Vente des masques : "C'est exorbitant 95 centimes, avant la crise les prix pratiqués étaient 10 fois moins importants" fustige 60 millions de consommateurs

Lionel Maugain, journaliste pour le magazine de défense des consommateurs, a mené une enquête sur les prix des masques, à usage unique ou réutilisables. 

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Radio France
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Les masques chirurgicaux, à usage unique, ne devront pas être vendus à plus de 95 centimes d'euros pièce. (photo d'illustration)  (ROLAND MACRI / MAXPPP)

"C'est exorbitant 95 centimes. Alors évidemment, avant la crise, j'ai été regarder les prix qui étaient pratiqués, c'était 10 fois moins", fustige ce vendredi 1er mai sur franceinfo Lionel Maugain, journaliste à 60 millions de consommateurs et auteur d'une enquête parue jeudi 30 avril dans le magazine sur le prix des masques. Pour lui le prix plafond des masques chirurgicaux est beaucoup trop élevé. L’impossibilité de se déplacer pour faire jouer la concurrence et baisser les prix va engendrer des abus selon le journaliste.

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franceinfo. Les prix des masques alternatifs en tissu, qui ne seront donc pas encadrés, c'est le grand n'importe quoi en ce moment ?

Lionel Maugain. Depuis lundi, les pharmacies et les bureaux de tabac sont autorisés à vendre ces masques en tissu. Les prix, c'est le grand carnaval. Comme on l’a indiqué, on a des masques qui sont vendus jusqu'à 15 euros dans certaines pharmacies. Dans un contexte où les déplacements sont limités, on est quasiment contraint d'aller au point de vente le plus proche. Cela fait beaucoup d'abus en perspective parce qu'on sait très bien qu'avec ces produits quasiment rendus obligatoires, les vendeurs sont en position de force actuellement. 

Le prix de revient d'un masque en tissu, c'est entre deux et trois euros. Quand vous les vendez à 15 euros...on n'a pas besoin de faire une démonstration mathématique.

Lionel Maugain

à franceinfo

Pour un masque chirurgical, on va essayer de croire les grandes surfaces quand elles disent qu’elles vont vendre à prix coûtant. Elles vont probablement en faire un prix d'appel pour attirer les consommateurs. Mais encore une fois, on ne pourra pas aller dans la grande surface qu'on veut. Donc bon, on nous annonce 60 centimes. Espérons que c'est vraiment le prix coûtant et ça reste quand même un prix très élevé pour la plupart des familles, sachant que l'on ne sait pas encore exactement dans les familles combien de masques, il faudra par semaine, par exemple.

Il y aura des contrôles pour éviter les marges excessives sur ces masques en tissu, assure Agnès Pannier-Runacher. Vous pensez que ça peut être applicable ?

Ce sont des contrôles de prix puisque jusqu'à nouvel ordre, les prix restent libres en France, sauf ceux des gels hydroalcooliques et surtout des masques chirurgicaux. Et pour les contrôles de la répression des fraudes on sait que les agents de la répression des fraudes n'ont pas forcément l'équipement eux-mêmes pour aller sur le terrain.

Ensuite, jusqu'au 11 mai, chaque Français est limité dans ses déplacements, donc on ne va pas aller à la pharmacie qui se trouve dans un autre village ou dans un autre quartier. Si votre pharmacie est à 15 euros, ça sera compliqué d'y échapper jusqu'au 11 mai, en tout cas.

Sur les masques chirurgicaux, justement, le prix sera plafonné à 95 centimes l'unité, ce sont des masques à usage unique. Est ce que c’est le bon prix, selon vous, ça aurait pu être plus ou moins ? Quel budget ça peut représenter pour une famille ?

On espère bien qu'il n'y aura pas beaucoup de masques qui seront vendus à ce prix-là parce que c'est exorbitant 95 centimes. Alors évidemment, avant la crise, j'ai été regarder les prix qui étaient pratiqués, c'était 10 fois moins : 95 centimes, c'est un maximum légal. On espère bien que, en tout cas, dès le 11 mai, les consommateurs auront accès à des tarifs beaucoup plus modérés que celui-là.

Franchement, il y a beaucoup de familles qui ne pourront pas suivre. Il va falloir penser à ceux qui n'ont pas les moyens d'investir de telles sommes, d'autant plus qu'il faudra en acheter de manière très récurrente.

Lionel Maugain

à franceinfo

Si vous êtes un travailleur, vous serez obligé de prendre au moins un masque pour aller travailler, si ce n'est deux, pour revenir, puisque les masques sont obligatoires dans les transports en commun. Si vous allez faire du shopping, la plupart des commerces vont probablement obliger les consommateurs à porter des masques. Après, au collège, le masque sera également obligatoire.

Si vous êtes une famille assez nombreuse, ça peut monter sur les 100 à 200 euros de frais de masque par mois. Et cette dépense n'était pas connue avant cette crise. Dans un contexte où les revenus des familles sont en baisse du fait du chômage partiel, il faudra prévoir quand même d'autres filières où les gens pourront avoir accès gratuitement à ces protections.

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