelé le ministre de la Santé, François Braun, mi-novembre. "Depuis plusieurs années, nous sommes en dessous", a-t-il déploré.

Faut-il s'en inquiéter ?

L'épidémie naissante est "virulente", a prévenu le ministre, François Braun. "On s'attend à ce que l'épidémie de grippe soit assez virulente", confirme le président de l'USPO, s'appuyant sur la grippe "beaucoup plus violente" observée ces derniers mois dans l'hémisphère sud. Cette "épidémie prématurée et particulièrement intense" attendue dans l'Hexagone pourrait affecter des Français plus vulnérables que d'habitude, du fait d'une vaccination timide et d'une faible exposition au virus durant les années Covid. "Ça fait deux ans que la grippe était quasiment inexistante", grâce aux gestes barrières, or "ces réflexes ont tendance à disparaître", rappelle Pierre-Olivier Variot.

L'inquiétude se propage déjà à l'hôpital. "Il faut qu'on se prépare à accueillir un grand nombre de patients", alerte le président de la Fédération hospitalière de France, Arnaud Robinet, dans Le Parisien. Or, le système de soins est déjà confronté à une épidémie de bronchiolite chez les bébés, d'une ampleur sans précédent depuis de nombreuses années, et à la pression persistante du Covid-19, pour lequel les hospitalisations ont rebondi depuis une semaine.

"On ne peut pas se permettre d'avoir une triple épidémie."

Arnaud Robinet, président de la FHF

dans "Le Parisien"

Cette situation de "triple épidémie" s'est déjà installée aux Etats-Unis, où les hospitalisations liées à la grippe ont atteint leur plus haut niveau depuis une décennie. "Dans ce contexte, il est vivement recommandé aux personnes à risque et aux professionnels de santé de se faire vacciner sans délai contre la grippe saisonnière", rappelle Santé publique France.

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